Chronique satirique: la stratégie des Imams

13 Jan 2016 - 00:34
Mis à jour: 11 ans
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Chronique satirique: la stratégie des Imams
Nul besoin d'être docteur en théologie comme Youssef Al-Qardawi pour comprendre que l'islam et la démocratie ne sont pas compatibles. Le premier proclame la souveraineté de Dieu, la seconde celle du peuple. Le premier repose sur les lois divines, la seconde sur les lois humaines. L'islam exige que l'Etat se soumette au Coran et à la "Sounnah" (voie prophétique) alors que la démocratie impose la laïcité, séparation de l'Etat et de la religion. Enfin, l'islam interdit le commerce de l'alcool et  les jeux de hasard, tandis qu'ils sont autorisés par la démocratie au nom de la liberté d'entreprise. Sans parler de l'inégalité hommes-femmes instituée par l'islam (notamment en matière de témoignage et d'héritage), alors qu'en démocratie, tous les citoyens sont réputés égaux en droits et en devoirs. Du coup, ceux qui racontent qu'islam et démocratie vont de pair sont des bonimenteurs de classe exceptionnelle. Créé pour promouvoir l'islam, le Haut Conseil Islamique du Mali (HCIM) aurait dû, en toute logique, se battre pour l'avènement d'une République islamique. Mais on se rend compte, à l'usage, que les ambitions du HCIM se limitent à assurer à ses leaders la célébrité et les trois repas quotidiens. Loin de combattre le système démocratique en vigueur, le HCIM a même délégué son secrétaire général, Mamadou Diamounténé, à la tête de la CENI. Quelqu'un pourrait-il me citer un verset ou un hadith autorisant un soldat de Dieu à superviser la mise en place d'autorités et d'institutions laïques ? En fait, l'exemple de Diamounténé tire au clair une réalité: plutôt que d'exiger une République islamique, le regroupement islamo-politique qu'est le HCIM veut domestiquer la République démocratique. Le tout, bien entendu, avec la bienveillante assistance des hommes politiques trop contents de ne pas rivaliser, dans les urnes, avec des adversaires si coriaces. Résultat: un vaste marché de dupes où les politiciens croient se servir sur le dos des imams alors que les imams pensent traire les politiciens comme des vaches laitières. Ladji Bourama en sait quelque chose. Pour se faire élire, il a récité à la télé un bon tiers du Coran tout en faisant de l'expression "Inch Allah" ("S'il plaît à Dieu") son refrain.  Toujours prompt à envoyer des boeufs et du poisson aux organisateurs du "Maouloud" (c'est le prêcheur Haidara qui trahit le secret), Ladji ne comptait parmi ses amis que des imams et des muezzins tels que le Chérif de Nioro, Mahmoud Dicko et Moussa Bah, président de l'association islamique "Sabati 2012". Et son programme, intitulé "Mali d'abord, inch  Allah", porte, comme on le voit, la bénédiction divine. Au bout du compte, voilà Ladji élu avec 77% des suffrages aux dépens  des "hassidis"... Bien décidé à imiter son cher aîné, l'ancien Premier Ministre Moussa Mara ne quitte plus les mosquées. Lundi, il fait la prière de l'aube à la mosquée du Badialan. Mardi, il répète l'exercice à la mosquée de Banconi. Mercredi et jeudi, il prie à Hamdallaye.  Vendredi et samedi, il rencontre l'imamat. Dimanche,  il lit ostensiblement le Coran au pas de sa porte. Il ne lui reste plus qu'à ouvrir une medersa, ce qui, inch Allah, lui vaudra des subventions saoudiennes et, à l'horizon 2018, des suffrages à la pelle ! Aujourd'hui, on surprend Soumaila Cissé, le chef de file de l'opposition, à rappeler que "la politique doit rester dans sa loge et la religion dans sa loge". Fort bien! Mais pourquoi a-t-il cru nécessaire, pendant la campagne électorale de 2013, de réciter  la sourate "Al-Fatiya" à la télévision ? A moins qu'à l'époque, le grand candidat laïc n'ait confondu Coran et Code électoral... La stratégie des dignitaires religieux est simple comme bonjour: ils veulent récolter les doux avantages du pouvoir sans en assumer les rudes contraintes. Se sachant craints comme la peste, ils ne manquent donc aucune occasion de sortir leurs muscles et de rouler de gros yeux. Histoire d'intimider un Etat déjà réduit en plâtre par les coups de bâton des bandits enturbannés. Ainsi, bien qu'il ait souvent répété, le doigt sévèrement pointé au ciel, qu'on ne le trimbale pas et qu'il n'agit pas le couteau sous la gorge, Ladji Bourama oublie cette belle profession de foi dès qu'il a affaire aux leaders du HCIM. Messieurs les imams n'ont qu'à claquer du doigt pour lui arracher tout ce qu'ils veulent. Pourtant, ils ne parlent pas le latin-grec ni ne conjuguent les verbes au subjonctif ! Le festival de trimbalage du pauvre Ladji est initié par Mahmoud Dicko, président du HCIM, et son ami Moussa Bah, patron de "Sabati 2012". Voyant que depuis 2013, ils n'étaient plus consultés en haut lieu, les compères  provoquent un meeting. Devant des centaines de fidèles musulmans, ils descendent Ladji dans les flammes. A les en croire, celui qu'ils ont fait monter à Koulouba n'aurait rien fait de bon depuis son élection. "Je reste l'ami d'IBK, mais je ne sacrifierai pour lui ni ma patrie, ni ma religion!", martèle Dicko. Quelques heures après cette diatribe, les deux imams sont reçus à la résidence présidentielle de Sébénicoro avec, au menu, force salamalecs et gigots de mouton. Il ne restait plus qu'à leur masser les pieds avec du miel et de l'eau de jasmin! Le spectacle n'a pas, bien sûr, échappé à l'attention d'un autre dignitaire religieux: Chérif Ousmane Madani Haidara, Guide de l'association islamique Ançardine. Ce brillant orateur, qui révendique un million de disciples dûment munis de cartes d'électeurs Nina (rien que ça !), ruminait une colère noire depuis que Ladji Bourama avait refusé de le recevoir pour qu'il intercède en faveur du GATIA, cette milice d'autodéfense qui refusait de quitter Ménaka malgré les injonctions de la Minusma. Haidara ne digérait pas non  plus que Ladji Bourama, depuis son élection, n'ait pas mis le pied au stade du 26 mars pour participer aux festivités du "Maouloud" organisées, chaque année, par Ançardine. Pour ne rien arranger, Haidara a vu une provocation dans le décret d'état d'urgence que Ladji Bourama a signé la veille du "Maouloud" 2015. Eh bien! Non seulement Haidara a mobilisé ses foules au mépris de l'état d'urgence, mais en outre, il a déclaré devant quelque 80. 000 fidèles: "Nul ne peut nous intimider ! Le "Maouloud" ne cessera d'être célébré au Mali que lorsque les hommes de foi cesseront d'y vivre. Or, des hommes de foi, il y en aura toujours au Mali!".  Au lendemain du "Maouloud", le prêcheur confie aux journalistes invités à son domicile: "Le jour où un président de la République tentera d'interdire le "Maouloud", Dieu l'évincera immédiatement de son poste !". Et de promettre: "Je jure au nom d'Allah que nous installerons un imam au pouvoir!". Dans les heures suivantes, Haidara est triomphalement reçu à Koulouba. A sa sortie d'audience avec Ladji Bourama, il annonce que la paix est revenue et qu'il renonce à son projet de porter un imam au pouvoir. Qu'a fait Ladji Bourama pour mériter ce pardon précoce ? On le saura peut-être un jour, inch Allah ! C'est désormais un article semi-constitutionnel: quiconque veut prospérer sous nos tropiques doit rechercher, au préalable, les bonnes grâces des leaders religieux. Avis aux ministres, sous-ministres et hauts fonctionnaires qui souhaitent faire de vieux os à leurs postes. Avis aussi aux nomades politiques qui, depuis trois ans, attendent vainement un coup d'oeil (ou de main) de Ladji Bourama. A l'intention de tous les usagers politico-administratifs, un petit conseil pratique: en rendant votre visite de courtoisie, privilégiez, s'il vous plaît, les imams qui savent mobiliser les foules au point de menacer le gâteau du grand chef. N'écoutez surtout pas les rêveurs qui s'accrochent aux vieilles théories de laïcité et autres blagues du genre: ces gens-là n'ont rien compris à la démocratie made in Mali. Un bon démocrate est d'abord celui qui arrive à manger trois fois par jour. Et pour y arriver, il faut prendre ses ordres à la mosquée. Ne laissez donc nulle place, pardon!, nulle mosquée où la main ne passe et repasse ! Pour avoir oublié ce sage conseil, un personnage aussi puissant que le procureur général Daniel Tessougué ne vient-il pas d'être prématurément renvoyé à ses plantations de tomates?   Tiékorobani

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Commentaires (86)

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ZOULAYKA
ZOULAYKA 11 ans
Il faut que nos religieux sachent que nous leur accordons la place qu’ils ont en tant que guide religieux mais qu’ils ne se fassent pas d’illusion. Je suis musulman mais cette attitude va à l’encontre des préceptes même de la religion car quand Dicko qualifie les attaques du Radisson comme une punition divine. Dieu n’a pas besoin de ses terroristes pour faire sa volonté. Dans un hadith cité par les imams Al Boukhari et Mouslim le Prophète nous exhorte : « Aucun d’entre vous ne peut viser son frère avec une arme car il ne sait si Satan ne le touchera pas et ne le fasse tomber dans le feu de l’enfer. » Ensuite, l’islam interdit le meurtre et affirme que : « Quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué l’humanité entière. Et quiconque lui fait don de la vie, c’est comme s’il faisait don de la vie à l’humanité entière » (Coran, Sourate 5, Al Maïda, la table servie, verset 32 ) En ce qui concerne la violence verbale, le Coran est formel : « Malheur à tout calomniateur diffamateur ! » ( Coran, Sourate 104, Al Houmazah, les calomniateurs verset 1 ) L’islam interdit toute injustice sous toutes ses formes, ainsi que la violence. Lorsqu’un bédouin urina dans la mosquée du Prophète, celui-ci dit à ses Compagnons : « Ne le violentez pas car j’ai été envoyé pour faciliter les choses et non pour les rendre difficiles » Le Prophète Mouhammad dit aussi, concernant les non musulmans : « Celui qui tue un citoyen non musulman, ne sentira jamais l’odeur du paradis » (Hadith rapporté par An Nassaï ) « Et ne discutez que de la meilleure façon avec les gens du Livre ( Juifs et Chrétiens ), sauf ceux d’ entre eux qui sont injustes. Et dites: “Nous croyons en ce qu’ on a fait descendre vers nous et descendre vers vous, tandis que notre Dieu et votre Dieu est le même, et c’ est à Lui que nous nous soumettons ». ( Coran, Sourate 29, Al Ankabout, l’araignée, verset 29) Concernant le comportement d’haïdara lisez ça: question Un musulman doit-il obéir aux lois de son pays de résidence lorsqu’il s’agit d’un pays non-musulman ? Un ami m’a dit que nous n’avions pas à obéir à ces lois, car aucun contrat explicite ne nous y oblige. Pouvez-vous m’éclairer sur ce point ? Réponse de Sheikh Faysal Mawlawî Avant toute chose, je souhaiterais corriger la formulation de la question : « Est-il permis aux Musulmans résidant en Occident d’obéir à des lois qui vont à l’encontre de l’Islam ? Les Musulmans sont tenus de respecter les lois islamiques. Cependant, leur séjour en Occident, ainsi que leur soumission aux lois occidentales, leur permettent-ils de désobéir aux principes de la Sharî`ah ? » En réalité, il existe deux types de lois positives (lois créées par les hommes) : Premièrement, il existe des codes et des pratiques d’ordre personnel auxquels chacun est libre d’obéir ou non. Mais, dans ce domaine, il n’est en aucun cas permis aux Musulmans de faire quoi que ce soit qui contredise les préceptes et les lois islamiques (par exemple, l’interdiction de consommer de l’alcool ou du porc, de commettre la fornication, de pratiquer l’usure — les prêts à intérêt —). De tels actes, bien qu’ils soient permis par les lois occidentales, restent absolument interdits aux Musulmans. Deuxièmement, certaines lois visent à réglementer la vie et les relations au sein de la société. Ces lois concernent par exemple les transactions entre les Musulmans et les autres membres de la société. Elles peuvent aussi régir les relations entre dirigeants et dirigés, etc. À cet égard, un Musulman est tenu de respecter les lois en vigueur dans son pays de résidence. :roll: :roll: :roll: :roll: :roll: :roll:
FREDERIC DE KAYES
FREDERIC DE KAYES 11 ans
Je crois que dans cette situation qui oppose nos politiques aux musulmans, l'accent doit être mis sur les principes de laïcité qui caractérise la vie de notre pays car jusqu'à preuve de contraire notre constitution est basée sur ce principe et en aucun cas elle ne devrait être violée. Il faut que le champ d'action de la religion soit clairement défini et celui de la politique aussi.
ROALD
ROALD 11 ans
Haïdara peut dire ce que bon lui semble mais il conviendra que le pouvoir émane de Dieu et donc il doit savoir que le président de la république occupe ce poste d’abord parce que Dieu le veut et que les maliens l’ont matérialisés en le votant. Il peut être le plus grand mystique de ce monde mais lui aussi se confie à un être alors que ces prétendus liens avec le président de la république ne lui donnent pas de grands airs.
ABASS
ABASS 11 ans
Pour avoir oublié ce sage conseil, un personnage aussi puissant que le procureur général Daniel Tessougué ne vient-il pas d’être prématurément renvoyé à ses plantations de tomates? 8) 8) 8) 8) 8) 8) 8) 8) Le départ du procureur général n’a rien à avoir avec la religion. Ce n’est pas parce qu’il y a une altercation entre lui et un chef religieux qu’il serait limogé mais Téssougué a traité l’État d’irresponsable parce que des membres de sa famille ont été agressé. C’est un fait regrettable mais lui en tant que haut responsable de la justice ne doit pas dire cela car les autorités font tout pour assurer la sécurité de tout un chacun.
yasser
yasser 11 ans
Les dernières sorties de nos religieux ne sont pas du tout appréciable vu le message qu'ils véhiculent qui sont de nature à mettre à mal notre constitution, notre état et ses principes de laïcité. Il faut donc qu'on sache qu'avant de pratiquer telle ou telle religion; nous appartenons à une société régit par des lois que nous devons respecter. La religion doit avoir son champ d'action inclut dans celui de la société sans pour autant mettre à mal son existence.
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