Le ministre Mamoudou Kassogue à la 61e session du Conseil des droits de l'Homme : "La trame de fond du rapport de l'Expert indépendant repose toujours sur des allégations infondées, des recommandations tendancieuses…"
"Les activités des groupes terroristes et criminels restent le principal facteur de violation des droits de l'Homme et du droit international humanitaire…"
Le 25 mars 2026, le ministre de la Justice et des Droits de l'Homme, garde des Sceaux, Mamoudou Kassogué s'exprimait devant la tribune à Genève à l'occasion du dialogue interactif sur la situation des droits de l'Homme au Mali. A la faveur des travaux de la 61ème session du Conseil des droits de l'Homme, le ministre Kassogué a dénoncé dans sa déclaration, le rapport de l'Expert indépendant. Selon lui, "la trame de fond dudit rapport repose toujours sur des allégations infondées, des conclusions dépourvues d'objectivité et des recommandations tendancieuses, sans la moindre proposition de mesures d'assistance technique qui constitue pourtant un axe majeur de son mandat". Voici en intégralité la déclaration du chef de département de la Justice et des Droits de l'Homme.
Le Mali prend note du rapport de l'Expert indépendant, qui reconnait partiellement les efforts et les progrès enregistrés par mon pays dans le domaine de la promotion et de la protection des droits de l'Homme en 2025.
Toutefois, la trame de fond dudit rapport repose toujours sur des allégations infondées, des conclusions dépourvues d'objectivité et des recommandations tendancieuses, sans la moindre proposition de mesures d'assistance technique qui constitue pourtant un axe majeur de son mandat.
Une telle approche aboutit à nous présumer coupables de violations graves de droits de l'Homme sur la base d'allégations non recoupées, recueillies auprès de sources non crédibles, nous inclinant à nous interroger sur la pertinence du maintien d'un tel mandat, à un moment où la Commission nationale des droits de l'Homme joue pleinement son rôle de veille aux côtés de la Justice qui s'est progressivement renforcée pour lutter efficacement contre l'impunité sous toutes ses formes et faire face aux défis contemporains et futurs.
Cette dynamique est sous-tendue par une vision et une volonté politique affichée au plus haut niveau, visant à faire de la lutte contre l'impunité et du respect des droits de l'Homme, des priorités du gouvernement, conformément à nos valeurs ancestrales de dignité, de justice, de solidarité, de protection des plus vulnérables et de paix sociale, théorisées depuis le début du XIIIe Siècle à Kurukanfuga.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Vous comprendrez donc aisément que les vagues constats de l'Expert indépendant, faisant état d'allégations d'atteintes graves aux droits de l'Homme, d'impunité de leurs auteurs et de rétrécissement de l'espace civique, sont totalement en déphasage avec la réalité de mon pays.
Tout en regrettant cette approche maintes fois dénoncée, le Mali voudrait partager sa version, avec la volonté d'avoir des interactions constructives avec tous les partenaires sincères.
Sur le plan sécuritaire
Je rappelle que les activités des groupes terroristes et criminels dans mon pays restent le principal facteur de violation des droits de l'Homme et du droit international humanitaire, avec une nouvelle dimension intégrant le terrorisme économique et le terrorisme médiatique.
Malgré le contexte sécuritaire difficile, les Forces Armées maliennes continuent de remporter d'éclatants succès dans le strict respect des règles du Droit, grâce au soutien inconditionnel des populations, à l'opérationnalisation de la Force Unifiée-AES et à l'appui de certains partenaires stratégiques, entraînant une nette amélioration de la situation sécuritaire globale et de la situation des droits de l'Homme.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
S'agissant du prétendu défi persistant de l'impunité, je voudrais, en plus des reformes judiciaires opérées, signaler l'ouverture systématique d'enquêtes sur tous les cas d'allégations de violations portés à la connaissance des autorités nationales, l'instruction en cours de nombreux dossiers et le jugement de nombreux autres.
Dans le cadre des réformes politiques et institutionnelles, la dissolution des partis politiques répond à un impératif de refondation et d'assainissement du paysage politique, largement soutenu par l'opinion nationale.
Cette dissolution a été suivie de la mise en place du Comité chargé d'élaborer l'avant-projet de la Charte des partis politiques dans un cadre participatif et inclusif qui permettra au Mali de renforcer les bases d'une démocratie solide et de réduire les risques de corruption des activités politiques.
S'agissant du processus de paix et de réconciliation nationale,
L'adoption en août 2025 de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale et la mise en œuvre du processus DDR-I visant à intégrer plus de 3 000 ex-combattants, constituent des avancées notables.
Quant à l'espace civique, contrairement aux allégations infondées du rapport, la liberté d'expression est consacrée et s'exerce, librement, au Mali. A la date d'aujourd'hui, il n'y a aucun journaliste ni un quelconque citoyen en prison en raison, respectivement de l'exercice de sa profession et de ses opinions, sauf lorsque ceux-ci s'accompagnent de la commission de faits infractionnels. Dans cette hypothèse, la préservation de l'ordre public, la protection de l'honneur et de la dignité des citoyens qui en sont victimes, deviennent des impératifs pour tout Etat responsable.
S'agissant de la lutte contre l'esclavage, le Mali a entrepris d'importantes réformes en vue d'éradiquer le phénomène, à travers notamment sa criminalisation et la tenue de plusieurs procès emblématiques y relatifs. Les résultats satisfaisants obtenus dans la lutte contre la traite des personnes et l'adoption en cours de projets de lois spécifiques sur la traite des personnes et le trafic illicite de migrants participent aussi de cette volonté.
Concernant les Violences Basées sur le Genre, mon pays a entrepris des réformes majeures, dont la criminalisation du phénomène, l'adoption d'une politique nationale genre et sa stratégie, la création d'un Programme national pour l'abandon des violences basées sur le genre et la mise en place progressive de centres de prise en charge holistique des victimes.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Pour terminer, le Mali continuera à respecter ses engagements internationaux, à coopérer avec tous les mécanismes des droits de l'Homme dans le strict respect de sa souveraineté et de ses intérêts vitaux. Il continuera cependant à s'opposer à la politisation et à l'instrumentalisation de cette question, tout en appelant la communauté internationale à l'accompagner dans ses nobles efforts".