Justice : Ras Bath et Rose Poivron rejettent les chefs accusations devant la Chambre criminelle
Inculpés pour « association de malfaiteurs » et « atteinte au crédit de l’État » à travers les technologies de l’information et de la communication (TIC), Mohamed Youssouf Bathily, alias Ras Bath, et sa coaccusée Rokia Doumbia, dite « Rose Poivron », ont comparu, hier lundi...
Inculpés pour « association de malfaiteurs » et « atteinte au crédit de l’État » à travers les technologies de l’information et de la communication (TIC), Mohamed Youssouf Bathily, alias Ras Bath, et sa coaccusée Rokia Doumbia, dite « Rose Poivron », ont comparu, hier lundi, devant la Chambre criminelle de la Cour d’Appel de Bamako. Les deux mises en cause ont rejeté les accusations d’associations de malfaiteurs et d’atteinte au crédit de l’Etat.
Après trois années de détention préventive, le célèbre chroniqueur est apparu dans la Cour de justice le visage particulièrement amaigri, sous les encouragements de quelques fans qui scandaient des slogans en faveur de sa libération. Le leader du Collectif pour la défense de la République (CDR), Ras Bath et Rokia Doumbia ont tous deux comparu à la barre. Le chroniqueur, dont les images ont fait le tour des réseaux sociaux, était vêtu pour ce premier jour d’audience d’une chemise et portant des dreadlocks et visiblement amaigri. A la barre, il n’a pas reconnu les accusations d’association de malfaiteurs retenues contre lui dans l’arrêt de renvoi. Il a toutefois reconnu avoir déclaré que « l’ancien Premier ministre feu Soumeylou Boubèye Maïga a été assassiné ». S’agissant des liens entre les deux coaccusés, Ras Bath et Rokia Doumbia ont affirmé à la barre que leur objectif était uniquement d’attirer l’attention des autorités sur la cherté de la vie. Tous deux ont assuré n’avoir entrepris aucune action visant à renverser les institutions de la Transition. « Je suis contre les coups d’État et je veux la fin de la Transition », a déclaré Ras Bath.
De son côté, Rokia Doumbia a affirmé n’avoir aucun lien particulier avec Ras Bath, hormis le fait d’avoir été invitée à deux reprises sur son plateau pour évoquer la question de la vie chère. « J’ai juste alerté les autorités contre la vie chère. Mais aujourd’hui, le temps me donne raison puisque le prix des produits a augmenté », a déclaré l’accusée. Selon les explications fournies à la barre, le rapprochement des deux accusés a été facilité lorsque le chroniqueur a commencé à diffuser quelques déclarations de sa coaccusée sur la vie chère. Au-delà du rejet des accusations d’association de malfaiteurs, les deux accusés et leurs avocats ont également contesté la conduite de la procédure au cours de ces trois dernières années. La défense a notamment dénoncé la diffusion par le parquet de messages vocaux de Rokia Doumbia alors qu’elle était en détention. Les avocats ont vivement contesté les conditions dans lesquelles ces enregistrements auraient été obtenus, estimant qu’elles portaient atteinte aux droits de la défense.
Les accusations du parquet
Pour rappel, cette affaire, qui remonte à 2023, oppose les deux mis en cause au ministère public. Selon les éléments de leurs dossiers judiciaires, Ras Bath est un journaliste âgé de 53 ans, marié et père de deux enfants, tandis que Rokia Doumbia, commerçante âgée de 48 ans, est mariée et mère de quatre enfants. Il ressort de l’information judiciaire ouverte contre eux que Ras Bath et Rokia Doumbia auraient mutualisé leurs efforts pour jeter le discrédit sur la gouvernance de la Transition à travers des déclarations jugées incendiaires, tenues notamment lors d’émissions radiophoniques ou de rencontres publiques, puis relayées sur les réseaux sociaux. Selon le dossier judiciaire, dont L’Essor dit avoir pris connaissance, Rokia Doumbia rendait les autorités de la Transition responsables de la flambée des prix des produits de première nécessité. De son côté, Ras Bath imputait la mort de l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga aux tenants du pouvoir, soutenant que celui-ci, loin d’être décédé de manière naturelle, aurait été « assassiné ». Selon l’accusation, ces déclarations, amplifiées par les réseaux sociaux, auraient contribué à provoquer des troubles à l’ordre public et auraient tendu à déstabiliser le régime.
Siaka DOAMOUTENE/Maliweb.net