GOONGA TAN : Niger/Algérie : entre réalignement et silences calculés ?

La visite du Général Abdourahamane Tiani à Alger, le 16 février 2026, et le communiqué publié à son issue marquent un tournant diplomatique majeur dans l'espace sahélo- saharien.

21 Fév 2026 - 01:45
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GOONGA TAN :  Niger/Algérie : entre réalignement et silences calculés ?

 Présenté comme l'acte fondateur d'une "nouvelle ère" entre Niamey et Alger, le texte consacre un rapprochement pragmatique centré sur la sécurité et l'économie. Mais au-delà des formules consensuelles, il révèle aussi des silences significatifs et des ajustements qui interrogent l'équilibre interne de l'Alliance des États du Sahel  Qu'on en juge ! Le communiqué conjoint officialise la relance de projets structurants : gazoduc transsaharien, route transsaharienne, interconnexion par fibre optique, coopération sécuritaire renforcée, éducation, etc. Pour le Niger, l'enjeu est clair : sécuriser des débouchés énergétiques, diversifier ses partenaires et consolider ses infrastructures vitales dans un contexte économique tendu. Pour l'Algérie, il s'agit de réaffirmer son rôle central dans le Sahel après une période de refroidissement diplomatique avec certains voisins, notamment le nôtre.

soyons de plus prêt ledit communique: La formule de "sécurité indissociable" constitue le cœur politique du document. Elle établit une solidarité bilatérale face aux menaces terroristes et prévoit la réactivation des mécanismes conjoints de surveillance des frontières. En apparence, rien que de très classique : deux États voisins coordonnent leurs efforts face à un péril commun. Pourtant, cette affirmation prend une résonance particulière dans le contexte actuel du Sahel. Le communiqué ne mentionne ni l'AES ni la Confédération sahélienne. Ce silence n'est pas anodin. La Charte du Liptako-Gourma, socle juridique de l'AES, impose en effet une solidarité politique et sécuritaire entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Aussi, à première vue, toute architecture parallèle pourrait être perçue comme un affaiblissement de la cohésion du bloc. Cependant, rien n'indique que Niamey a agi en rupture. Il est plausible que le Niger ait informé ses partenaires en amont. D'ailleurs, aucune réaction officielle hostile n'a émané de Bamako ou de Ouagadougou. Ce silence suggère que ce rapprochement n'est pas vécu comme une trahison, mais comme une nécessité conjoncturelle.

Il convient donc d'éviter une lecture dramatique. Une alliance n'interdit pas les relations bilatérales. Les États membres de nombreuses organisations régionales multiplient les partenariats sans que cela entraîne de fracture interne.

Toutefois, certains propos du Général Tiani, sortis de leur contexte, ont pu susciter des émotions dans les opinions sahéliennes. Dans un environnement marqué par la défiance envers les influences extérieures, la sensibilité est exacerbée. La communication politique, dans ce climat, exige une extrême précision.

Cela dit signalons que pour Alger, l'enjeu dépasse le seul Niger. L'Algérie traverse une phase d'asphyxie diplomatique réelle. Ses relations avec la France connaissent des tensions récurrentes. Les incompréhensions avec le Maroc persistent, notamment au sujet du POLISSARIO. Les crispations avec le Mali ces dernières années ont altéré la profondeur de sa médiation  sahélienne réelle et fictive.

Dans ce contexte, le rapprochement avec Niamey apparaît comme une manœuvre de desserrement. En consolidant un partenariat avec un membre clé de l'AES, Alger se repositionne comme acteur au Sahel et évite un isolement progressif au sud de ses frontières. L'Algérie ne peut se permettre un Sahel hostile ou fermé. Sa sécurité intérieure est intimement liée à la stabilité sahélienne. La coopération avec le Niger répond donc autant à une logique d'influence qu'à une nécessité sécuritaire.

En outre, la relance du gazoduc transsaharien, serpent de mer géoéconomique, redonne à Alger une perspective énergétique vers l'Afrique subsaharienne.

Du côté nigérien, la situation est tout aussi contraignante. Le Niger fait face à des difficultés notoires pour l'exportation de son pétrole via le Bénin, dans un contexte de tensions politiques régionales. Diversifier ses axes d'écoulement devient une priorité vitale. À cet égard, l'ouverture vers le nord, via l'Algérie, représente une alternative presque incontournable.

Au-delà du pétrole, Niamey cherche à sécuriser ses frontières et à consolider son économie fragilisée par les sanctions passées et l'instabilité récurrente. Le rapprochement avec Alger n'est donc pas idéologique ; il est pragmatique. Il répond à des impératifs de survie économique et de stabilisation sécuritaire.

Quid de la cohésion sahélienne ? La question centrale demeure, effectivement : ce réalignement fragilise-t-il l'AES ? À ce stade, rien ne permet de l'affirmer. Une alliance solide doit tolérer les initiatives bilatérales dès lors qu'elles ne contredisent pas ses principes fondamentaux. Si Niamey a informé ses partenaires, ce qui semble probable, alors nous sommes face à un ajustement et non à une rupture.

Il serait excessif de parler de "cacophonie". Toute organisation régionale en construction connaît des phases d'adaptation.

La véritable épreuve se jouera lors du prochain sommet de l'AES. Ce sera l'occasion de clarifier les articulations entre solidarité confédérale et autonomie momentanée. À ce propos, je le dis ici souvent : La souveraineté ne signifie pas l'isolement. Elle suppose la capacité de choisir librement ses partenaires.

                                                           

DICKO  Seydina Oumar 

Journaliste- Historien-  Écrivain

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Commentaires (26)

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mamadou
mamadou 7 mois
Une bonne plus et une analyse claire.
mamadou
mamadou 7 mois
Une bonne plume et une analyse claire
Africain
Africain 7 mois
Les objectifs de l’Algérie dans sa « profondeur africaine » ne se réduisent pas au seul gazoduc Nigeria-Algérie (TSGP), conçu pour acheminer le gaz ouest-africain vers l’Europe via le territoire algérien. D’ailleurs, ce corridor énergétique ne profiterait pas uniquement au Nigeria : il peut aussi servir de levier aux autres pays traversés ou connectés, en encourageant l’exploration et la découverte de nouveaux gisements gaziers. Dans cette dynamique, l’Algérie met également en avant ses propres atouts, notamment le gaz de schiste, souvent présenté comme l’une des plus grandes réserves mondiales, dans un contexte où le gaz est perçu comme une énergie d’avenir davantage que le pétrole. Au-delà des hydrocarbures, la stratégie africaine d’Alger s’articule autour de plusieurs axes complémentaires : - la coopération électrique au Sahel, à travers des projets d’interconnexion régionale ; - le renforcement de l’intégration africaine et des échanges Nord–Sud grâce à la route transsaharienne, reliant notamment l’Algérie au Niger, au Mali, au Tchad, à la Tunisie et au Nigeria ; - la connectivité numérique, via la fibre optique transsaharienne (Niger, Nigeria, Tchad), déjà opérationnelle par segments ; - et enfin le partage d’expertise minière avec des partenaires comme le Mali, le Niger ou la Guinée, afin de contribuer au développement de chaînes de valeur africaines.
Africain
Africain 7 mois
Assez de fictions : l’Algérie ne complote pas au Sahel; elle fait ce que font les États sérieux Il faut arrêter de travestir les réalités stratégiques. Le rapprochement entre Niamey et Alger n’est ni une manœuvre souterraine, ni une ruse géopolitique, ni une tentative de contournement de l’Alliance des États du Sahel. C’est un fait simple : deux États souverains coopèrent parce qu’ils en ont objectivement besoin. Tout le reste relève de la littérature politique. 1. L’Algérie “affaiblie” ? Un mythe pour rassurer les idéologues. On nous parle “d’asphyxie diplomatique”. On aligne France, Maroc, Mali. On suggère une Algérie qui chercherait à revenir par la petite porte. Soyons sérieux. Un pays affaibli ne reste pas : une puissance militaire régionale dominante, un acteur énergétique stratégique pour l’Europe, un pivot sécuritaire au Maghreb et au Sahel. Le Gazoduc transsaharien n’est pas une opération de communication. C’est un projet continental qui redessine les flux énergétiques africains. Les États en déclin ne structurent pas des corridors géoéconomiques. Ils les subissent, comme le Mali. 2. La coopération sécuritaire n’est pas une option morale. C’est une contrainte géographique. Près de 1 000 km de frontière entre l’Algérie et le Niger. Trafic d’armes. Mobilité djihadiste. Criminalité transsaharienne. La formule de “sécurité indissociable” n’est pas une posture. C’est une description du réel. Imaginer qu’Alger aurait besoin d’un prétexte pour sécuriser sa frontière sud relève de l’absurde. 3. L’AES n’est pas une prison diplomatique L’Alliance des États du Sahel n’interdit aucun partenariat bilatéral. Sinon, ce ne serait plus une alliance. Ce serait une camisole stratégique. Si Niamey choisit de renforcer ses liens avec Alger, cela signifie une chose : Niamey considère Alger comme un partenaire crédible. Ce choix n’est pas une trahison. C’est un acte de souveraineté. Et invoquer la souveraineté pour ensuite contester le droit d’un État à choisir ses partenaires relève d’une contradiction flagrante. 4. Le Niger agit par nécessité. L’Algérie répond par capacité. Exportations bloquées au sud. Sanctions passées. Besoin urgent de diversification. Le nord algérien offre : accès méditerranéen, infrastructures énergétiques, profondeur stratégique. Le Niger ne cherche pas un symbole. Il cherche une solution. Et si la solution passe par Alger, c’est parce qu’Alger dispose d’atouts réels, pas d’effets de tribune. 5. Les insinuations sont faciles. Les faits sont têtus. Aucune réaction hostile de Bamako. Aucune protestation officielle de Ouagadougou. Aucune crise formelle au sein de l’AES. En diplomatie, le silence est un langage. S’il y avait une fracture, elle serait visible. Elle ne l’est pas. 6. La vérité que certains refusent d’admettre L’Algérie ne contourne pas le Sahel. Elle en fait partie. Elle n’a jamais reconnu de partition malienne. Elle n’a jamais soutenu d’entité sécessionniste. Elle a toujours défendu l’intégrité territoriale de ses voisins. Ceux qui multiplient les ruptures diplomatiques et les narratifs de confrontation devraient s’interroger avant d’accuser Alger de manœuvres. 7. La souveraineté n’est pas le repli. C’est le choix. On répète que “la souveraineté ne signifie pas l’isolement”. Très bien. Alors acceptons la conséquence logique : le Niger choisit librement l’Algérie. Et ce choix confirme une réalité que certains voudraient occulter : l’Algérie reste un pilier incontournable de l’équation sahélienne. La puissance tranquille contre les procès d’intention On peut multiplier les sous-entendus. On peut évoquer des repositionnements imaginaires. On peut chercher des arrière-pensées. Mais la réalité est simple : L’Algérie sécurise sa frontière. Le Niger sécurise ses débouchés. L’AES n’est pas affaiblie. Aucun principe souverain n’est violé. La géopolitique ne se joue pas dans les insinuations. Elle se joue dans les infrastructures, les corridors énergétiques et les capacités militaires. Et sur ce terrain, l’Algérie n’a pas besoin de se justifier. Elle agit.
Kinguiranke
Kinguiranke 8 mois
@sangare: La Confederation de l'AES prend en compte les decisions légitimes du peuple de la Confederation de l'AES libre, souveraine et independante et ne va jamais prendre en compte les idioties et inepties de ta sale communauté internationale qui n'existe pas en verite car le monde occidental unipolaire raciste, esclavagiste, colonialiste, carnivore et imperialiste.
Kinguiranke
Kinguiranke 8 mois
@sanagare: La Confederation de l'AES prend en compte les decisions legitimes des peuples de l'AES et ne va jamais prendre en compte les inepties de ta sale communauté internationale qui n'existe pas en verite car le monde occidental unipolaire raciste, esclavagiste, colonialiste et imperialiste1
zoumba
zoumba 8 mois
L'idiot à la gueule puante et risée sur ce forum a encore empoisonné Maliweb en ouvrant sa gueule nauséabonde.
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