ONU : Mali plaide pour un « multilatéralisme réformé » et revendique son autonomie stratégique face aux crises mondiales
Abdoulaye Diop : les violations flagrantes du droit international, leur application sélective et la persistance d’une politique de deux poids deux mesures ont profondément affecté la confiance des peuples dans les institutions internationales
Le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, a appelé lundi, à la tribune de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, à une refondation du système multilatéral fondée sur l’égalité souveraine des États, la non-ingérence et le respect de l’intégrité territoriale, tout en réaffirmant la volonté du Mali de consolider son « autonomie stratégique » aux côtés de ses partenaires de la Confédération des États du Sahel (AES).
S’exprimant au nom du président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, le chef de la diplomatie malienne a estimé que les crises internationales et la remise en cause du multilatéralisme imposent de « restaurer la confiance » entre les États membres de l’ONU.
« Le Mali réaffirme son attachement indéfectible à un multilatéralisme réformé », a-t-il déclaré, appelant au strict respect des principes de la Charte des Nations unies, notamment l’égalité souveraine des États, l’intégrité territoriale, la non-ingérence et l’interdiction du recours à la force.
Selon Abdoulaye Diop, les « violations flagrantes du droit international », leur « application sélective » et la persistance d’une politique de « deux poids deux mesures » ont profondément affecté la confiance des peuples dans les institutions internationales.
Le ministre a, dans ce contexte, plaidé pour la levée des « mesures coercitives unilatérales », qu’il juge préjudiciables à la souveraineté des États et au bien-être des populations.
Le Sahel au cœur des préoccupations
Une large partie de son intervention a été consacrée à la situation sécuritaire au Sahel.
Abdoulaye Diop a notamment imputé une partie de la dégradation sécuritaire régionale aux conséquences de l’intervention militaire de l’OTAN en Libye en 2011, estimant que celle-ci avait contribué à la propagation du terrorisme et de l’extrémisme violent dans la région.
Il a également dénoncé ce qu’il a qualifié de soutien extérieur à des groupes terroristes opérant au Sahel, mettant particulièrement en cause l’Ukraine et appelant la communauté internationale à ne pas rester silencieuse face à ces pratiques.
« Le terrorisme, entretenu et soutenu, se manifeste essentiellement sous trois formes », a-t-il affirmé, citant une dimension militaire, une dimension économique visant à « asphyxier » les pays sahéliens et une dimension médiatique liée à la désinformation.
Le ministre a notamment évoqué les attaques des 25 avril et 4 juillet 2026 au Mali, qu’il a présentées comme la manifestation d’une « connexion dangereuse » entre différents groupes armés.
Face à cette situation, Abdoulaye Diop a défendu la création de la Confédération des États du Sahel, réunissant le Burkina Faso, le Mali et le Niger, estimant que cette initiative permet aux trois pays de « prendre en main le destin » de leurs peuples.
Créée le 6 juillet 2024 à Niamey, l’AES constitue, selon lui, un cadre permettant de renforcer la coopération sécuritaire, politique et économique entre les trois pays.
Le ministre a réaffirmé la détermination des dirigeants de l’AES à poursuivre la lutte contre le terrorisme et a souligné que les forces maliennes, la Force unifiée de l’AES et leurs partenaires, notamment la Fédération de Russie, sont engagés sur le front sécuritaire.
« Nous n’avons pas d’injonction à recevoir »
Abdoulaye Diop a par ailleurs réaffirmé l’ouverture du Mali à la coopération internationale, tout en posant des conditions fondées sur le respect de la souveraineté et des choix stratégiques du pays.
« Nous n’avons pas, à cet égard, d’injonction à recevoir », a-t-il lancé, appelant plutôt à une « collaboration et un partenariat sains et sincères dans le respect mutuel ».
Il a précisé que le Mali entend poursuivre une politique étrangère fondée sur le bon voisinage, la non-ingérence, le respect mutuel et le règlement pacifique des différends.
La souveraineté économique au cœur de la refondation
Au-delà de la sécurité, le chef de la diplomatie malienne a placé la souveraineté économique au cœur de la stratégie nationale.
« La souveraineté du Mali nous est chère et n’est pas négociable », a-t-il déclaré, soulignant qu’elle ne devait pas se limiter à la défense du territoire, mais également permettre au pays de maîtriser ses choix économiques, de valoriser ses ressources naturelles et de créer davantage d’opportunités pour sa jeunesse.
Il a présenté la Vision Mali Kura 2063 et la Stratégie nationale pour l’émergence et le développement durable (SNEDD 2024-2033) comme les deux principaux cadres de cette transformation.
Le ministre a également défendu une plus grande mobilisation des ressources internes, estimant que l’aide internationale, aussi utile soit-elle, ne saurait à elle seule financer le développement des pays africains.
« Il nous faut générer des ressources en notre sein, il nous faut avoir confiance en nous-mêmes », a-t-il insisté, appelant à de « nouveaux types de financement non avilissants, sans considérations géopolitiques ».
Soutien à la Palestine et défense d’un monde multipolaire
Sur les questions internationales, Abdoulaye Diop a réaffirmé le soutien du Mali au peuple palestinien et à son droit à devenir un État de plein droit.
Il a par ailleurs estimé que l’ordre international traversait une période de « grand basculement » et de profondes mutations.
« La question n’est plus de savoir si nous nous dirigeons vers un monde multipolaire, mais plutôt quels seront les acteurs majeurs des différents pôles et comment ces acteurs entendent coopérer », a-t-il déclaré.
Pour Bamako, cette évolution doit être fondée sur la coopération plutôt que sur la confrontation ou « la loi du plus fort ».
Le Mali entend ainsi poursuivre la diversification de ses partenariats et défendre une autonomie stratégique à l’échelle nationale, sahélienne et africaine.
« Notre objectif est d’atteindre l’autonomie stratégique du Mali, de l’AES et de l’Afrique, tant dans le domaine de la sécurité que du développement », a-t-il souligné.
Source: https://www.aa.com.tr/fr
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