Chambre Criminelle de la Cour Suprême du Mali : L’affaire Pr Clément Mamadou : Dembélé examinée ce lundi
Le rôle d’audience de la Chambre Criminelle de la Section Judiciaire de la Cour Suprême du Mali de ce 20 juillet 2026 affiche l'affaire Ministère public contre Clément Mamadou Dembélé, poursuivi pour « menace par le biais d’un système informatique ».
Un véritable feuilleton judiciaire, dont le dernier épisode est l'annulation par la Cour d’Appel de Bamako de l'Ordonnance définitive aux fins de non-lieu en faveur de Pr Dembélé, rendue par le juge d’instruction du 1er cabinet du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité, Moussa Diarra. Annulation à l'origine du pouvoir en cassation qui sera examiné ce lundi.
Le 17 avril 2025, le juge d’instruction du 1er cabinet du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité a rendu une ordonnance définitive aux fins de non-lieu en faveur de Pr Clément Mamadou Dembélé. Selon cette ordonnance du juge Moussa Diarra, dont "Le Challenger" a pu obtenir une copie, courant 2023, un message vocal attribué au sieur Clément Mamadou Dembélé a circulé sur les réseaux sociaux. A travers cette publication, peut-on lire dans le document, l’intéressé s’en prenait violemment au Chef de l’Etat en le menaçant de mort ainsi que sa famille et ses proches. «C’est ainsi que le sieur Clément fut interpellé par la Brigade d’investigation judiciaire et conduit devant le Procureur du Pôle national de lutte contre la Cybercriminalité pour menaces de mort».
L’ordonnance révèle qu’à l’enquête préliminaire comme devant le magistrat instructeur, Pr Clément Mamadou Dembélé a rejeté catégoriquement les faits. « Il explique qu'en tant que personnalité publique, il n'a aucun intérêt à s’en prendre violemment au président de la Transition et à sa famille sur les réseaux sociaux...même qu'il n'y a pas d'antécédents entre eux ».
Toujours selon l’ordonnance, la Direction Générale du Contentieux de l’Etat, qui s’est constituée partie civile, n’aura pas versé au dossier d’autres éléments plus probants tendant à corroborer ses dires et écritures. La DGCE, peut-on lire, a repris « les termes de l’enquête préliminaire en souhaitant une authentification du vocal incriminé par les services compétents ».
Dans le souci d’authentifier le vocal, le 1er cabinet d’instruction du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité a sollicité en vain la Brigade d’Investigations Judiciaires et la Gendarmerie de la rive gauche de Bamako. « Nous avons commis d'office le Cabinet d'Enquêtes et d'Investigation « Dibilan Lakary » pour éclairer notre religion ». Le rapport produit par le Cabinet « est formel dans ses conclusions : la voix du vocal incriminé n'est pas celle de l'inculpé ». La lecture de l’ordonnance de non-lieu nous apprend que le rapport de l’expert, qui a reçu l’assentiment des conseils de l’inculpé, a été vigoureusement contesté par la partie civile et le ministère public, au motif que l’expert s’est limité à utiliser les méthodes de détecteur de mensonge au lieu de mener de véritables investigations numériques.
INSUFFISANCE DE CHARGES, SELON LE JUGE D’INSTRUCTION
Sur proposition du ministère public, nous avons ordonné une contre-expertise en désignant Me Harouna Traoré, expert en investigations numériques et cybercriminalité, précise l’ordonnance du juge Moussa Diarra. « Que contre toute attente, cet expert s’est, par une correspondance (copie versée au dossier) adressée à notre cabinet, récusé aux motifs qu’il avait déjà collaboré avec le cabinet d’expertise « Dibilan Lakary », commis par nos soins pour la première expertise ».
Après vérification, détaille le document du magistrat-instructeur, “nous avons constaté qu’il avait été effectivement co-signitaire dudit rapport d’expertise.”
A en croire l’ordonnance du juge Moussa Diarra, « la lettre de récusation de l’expert apparaît du coup comme une confirmation de la première expertise à travers laquelle il se reconnaît parfaitement, raison pour laquelle il n’a rien voulu entendre nonobstant nos multiples tentatives de le relancer pour une quelconque contre-expertise ; que nous avons alors estimé que notre demande de contre-expertise demeurait sans objet ce, d’autant plus que Me Harouna Traoré demeure le seul expert en investigations numériques et cybercriminalité sur le Tableau des experts en République du Mali ».
Selon l’Ordonnance du juge d’instruction, « l’ensemble des éléments recueillis au terme de l’instruction plaident plutôt en faveur de l’insuffisance de charges. Il ne résulte pas de l’information de charges suffisantes contre Clément Mamadou Dembélé d’avoir proféré des menaces de mort l’endroit du Chef de l’Etat, de sa famille et de ses proches ».
Cette Ordonnance de non-lieu, prise en toute indépendance par le juge d’instruction du 1er cabinet du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité qui a fait l’objet d’appel de la part du Parquet, a été annulée par la Cour d’Appel de Bamako.
La défense a donc formulé un pourvoi contre cette décision des magistrats de la juridiction de second degré. La Chambre criminelle de la Section judiciaire de la Cour suprême est appelée à examiner cette affaire au cours de son audience de ce 20 juillet 2026.
À titre de rappel, Pr Clément Mamadou Clément Dembélé est incarcéré depuis de plus de deux (2) ans à la Maison centrale de Bamako.
Chiaka Doumbia