Refondation et lutte contre la corruption : En quête du nouveau Malien ?

La refondation impose un changement de mentalité. Alors que l’habitude est une seconde nature…

27 Juillet 2026 - 08:46
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Refondation et lutte contre la corruption : En quête du nouveau Malien ?

Les pratiques de gouvernance ont été, pour une large part, décriées. Mais l’on oublie souvent que ce sont des hommes et femmes issus du peuple, qui sont les acteurs de cette gouvernance ayant conduit au précipice. Ainsi, pour des crises de gouvernance, le doigt accusateur est vite pointé vers les dirigeants du moment. Alors qu’une grande part de responsabilité incombe au peuple, c’est-à-dire aux gouvernés. C’est donc une sorte de cercle vicieux de gouvernants et gouvernés se donnant la main dans la gestion des affaires publiques.

Au Mali, plusieurs décennies de démocratie ont, semble-t-il, affaibli le pouvoir et l’autorité de l’Etat, du moins par rapport à la problématique de la délinquance financière ou la prédation sur les ressources publiques.

L’on se rappelle d’un aveu public du président Amadou Toumani Touré selon  lequel une procédure judiciaire contre un fossoyeur des deniers publics entraîne une humiliation, qu’il convient d’éviter… Et le président ATT disait alors, qu’il est préférable que le travail du Vérificateur Général privilégie les démarches pour un recouvrement discret des fonds détournés.

En outre, l’on notait que les influences et manœuvres politiques refroidissaient certaines ardeurs de répression des crimes économiques, ou des malversations en général. Ce qui faisait que, sous des régimes démocratiques, l’on reconnaissait, dans une certaine mesure, l’existence de certaines complaisances vis-à-vis de potentiels prédateurs des deniers publics. Sous le président IBK, l’affaire des « engrais frelatés » a-t-elle connu la suite répressive sougaitée ? Quid du scandale des mille tracteurs ? Une omerta ou un camouflage ? Un leader politique appellera alors le gouvernement à « être aux affaires, et non dans les affaires » !

Dans le contexte de la refondation, la lutte contre la corruption et la délinquance financière retient particulièrement l’attention. Et nul ne pourra dire que cette refondation a réussi si un système rigoureux de bonne gouvernance n'est instauré. Comment assurer alors une culture de rejet catégorique de la mal gouvernance, dans tous les secteurs d’activités ? Comment instaurer une culture de tolérance zéro par rapport à toute indélicatesse financière au préjudice de l’Etat ou de ses démembrements ? Comment parvenir à recréer de nouveaux citoyens plus consciencieux et plus respectueux de la chose publique ? Comment parvenir à éradiquer la prédisposition chez certains citoyens de « profiter » indûment de l’Etat ou de ses services ?

A titre d’exemple, que dire du comptable matière d’une administration, qui exige un pot-de-vin avant de traiter ou signer un dossier d’un prestataire ? N’accuse-t-on pas le financier des services de « maudit », s’il ne pratique pas de magouilles ou des fraudes pour s’enrichir ? C’est une histoire de l’hôpital qui se moque de la charité ! Il urge que les Maliens se décident à changer de mentalité et à considérer les ressources publiques comme un patrimoine commun, devant servir à l’intérêt général.

De même, la refondation a besoin de citoyens patriotes au service du pays, et non de leurs propres intérêts. C’est cela qui crée en chacun un civisme respectueux des ressources publiques. Car, combien de Maliens assument honnêtement leurs obligations fiscales ? Les déclarations ne sont-elles pas régulièrement falsifiées ou « négociées » avec des pourboires et rétrocommissions) devant le fisc ? Qui respecte le principe de l’égalité devant les charges publiques, afin que l’Etat puisse disposer de ressources pérennes, pour financer son développement ?  Presque tous les opérateurs économiques sont abonnés à la fraude fiscale …

Enfin, de nombreux cadres de l’administration se sont durablement inscrits dans une certaine cupidité ou une boulimie maladive, conduisant à des malversations en tous genres. Cela est lié, pour certains, à une habitude de vivre au-delà de ses moyens.

Car, des pressions familiales et des pesanteurs socio-culturelles conduisant dans des indélicatesses financières sans nom. Comment un cadre de l’administration, dont les rémunérations mensuelles s’élèvent à 200 000 F CFA, peut-il se « payer le luxe » d’une polygamie, alors qu’il est en location à Bamako ? Ces pressions dépensières ne l’exposent-elles pas à de malhonnêtes gymnastiques avec les deniers publics ? Rien n'est moins sûr. Il faut donc un véritable changement de mentalité, voire une cure d’âme, pour changer la donne, surtout en matière de bonne gouvernance.

Les autorités doivent initier des réformes législatives d’envergure, en vue d’instaurer cette culture de renouvellement de l’être. C’est à ce prix que la refondation aura des chances de succès pour des horizons plus prometteurs.

Boubou SIDIBE/maliwebnet