Saouti Haïdara : Le parcours d'un homme fidèle à ses convictions

Dans le paysage médiatique malien, certaines personnalités traversent les époques sans perdre leur crédibilité. Saouti Haidara fait partie de ces hommes dont la réputation repose sur l'éthique, la rigueur professionnelle et la fidélité à leurs convictions

1 Juillet 2026 - 11:16
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Saouti Haïdara :  Le parcours d'un homme fidèle à ses convictions
Saouti Haidara

Journaliste respecté et défenseur infatigable de la liberté de la presse, il a consacré toute sa vie à informer les citoyens, souvent au prix de nombreux sacrifices.

Un parcours brillant au service d'une vocation

Né le 4 juin 1950 à Bamako, Saouti Haidara effectue ses études primaires à l'école de la Poudrière de Bolibana. Il poursuit ensuite son cursus secondaire entre le lycée Askia Mohamed et le lycée Prosper Kamara où il obtient, en 1972, son baccalauréat en Philosophie-Lettres classiques. Major de sa promotion, il est orienté à l'École normale supérieure (ENSUP) pour intégrer la première promotion de Philo-Psycho-Pédagogie destinée à former les Directeurs de ressources humaines dont le Mali avait grand besoin.

Cependant, sa passion pour l'information et l'écriture l'amène à emprunter une autre voie. Après une année à l'ENSUP, il réussit le concours d'entrée du Centre d'études des sciences et techniques de l'information (CESTI)  de l’université de Dakar, l'une des plus prestigieuses écoles de journalisme d'Afrique francophone. Il y obtient en 1976 un diplôme d'études supérieures en journalisme. Cette formation comportait des séjours académiques à l’Institut français de presse (IFP) de l’Université de Paris II, au Centre audiovisuel de l’Université de Montréal au Canada et un voyage d'études aux États-Unis. Ces expériences enrichissent sa vision du monde et renforcent sa conviction que le journalisme doit être exercé en toute indépendance.

Jeune diplômé, il est recruté par le magazine " l'Ouest Africain" de Dakar où il fait ses premières armes entre 1976 et 1978. Désireux de contribuer au développement de son pays, il rentre au Mali en 1978 et rejoint le quotidien national L'Essor. Il y exerce jusqu'en 1981.

Mais cette période correspond au régime militaire du général Moussa Traoré. Saouti Haidara constate rapidement que le métier de journaliste s'accommode difficilement de la censure et des restrictions imposées à la liberté d'expression. Certains de ses articles sont bloqués et il est même interpellé puis soumis à de sévères interrogatoires à la suite de ses écrits. Refusant de renoncer à ses convictions, il choisit finalement de démissionner et retourne au Sénégal.

Une carrière bâtie sur l'indépendance et le courage

Dans ce pays, Saouti Haidara poursuit son parcours professionnel avec succès. Il travaille au journal "Politicien de Dakar" entre 1981 et 1986 comme journaliste puis secrétaire général. En 1987, il participe à la création du journal satirique Le Cafard Libéré dont il devient le directeur de la rédaction.

Avec l'avènement de la démocratie au Mali en 1992, il est sollicité pour revenir au pays. Il participe ainsi à la création du journal Le Républicain dont il assure la direction de la rédaction puis la direction de publication jusqu'en 1995. Là encore, ses principes guident ses choix. En désaccord avec certaines orientations éditoriales, il quitte le journal pour fonder son propre quotidien.

C'est ainsi qu'en 1995 naît L'Indépendant, un journal devenu au fil des années l'une des références de la presse malienne. Depuis sa création, Saouti Haidara en assure la direction de publication. Le journal " L'Indépendant" dont le premier numéro est sorti le 5 Février 1995 s'est imposé comme un acteur majeur de l'information au Mali grâce à son indépendance et à sa crédibilité.

Tout au long de sa carrière, il a connu aussi bien des moments de satisfaction que des épreuves difficiles. En 2012, dans le contexte de la crise politique malienne, il est interpellé par les services de sécurité puis victime d'un enlèvement et de violentes agressions qui suscitent l'indignation des organisations de presse nationales et internationales. Malgré les menaces, il demeure fidèle à son engagement en faveur de la liberté de la presse. Son courage et son professionnalisme lui valent une reconnaissance au-delà des frontières du Mali. En 2014, Reporters sans frontières l'inscrit parmi les " 100 héros de l'information " dans le monde, saluant son combat en faveur de la liberté d'informer.

Saouti Haidara doit sa réputation à son intégrité, à sa piété, à son sens élevé de l'éthique ainsi qu'à sa longue expérience professionnelle. Il a effectué de nombreux séjours professionnels à travers plusieurs continents, ce qui fait de lui l'un des journalistes les plus expérimentés de l'espace médiatique malien.

Parmi les distinctions qui ont jalonné sa carrière figurent notamment le titre de Chevalier de l'Ordre national du Mali en 2010, le statut de citoyen d'honneur de Hô Chi Minh-Ville au Vietnam, le prix du meilleur article de presse du PNUD en 1997, ainsi que plusieurs diplômes de reconnaissance décernés par l'Union nationale des journalistes du Mali (UNAJOM), l'Union des journalistes de l'Afrique de l'Ouest (UJAO) et diverses organisations de la société civile.

Aujourd'hui encore, du haut de ses 76 ans, Saouti Haidara demeure une référence pour plusieurs générations de journalistes. Son parcours démontre qu'il est possible de faire du journalisme avec courage, honnêteté et indépendance. Dans un contexte où la liberté de la presse reste un défi permanent, son nom demeure associé à la défense des principes démocratiques et au droit des citoyens à une information libre, juste et crédible.        

Mohamed Lamine H. DICKO (AMAP)