Pourquoi la population belge n’est-elle pas consultée sur la question de savoir si la Belgique doit apporter un soutien militaire aux pays du Golfe? Les responsables politiques craignent-ils que l’opinion publique s’y oppose?
David Criekemans: “Les États du Golfe sont des partenaires de la Belgique. Le Qatar, par exemple, fournit d’énormes quantités de gaz naturel à l’Europe. Les intérêts économiques mutuels sont considérables. Refuser une telle aide enverrait un très mauvais signal. Si cette aide est purement défensive, cela ne devrait pas représenter un problème. La défense aérienne ne représente pas une opération offensive. Quoi qu’il en soit, nous n’avons pas de tradition de référendum en Belgique, et je ne vois pas pourquoi il devrait en être autrement dans ce cas. C’est finalement au gouvernement belge qu’il appartient de prendre une décision à ce sujet.”
Lorsque les prix du pétrole augmentent et que le prix du carburant à la pompe suit, l’État belge en profite-t-il grâce à une hausse des accises et de la TVA? Le gouvernement ne pourrait-il pas geler temporairement ses prélèvements afin de limiter les hausses de prix pour les consommateurs?
Gert Peersman: “L’État ne tire pas de recettes supplémentaires des accises, car celles-ci correspondent à un montant fixe par litre. En revanche, c’est le cas de la TVA, qui représente un pourcentage du prix. Mais que l’on ne s’y trompe pas: globalement, la hausse des prix du pétrole est néfaste pour les finances publiques. La hausse des prix de l’énergie pèse sur l’économie, ce qui entraîne une baisse des recettes fiscales. Dans le même temps, l’indice des salaires augmente. Il peut sembler logique de réduire temporairement les impôts. Mais si la Belgique agissait seule, les consommateurs en profiteraient, tandis que le prix international du pétrole continuerait simplement à grimper. Si tous les pays européens réduisaient leurs impôts en même temps, cela ne changerait en réalité rien. La raison pour laquelle le prix augmente est que l’offre est trop faible par rapport à la demande, et on ne peut pas résoudre ce problème avec des réductions d’impôts. Tant que les gens ne réduiront pas leur utilisation de la voiture thermique, par exemple, ce prix continuera d’augmenter jusqu’à ce que l’offre et la demande se rééquilibrent.”
Est-il toujours sûr de se rendre en Égypte, compte tenu des tensions dans la région ?
David Criekemans: “Ce n’est pas à moi de donner des conseils aux voyageurs. C’est le rôle du ministère des Affaires étrangères. Mais pour autant que je sache, rien n’indique clairement que l’Égypte soit directement impliquée dans le conflit. Il y a bien des informations israéliennes selon lesquelles l’armée égyptienne renforce sa présence le long de la frontière avec l’État hébreu, mais je ne sais pas vraiment si c’est le cas et, si oui, pourquoi elle agirait ainsi.”
Donald Trump ne cesse de répéter que la guerre touche à sa fin, mais il semble que le conflit s’intensifie depuis l’arrivée au pouvoir d’un nouveau guide suprême en Iran. Trump a-t-il sous-estimé la puissance militaire de l’Iran?
David Criekemans: “Dans les médias américains, la puissance de frappe de l’Iran est en effet parfois présentée de manière simpliste, comme si l’ensemble de l’opération était déjà un grand succès. Il est bien trop tôt pour l’affirmer. Le problème, c’est qu’il s’agit d’un conflit asymétrique. Trump pourrait proclamer l’arrêt du conflit, mais tant que les bases américaines ou les pays de la région continueront d’être bombardés, cela restera un problème majeur. Trump l’a très certainement sous-estimé.”
Existe-t-il un risque réel que ces tensions conduisent à une escalade nucléaire?
David Criekemans: “Pour l’instant, je ne pense pas que cela puisse se produire. La Russie et la Chine restent plutôt en retrait pour l’instant. Il y a peut-être un certain soutien en coulisses, mais cela s’arrête là pour le moment. Je ne vois donc pas pour l’instant de possibilité d’escalade qui impliquerait des pays en-dehors du Moyen-Orient. La menace nucléaire n’est pas plus grande aujourd’hui qu’il y a environ six mois.”
Y a-t-il un risque que l’Europe soit à terme entraînée dans la guerre, par exemple parce que des missiles ont déjà dû être interceptés au-dessus de Chypre et de la Turquie?
David Criekemans: “Si des missiles frappaient par exemple Chypre ou la Grèce, l’article 42, paragraphe 7, du traité de l’UE pourrait s’appliquer, qui prévoit une défense mutuelle. À ma connaissance, cet article n’a encore jamais été formellement invoqué, mais rien n’est exclu. Un scénario tout à fait envisageable serait que la France, par exemple, déploie des navires pour sécuriser les voies de navigation. Si un tel navire venait à être attaqué, cela poserait bien sûr un problème. Vu sa situation, l’Iran souhaite causer un maximum de chaos, tant sur le plan psychologique qu’économique, et ce avec un minimum de moyens.”
Y a-t-il une possibilité que ces tensions débouchent sur une révolution en Iran?
David Criekemans: “On ne peut pas l’exclure. Les Gardiens de la Révolution iraniens sont pris pour cible par des frappes israélo-américaines, tout comme les institutions politiques. On a l’impression que l’armée régulière est moins durement touchée, peut-être pour lui donner la possibilité de changer de camp. L’idée serait ainsi de créer un vide du pouvoir afin qu’il soit comblé par d’autres forces. Mais cela prendra du temps.”
Pourquoi des sanctions sont-elles imposées à la Russie, mais pas à des pays comme Israël ou les États-Unis lorsqu’ils sont impliqués dans des conflits militaires?
David Criekemans: “C’est une question légitime, mais la politique internationale est pleine de contradictions. En Europe, par exemple, l’Allemagne soutient très clairement Israël, ce qui s’explique aussi par leur passé. Des pays comme l’Espagne sont géopolitiquement plus éloignés du conflit et peuvent se permettre d’adopter une position différente. C’est pourquoi il n’existe pas de position européenne unie.”
Les conflits au Moyen-Orient peuvent-ils être profitables aux pays exportateurs d’énergie tels que les États-Unis? À l’inverse, cela rend-il les régions importatrices, comme l’Union européenne, plus vulnérables sur le plan économique?
Gert Peersman: “Oui, c’est très clair. Les pays exportateurs et producteurs y gagnent, tandis que les pays importateurs y perdent. La Belgique ne produit pas de pétrole et est donc particulièrement vulnérable. La situation est différente aux États-Unis, même si là-bas aussi, les consommateurs ressentiront la hausse des prix des carburants. Il y a toujours quelques gagnants et beaucoup de perdants. La Russie, par exemple, peut en profiter, car son pétrole et son gaz continuent d’être exportés. D’autres pays producteurs de pétrole au Moyen-Orient subissent également des pertes, car le conflit peut perturber leur production et leurs exportations. Pour Donald Trump, les prix élevés du pétrole sont toutefois globalement défavorables. Le prix à la pompe est un sujet très sensible pour les électeurs américains et la hausse des prix de l’énergie fait également grimper l’inflation. C’est pourquoi les États-Unis tentent de mettre sur le marché des réserves stratégiques de pétrole afin de faire baisser les prix.”
Source: https://www.7sur7.be/