Dr Ousmane Sy : « La construction d’une société démocratique ne peut se faire en dehors de valeurs, de normes connues, comprises et admises par les populations »

09 Août 2014 - 04:13
Mis à jour: 12 ans
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[caption id="attachment_240542" align="alignleft" width="209"]Ousmane Sy - connaissance Ousmane Sy: Ministre de la Décentralisation et de la Ville[/caption] Encore une fois, l’homme fort de la décentralisation au Mali, Dr Ousmane Sy, actuel ministre de la décentralisation et de la politique de la ville partage ses visions sur le mode ‘’idéal’’ de la gestion publique, la forme adéquate qui  prend en considération les réalités socioculturelles des populations d’un même Etat. Lisez plutôt.   La Conférence Nationale (29 juillet au 12 Aout 1991) qui a réuni toutes les composantes de la nation malienne, après avoir écouté l’état de la nation, présenté par le Chef de Gouvernement de la période de transition a, entre autres, proposé un projet de Constitution reconnaissant à chaque citoyen malien le droit de créer ou d’adhérer une organisation politique, associative ou professionnelle de son choix. A travers ce choix, les maliennes et maliens ont décidé de construire un Etat de droit et une démocratie pluraliste favorisant l’expression et la prise en compte de la diversité des opinions et des choix. La 3ème République a ainsi engagé le pays dans la voie de la construction d’un Etat qui reconnait et prend en compte la diversité comme modalité de gestion publique. Mais ce choix de la promotion du pluralisme politique et institutionnelle doit, pour avoir un impact, se prolonger dans les constructions administratives et économiques. La décentralisation de la gestion publique entamée en 1999/2000 par la mise en place des collectivités territoriales et leurs organes de gestion et la mise en place du Haut conseil des Collectivités (HCC) qui est l’expression politique et institutionnelle au niveau de l’Etat central de la diversité de notre nation, sont les premiers pas sur le long chemin qui doit nous conduire à la nécessaire refondation de l’Etat-Nation hérité de la colonisation. Les institutions publiques centrales et locales doivent nécessairement être le résultat d’une production socioculturelle endogène si elles veulent être légitimes, durables et gagner en crédibilité et en efficacité. Les apports extérieurs peuvent alors venir enrichir un ensemble institutionnel solidement ancré et approprié les populations maliennes. Le défi du développement Cette perspective ouvre le débat sur le projet démocratique et tous les défis qu’il engendre. Quel est le modèle valide (une démocratie représentative et/ou une démocratie participative) ? Quelles modalités de choix des dirigeants et d’expression de la décision publique (le vote et/ou le consensus) ? Quelle modalité d’accès à la gestion publique (perdant/gagnant et/ou partage). Au défi du projet démocratique, s’ajoute celui du développement. Notre pays, comme la plupart des pays du continent, est installé dans un paradoxe : un potentiel naturel important et une des populations les plus pauvres du monde. Au mon avis, le placage du modèle d’État-Nation, conçus en dehors des communautés locales qu’il est sensé gérer, reste aujourd’hui encore une des entraves majeures à nos ambitions du développement. Cet État-Nation jacobin, dont la refondation est amorcée, est né avec deux handicaps majeurs; premièrement celui d’avoir été pensé et construit en fonction des besoins et selon des desseins qui étaient totalement étrangers aux populations du pays ; de ce fait, il demeure encore aujourd’hui trop éloignés de ces populations et deuxièmement, l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation érigée en dogme, Dans les constructions institutionnelles proposées, à commencer par la Constitution , les logiques communautaires et la grande diversité qui caractérisent notre société sont ignorées au profit de la mise en exergue de l’identité de l’individu et de sa nationalité exclusive. La diversité des réalités de territoires locaux et régionaux est occultée au profit du culte d’un territoire national délimité par des frontières qui hachent des dynamiques communautaires encore vivaces et d’une approche exclusivement sectoriel du développement. Le jacobinisme centralisateur a été érigé en méthode de gouvernement même si les proclamations politiques et les textes disent le contraire. Bien que déjà la Constitution du 22 septembre 1960 affirmât que les collectivités territoriales devaient s’administrer librement par des conseils élus et que dans ces collectivités, le délégué du Gouvernement est en charge des intérêts de la République , du contrôle administratif et du respect des lois, cette disposition est restée lettre morte jusqu’à la naissance de la IIIe République4 qui a rendu effectif ce principe fondamentale de la libre administration. De nos jours encore et malgré la mise en place des collectivités décentralisées, les populations, surtout rurales, sont considérées et traitées comme des « sujets » administrés qui n’ont que des devoirs et non comme des citoyens qui ont aussi des droits et des responsabilités. Cela explique, en grande partie, le peu de souci que les institutions et les décideurs publics ont de leur légitimité. Malgré les tentatives de constructions démocratiques en cours depuis près de deux décennies, les formations politiques et les pouvoirs publics qui en sont issus misent toujours sur le clientélisme et les pratiques de corruption que sur la recherche de l’adhésion des populations à leurs projets pour autant d’ailleurs qu’ils en aient un. Le pire, c’est que des pratiques comme l’utilisation de la force en lieu et place de la recherche de l’adhésion et l’imposition des corvées comme méthode de mobilisation sociale, développées par le colonisateur et « recyclées » par les pouvoirs politiques et administratifs postcoloniaux, ont fini par être présentées comme intrinsèques nos sociétés. De ce fait, les communautés rurales et urbaines ont développé deux types d’attitudes vis-à-vis de l’État national centralisé. D’une part, son assistance est sollicitée parce qu’il faut lui soutirer le maximum de profit pour soi et pour les siens. D’autre part, l’État central et ses démembrements territoriaux restent la bête noire dont les communautés de base se méfient encore de nos jours. Je me range aux côtés de ceux, qui pensent que la voie du changement ne passera pas par la réplication de modèles politique, économique et institutionnel unique et uniforme. Pour résoudre l’équation infernale de la paupérisation croissante des populations et des conflits identitaires et sectaires qui n’engendrent que de l’instabilité, notre pays doit chercher à sortir de l’impasse dans laquelle l’enferme la persistance de vouloir maintenir l’État centralisateur. A mon avis, la refondation de cet État passera par la mise en œuvre persévérante de deux réformes structurelles majeures : 1°) la décentralisation de la gestion publique pour impliquer la majorité de la population dans l’effort de construction du développement ; 2°) la promotion d’une intégration régionale volontariste afin de renforcer la capacité du pays à exister dans un monde qui se globalise.   La décentralisation qui rapproche les populations aux institutions publiques   La décentralisation de la gestion publique et l’intégration des pays impliquent une autre façon  d’aborder la gestion des affaires publiques. La construction d’une société démocratique pour le bien-être de tous, ne peut se faire en dehors de valeurs, de normes connues, comprises et admises par les populations. Ce sont les conditions minimales qu’il faut réunir pour qu’une gestion publique soit légitime. Il ne saurait exister de bonne gestion des affaires publiques dans un pays où les communautés urbaines et rurales et tous les groupes sociaux affichent une indifférence totale par rapport aux institutions publiques. On ne trouvera de réponses à cette indifférence que si la majorité de la population se reconnait dans l’État et qu’elle légitime ses institutions. La démocratie formelle et représentative telle qu’elle est entrain d’être pensée n’est pas une réponse suffisante. Chaque société doit savoir, à chaque étape de son évolution, inventer des réponses spécifiques à ses problèmes de gestion publique en fonction de sa culture et de ses défis, besoins et exigences du moment. Je conclus en disant que le Mali, à l’entame du 2ème    cinquantenaire de son indépendance, doit prendre appui sur son riche patrimoine institutionnel multiséculaire pour inventer les modalités de la gestion publique moderne, mais qui soient enracinées et partagées par sa population. De ce fait la gouvernance devient légitime parce que les maliennes et maliens de tous les âges et de toutes les catégories sociales sont en accord et se reconnaissent dans la manière dont leurs affaires sont gérées. Ce qui est très loin d’être le cas aujourd’hui. Dans le domaine de la construction de l’Etat, comme le dit la sagesse populaire, « il faut chercher une chaussure qui aille à nos pieds au lieu de nous évertuer à vouloir tailler nos pieds pour les loger dans une chaussure qui manifestement n’est pas à la bonne taille ».                                                                               Dr.Ousmane Sy

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Commentaires (26)

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Boubacar Cissé
Boubacar Cissé 12 ans
Belle contribution Mr Sy ! Mais vous aviez eu dix ans de pouvoir pour mettre en pratique ce que vous décrivez. Vous (ADEMA et complices démocratiques) aviez été les premiers gouvernants du Mali Nouveau (ère démocratique) mais les actes que vous aviez posés ont été les fondements de cette déchéance de l'ETAT que nous vivons présentement ( anomie, corruption généralisée, perte de tous les repères, secteurs sociaux de base en déconfiture.....) !!
Dr ANASSER AG RHISSA
Dr ANASSER AG RHISSA 12 ans
Bonjour, Merci au Ministre, Dr Ousmane Sy, de cette contribution de valeur. La centralisation a atteint ses limites. Elle présente plus d'inconvénients que d'avantages. J'avais écrit une lettre ouverte adressée en ligne, sur agora21, maliweb et mali jet, au Président, aux Maliens et aux Partenaires pour le choix idoine de modèles d'organisation et de gouvernance (choix entre centralisation, décentralisation, fédération, confédération, autonomie dans le cadre de l'indépendance) pour le Mali. Elle montre que seule une décentralisation équitable, équilibrée et adaptée au(x) contexte (s) convient au Mali. Il ne peut y avoir développement durable dans le cadre de la décentralisation que s'il est endogène (utilise, autant que possible, les ressources régionales/locales), résilient et adapté au contexte. Bien cordialement Dr ANASSER AGRHISSA EXPERT TIC ET GOUVERNANCE E-mail: [email protected] TEL 78 73 14 61
Kinguiranke
Kinguiranke 12 ans
Que de la demagogie, si nous devrons reussir il faut que nos dirigents soient republicains et que notre societe devienne republicaine et recoit toute l'information et l'education necessaires pour comprendre ce que veut dire une Republique et un Citoyen, tout le reste n'est que de la demagogie et de l'amalgame. Aligner des jolies phrases alors qu'ils maintienent nos populations dans l'ignorance et l'obscurite n'amenent nulle part. Recemment quand IBK a achete son avion a Xple prix d'achat qui s'est leve pour dire a IBK qu'il a echoue car il a investi dans un avion alors que le Mali a un avion et que le prix est exhorbitant et qu'il y a eu corruption, c'est la BM et le FMI, et l'opposition republicaine: l'URD et le PARENA. Dire que la BM ou le FMI ont echoue c'est mal comprendre leur systeme de fonctionnement, car ce sont des institutions qui sont pas faites pour echouer et le resultat de leurs actions depend des pays beneficiaires eux gagnent ou perdent. A bon entendeur, salut.
Dracus22
Dracus22 12 ans
Toutes mes félicitations pour votre e courage et patriotisme de dénoncer les faiblesses de notre système administratif. On ne peut construire un état sans sa la participation de sa population. Je pense qu’il faut que chaque cercle soit autonome. En plus je propose : - Il nous faut une monnaie nationale - que le budget national soit repartit équitablement entre les cercles après déduction de 5% pour l’administration (président, gouvernement, l’assemblée, et audit& contrôle), 5% pour l’armée, 5% pour les écoles supérieures. - L’assemblée par système de quota par cercle - Le cercle recrute et administre librement ses agents - Il faut diminuer l’importation du carburant, du riz et du sucre de 80% - Revoir le système éducatif en profondeur. Le système actuel est hérité ou imposé du colon pour nous contrôler.
Sikasso
Sikasso 12 ans
En afric notre constitution devrais est le travaille il y'a une chanson siramory diabate qui dit que les gens d'avant n étais pas des djinn ou des sorciers ils ont travaillé seulement un autre exemple il y'a 20ans la Chine était dans le même ça que notre maliba et rien que le travaille ils domines tout les pays ou presque maintenant Une chose très frappant nos ingénieur en pont chaussée ne sont même pas capable de construire un pont-ou une route tout nos cadre qui viennent faire leurs étude en occident une fois retourne au pays ils squates les bureaux climatise les voitures de fonction et ils ne font plus leurs travaille et comment voulez vous que notre pays avance les allemand qui sont premier en industrie s'en fout du diplôme ce qu'il regarde ses la compétences des personnes donc laissons un peut notre problème de constitution et mettons nous travaille meme soit disant que notre sous sol est riche mais on est pas capable d'exploiter sa sans l'aide des occidentaux ou afric du Sud
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