Abdoul Niang : «L'ESSOR et L'ORTM gardent encore une place essentielle dans la communication d'État, la diffusion des politiques publiques et la valorisation des institutions»

Pour Abdoul Niang, il est évident pour tout le monde que ces deux médias publics ont marqué leur époque. L'ORTM est la principale source d'information audiovisuelle au Mali depuis plusieurs décennies. Quant à l'Essor, en tant que journal d'État, il est la référence écrite officielle pour l'information institutionnelle.

12 Déc 2025 - 10:01
28 Jan 2026 - 16:43
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Abdoul Niang : «L'ESSOR et L'ORTM gardent encore une place essentielle dans la communication d'État, la diffusion des politiques publiques et la valorisation des institutions»
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Abdoul Niang : «L'ESSOR et L'ORTM gardent encore une place essentielle dans la communication d'État, la diffusion des politiques publiques et la valorisation des institutions»
Abdoul Niang Journaliste, analyste politique et influenceur sur les réseaux sociaux

Selon lui, ils ont honorablement accompagné l'évolution sociopolitique de notre pays, constitué une référence dans l'espace médiatique malien, surtout avant l'arrivée des médias privés et la libéralisation du secteur de l'audiovisuel. «L'Essor et l'ORTM ont joué un rôle fondateur dans l'édification de l'espace public malien après l'indépendance en 1960, et bien avant pour le quotidien national créé en 1949», rappelle Abdoul Niang, qui ajoute qu'à l'origine, l'Essor était l'organe de l'Union soudanaise-Rassemblement démocratique africain (US-RDA) et servait de tribune pour les revendications anticoloniales avec un slogan militant et évocateur «la voix du peuple».

D'après Abdoul Niang, ces médias sont incontestablement les pères des standards de la communication publique au Mali. «Ces médias gardent encore une place essentielle dans la communication d'État, la diffusion des politiques publiques et la valorisation des institutions de la République. Ils contribuent à la cohésion sociale et au rayonnement de nos cultures», explique-t-il, citant en exemples les émissions et reportages dédiés à ces valeurs surtout dans le cadre de l'Année de la culture décrétée par le Président de la Transition.

Toutefois, Abdoul Niang pense que ces médias publics font face aujourd'hui à une concurrence accrue des médias privés et des plateformes. Pour ne rien arranger à la situation, il soutient qu'avec l'essor des nouvelles technologies de l'information et de la communication, les réseaux sociaux ont complètement bouleversé les habitudes de consommation et d'informations qui imposent de nouveaux défis aux médias publics.  

«Face à cette concurrence inhérente à l'évolution du paysage médiatique national, lui-même subissant les fluctuations mondiales, l'ORTM et l'Essor tentent de se réinventer pour s'adapter au contexte même si les actions entreprises à cet effet manquent toujours d'audace», indique Abdoul Niang, qui reconnaît néanmoins que des efforts encourageants sont visibles notamment une présence en ligne et la numérisation de certains contenus. Abdoul Niang estime que ces médias doivent intégrer le fait que les mutations numériques exigent bien plus. «Il faudra plus de réactivité, d'innovation et une présence plus dynamique sur les réseaux sociaux où les médias numériques dominent. Ils doivent surtout comprendre que l'enjeu n'est pas seulement technologique mais culturel. Il faut donc adopter de nouveaux formats, de nouvelles écritures journalistiques et de nouvelles stratégies éditoriales.

Ils doivent diversifier les formats, car le JT de 20 heures semble cristalliser tout, en incluant par exemple des enquêtes, des reportages interactifs, des débats politiques, des analyses sécuritaires», conseille Abdoul Niang, qui propose aussi de multiplier les éditions du journal par jour, tant en français qu'en Bamanankan. «Le renforcement du journalisme d'investigation tant à l'Essor qu'à l'ORTM permettra de gagner davantage en crédibilité. En plus, il faudra penser à moderniser les équipes à travers une formation continue au numérique.

Enfin, une plus grande attention à l'ouverture aux problématiques citoyennes, aux voix régionales et aux analyses indépendantes doit être de mise», souligne Abdoul Niang. D'après lui, les médias publics maliens font face à plusieurs défis dont les plus emblématiques pourraient être la restauration et le renforcement de la confiance du public face à la concurrence des médias privés et des réseaux sociaux, la lutte contre la politisation perçue des contenus pour renforcer la crédibilité, le maintien de l'équilibre entre communication institutionnelle et indépendance éditoriale, le financement de la transition numérique sans pour autant perdre l'identité du service public.

Abdoul Niang déplore, par ailleurs, le fait que depuis l'adoption d'une posture souverainiste par le Mali et l'AES à l'égard des puissances impérialistes, notre espace est la cible prioritaire des entreprises occidentales de désinformation qui constituent les armes de destruction massives au service des sponsors stratégiques du terrorisme international. Il dit que l'information n'a plus une vocation exclusivement didactique mais est désormais une arme.

 Dans un tel contexte, il pense que les médias publics doivent être à la fois un bouclier pour protéger contre les effets de la propagande et un levier de la politique, de la diplomatie et de la lutte antiterroriste sous toutes ses formes.

 

Propos recueillis par

Namory KOUYATE