Exploitation sexuelle des mineurs au Mali : Tolérance zéro et traque ordonnée par la justice

Face à la recrudescence des réseaux criminels exploitant les mineurs via les applications mobiles et dans l'économie souterraine, le ministre de la Justice Mamoudou Kassogué a ordonné des poursuites systématiques. Appuyé par le nouveau Code pénal de 2024, l'État malien durcit le ton pour briser les chaînes de l'impunité et protéger la jeunesse.

10 Août 2026 - 03:06
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Exploitation sexuelle des mineurs au Mali :  Tolérance zéro et traque ordonnée par la justice

Devant l'ampleur grandissante du phénomène, le ministre de la Justice et des Droits de l'Homme, Garde des sceaux, Mamoudou Kassogué, a donné des instructions fermes aux magistrats et aux services de police judiciaire pour engager des poursuites systématiques contre les auteurs présumés de réseaux d'exploitation sexuelle de mineurs, dont les activités se déploient massivement sur les plateformes numériques.

Dans un communiqué rendu public le mercredi 29 juillet 2026, le garde des sceaux tire la sonnette d'alarme sur les méthodes de plus en plus sophistiquées employées par ces réseaux criminels. Selon les renseignements collectés par les services enquêteurs, des applications de messagerie et de partage de contenus très populaires auprès des jeunes, telles que WhatsApp, TikTok et Snapchat, sont détournées de leur usage pour servir de véritables vitrines de recrutement. Ces outils numériques permettent aux prédateurs d'approcher leurs victimes en toute discrétion, d'organiser des rencontres clandestines et de diffuser des contenus à caractère sexuel, aggravant ainsi la vulnérabilité des mineurs exposés à ces dangers en ligne.

Parallèlement à cette facette virtuelle, l'exploitation sexuelle des enfants se poursuit dans l'économie souterraine physique. Des lieux tels que des maisons closes, des appartements meublés ou des zones isolées, parfois situées à proximité de sites miniers où le contrôle social est plus relâché, servent de théâtre à ces abus. Le ministère souligne également que ces agissements sont fréquemment associés à la consommation de stupéfiants, utilisés comme moyen de soumission des victimes.

Les investigations révèlent que des enfants, dont certains n'ont que 12 ou 13 ans, sont victimes de ce système criminel. Certains sont exploités directement sur le territoire national dans les zones d'extraction minière, tandis que d'autres sont acheminés vers l'étranger à des fins d'exploitation sexuelle. Ces faits établis constituent un faisceau d'infractions pénales d'une gravité exceptionnelle : traite des personnes, proxénétisme, prostitution forcée, pédophilie, production et diffusion de pornographie infantile, sans oublier le trafic de stupéfiants qui accompagne souvent ces réseaux.

Le ministre a tenu à rappeler que le Mali dispose désormais d'un cadre législatif particulièrement sévère pour réprimer ces crimes. Le nouveau Code pénal, adopté en décembre 2024, introduit des sanctions exemplaires : la traite des personnes à des fins d'exploitation sexuelle est passible de dix ans de réclusion criminelle et d'une amende de cinq millions de francs CFA ; la pornographie impliquant des enfants peut entraîner jusqu'à vingt ans de réclusion criminelle et une amende pouvant atteindre dix millions de francs CFA.

Par ailleurs, la législation spécifique sur la cybercriminalité prévoit des peines sévères pour la production, la diffusion ou la simple détention de contenus pédo-pornographiques sur les supports numériques.

Des statistiques qui interpellent

Le dernier rapport national sur la traite des personnes dresse un bilan préoccupant : au total, 629 victimes ont été identifiées, parmi lesquelles 337 enfants (plus de la moitié des cas recensés). Ce document fait également état de 93 enquêtes ouvertes, 95 poursuites engagées et seulement huit condamnations prononcées, ce qui souligne les difficultés d'instruction et de répression dans ce domaine sensible.

Une opération marquante, menée en novembre 2025 avec le soutien technique d'Interpol, avait permis d'identifier et de secourir 47 ressortissantes nigérianes victimes d'un réseau de traite à des fins d'exploitation sexuelle actif sur le territoire malien, démontrant la dimension transfrontalière de ce fléau.

Conscient que la seule action répressive ne suffira pas à éradiquer ces pratiques, Mamoudou Kassogué a lancé un appel pressant à l'ensemble de la société. Il a exhorté les familles à renforcer la surveillance des activités numériques de leurs enfants, les éducateurs à être attentifs aux signes de détresse, et les propriétaires d'immeubles ainsi que les responsables d'hôtels et d'appartements meublés à signaler sans délai tout comportement suspect aux autorités compétentes.

Le ministre de la Justice a enfin réitéré sa demande aux autorités judiciaires d'agir «avec la dernière rigueur» à l'encontre des auteurs, complices et facilitateurs de ces réseaux criminels, afin de briser les chaînes de l'impunité et de protéger efficacement la jeunesse malienne.

 

M. SANOGO