Ces autocrates africains qui applaudissent à l’élection de Donald Trump
Soulagement dans les palais présidentiels de Kinshasa ou de Bujumbura. La défaite des démocrates va diminuer la pression américaine sur leur gouvernance.
« Incroyable ! Incroyable ! C’est vraiment incroyable ! » Face à son café ce mercredi matin, un ministre sahélien en visite à Paris martèle son incrédulité. « Tout le monde s’est trompé ! Les médias, les appareils politiques ! Les votes communautaristes ont un sens et les Blancs, surtout les petits Blancs qui ont subi la désindustrialisation, la numérisation de l’économie, ont montré qu’ils forment une communauté », analyse à chaud ce dirigeant abasourdi par le coup de tonnerre américain. L’élection, mardi 8 novembre, de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, est un choc mais il veut croire qu’elle n’aura que des conséquences minimes pour le continent africain. « Sur la lutte contre le terrorisme, leur implication est marginale. Les Américains ouvrent des bases mais ils ne combattent pas nos djihadistes qui ne menacent pas directement leurs intérêts », dit-il, affichant la même sérénité pour ce qui est des relations économiques. « Je ne pense pas que Trump remettra en cause des engagements qui ont fait consensus dans son camp. Le Millenium Challenge Corporation [un programme de développement américain] qui était une initiative de Bush a été validé par le Congrès et le Sénat », se rassure-t-il.
Le soulagement de Pierre Nkurunziza
Reste que cette impression de confiance a toutes les apparences d’une posture. Avant de congédier son rendez-vous matinal, le ministre sahélien lâche, inquiet : « C’est triste ! Que va-t-il se passer maintenant ? Va-t-il déclencher une guerre nucléaire ? » A Abidjan, un conseiller d’Alassane Ouattara révèle, sous couvert d’anonymat, son sentiment : « Cette fois, les Blancs se sont mobilisés pour ne pas que les minorités leur imposent un président. On nage en plein délire populiste ! Maintenant, il ne manque plus que Marine Le Pen gagne la présidentielle en France ! C’est difficile à accepter d’un point de vue moral, mais pour l’Afrique, il faut savoir que l’Amérique n’influence plus comme avant les pouvoirs africains. Le dernier à avoir pris des initiatives pour le continent est Bush fils. Trump pourrait utiliser l’Afrique pour donner des gages à la communauté noire avec des pays comme le Soudan ou pour contester la présence chinoise, mais il n’y a plus de grande politiqueaméricaine en Afrique. Même si les matières premières ne perdront pas leur intérêt, je ne crois pas qu’il consacrera plus d’énergie qu’Obama à notre continent », dit-il, avant de conclure : « C’est une administration que l’on va découvrir. On observera ses premiers pas. »I congratulate @realDonaldTrump upon his election as USA president. I look forward to working with him like I've done with his predecessors. — KagutaMuseveni (@Yoweri K Museveni)A Kampala, le président ougandais Yoweri Museveni, 72 ans dont trente au pouvoir, vieil allié des Etats-Unis, a été l’un des premiers à féliciter Donald Trump sur Twitter. Au Nigeria, le président Muhammadu Buhari a déclaré sa « hâte de travailler avec le président Trump », lui adressant ses « bons voeux sur la lourde tâche qu’est de diriger l’économie la plus puissante du monde. »
Mr. @realDonaldTrump, on behalf of the people of Burundi, we warmly congratulate you. Your Victory is the Victory of all Americans. — pnkurunziza (@Pierre Nkurunziza)D’autres dirigeants africains, ceux qui étaient sous pression de l’administration Obama pour améliorer leur gouvernance, se sont ouvertement réjouis du résultat. Le burundais Pierre Nkurunziza s’est ainsi fendu d’un tweet très chaleureux de félicitations. « Le président a félicité le peuple américain, commente au Monde Afrique Willy Nyamitwe, son conseiller en communication, car ce qui s’est passé aux Etats-Unis en 2016 est exactement ce qui s’est passé au Burundi en 2015. Les médias ont diabolisé Trump comme ils l’ont fait avec notre président mais le peuple a montré qu’il était à ses côtés. » Cette élection américaine infléchira-t-elle la politique de Washington à l’égard de Bujumbura ? C’est en tout cas ce que souhaite ce très proche de Pierre Nkurunziza : « On sent bien que Trump est du côté des opprimés. Certainement qu’il regardera à deux fois avant de se prononcer sur le Burundi et ne croira pas tout ce qu’on lui dit. »
Kinshasa respire
Mais c’est sans doute du côté de Kinshasa que le soulagement est le plus perceptible. Il faut dire que l’administration Obama s’était engagée très fortement pour le que président congolais Joseph Kabila quitte le pouvoir au terme de son deuxième mandat, le 19 décembre 2016 et avait apporté un certain soutien à l’opposant Moïse Katumbi. Les préparatifs de l’élection présidentielle, fixée finalement au printemps 2018 par un « dialogue » proposé par le pouvoir et contesté par une partie de l’opposition, devraient ainsi se poursuivre avec une moindre pression de la part des Etats-Unis. Joseph Kabila donne le ton : un communiqué de la présidence félicite Donald Trump pour sa « brillante élection » et fait part de sa « disponibilité »pour travailler avec lui à l’« affermissement des relations d’amitié et de coopération » existant entre la RDC et les Etats-Unis.J'avais prévu depuis plus d'un an l'élection de Donald #Trump comme celle de #Barack Obama, de #Bill Clinton et de #George W. Bush. — kkmtry (@T. Kin-kiey Mulumba)Le ministre congolais des relations avec le Parlement, Tryphon Kin-Kiey Mulumba, a tenu à rappeler qu’il avait prévu cette élection depuis de longs mois. « C’est l’échec de l’establishment, du politiquement correct, des professionnels de la politique et, d’une certaine manière, d’une politique basée sur la communication. Pour le reste, je note que les présidents républicains ont dans le passé été toujours plus proches de notre pays. Nixon, Reagan et Bush père ont été très proches du Congo », a-t-il ajouté.
The People has spoken. Congratulations to President elect Donald J. TRUMP. CIA — AmbassadorIleka (@Atoki Ileka)De son côté, un général congolais désirant garder l’anonymat a déclaré au Monde Afrique : « C’est un coup dur pour les opposants qui ont beaucoup investi dans le club démocrate. Trump prône une politique de non-ingérence dans les affaires des autres Etats. Il va faire des Etats-Unis sa priorité. Clinton et Obama étaient des véritables leaders hégémoniques. »Conclusion du porte-parole du gouvernement à Kinshasa, Lambert Mendé : « Nous sommes des souverainistes. L’administration démocrate a voulu nous gérer comme une province américaine, ce qui nous déplaît fortement. Ses actions unilatérales, comme imposer des sanctions à des officiels congolais pour des problèmes de politique intérieure, donnent une impression de colonialisme. Nous exigeons désormais que ces sanctions soient levées. »