Après les rois de Ségou : Voici « l’Empereur » Amadou Haya Sanogo

13 Déc 2012 - 15:24
13 Déc 2012 - 15:24
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Cheick Modibo Diarra, dont la renommée d’astrophysicien et d’homme neuf  sans passé politique avait séduit les militaires putschistes en avril dernier, vient d’être débarqué « sans ménagement » (peut-on dire) de son poste de Premier ministre. Si ce n’est pas un coup d’Etat, cela y  ressemble fort.  [caption id="attachment_82955" align="alignleft" width="350"] Le capitaine Amadou Haya Sanogo[/caption] Même si les soldats qui ont procédé à son arrestation au nom du Capitaine se sont défendus d’avoir fait un coup d’Etat. Mais personne n’est dupe : c’est bien Sanogo et les Bérets verts de Kati qui ont décidé de se débarrasser de C.M. Diarra. Et,  comme d’habitude, « la communauté internationale » a condamné l’arrestation  et la démission forcée du Premier ministre, mais elle n’ira pas plus loin et Sanogo, et « l’Empereur au-dessus du Président » (Sanogo) le sait. Mais échaudé par le tollé général qu’a suscité son coup de force de mars dernier,  il se garde bien de se mettre en avant et insiste sur les défaillances réelles ou supposées de Cheick Modibo Diarra qui ne cachait plus ses ambitions présidentielles et se détournait de plus en plus de ses mentors de Kati. Apparemment, CMD ne sera pas non plus regretté par la classe politique qui n’a jamais accepté l’entrée par effraction de cet « OVNI » dans le marigot politique. Pas plus que les dirigeants de la CEDEAO qui  n’appréciaient pas ses méthodes. Bien avant l’attentat qui  a failli coûter la vie à Dioncounda Traoré, ces dirigeants avaient souhaité que ce dernier trouve un autre Premier ministre de consensus. Il en ressort qu’avant l   a démission de CMD, c’est déjà une « troïka » qui dirigeait le pouvoir  à Bamako. CMD était à la manœuvre sur plan de la gestion quotidienne des affaires. Mais c’est le Capitaine Sanogo, fort de sa nomination à la tête de la structure chargée  des réformes de l’armée, qui  était et continue d’être aux commandes, malgré ses dénégations successives. Le camp de Kati détient toujours les Bérets rouges qu’il a fait arrêter illégalement, malgré les dénonciations des défenseurs des droits de l’homme. Quant à Dioncounda Traoré, ancien cacique du parti au pouvoir, il n’a jamais véritablement  pris ses marques et semble se contenter « d’inaugurer des chrysanthèmes » en attendant la fin de la transition interminable à ses yeux. L’agression dont il avait été victime en juin dernier n’a pas été pour peu dans la réserve qu’il observe désormais. Le centre du pouvoir se trouve toujours à Kati entre les mains de Sanogo et de sa soldatesque. Le fait même que Dioncounda n’ait pas condamné le limogeage de Diarra et qu’il se soit empressé de nommer un nouveau Premier ministre est un double signe  de son impuissance et de l’omnipotence de Sanogo.                                                       L’éviction de CMD laisse ainsi un « boulevard » ouvert devant Sanogo qui risque de ne plus se contenter de jouer les « marionnettistes de l’ombre ». Lui qui se comparait déjà au Général de Gaule vient d’administrer la preuve qu’il a non seulement le sens de la stratégie et de la tactique qui fait la force des grands Généraux, mais aussi l’opportunité propre aux politiciens. Les précédents mauritaniens et guinéens démontrent  d’ailleurs jusqu’où peut aller la communauté internationale. Aujourd’hui, elle condamne les putschistes, mais demain, elle sera prête à applaudir ceux d’entre eux qui troqueront leur tenue  kaki contre le costume cravate ou le boubou empesé. Si d’ici septembre 2013, date  prévue pour le début de la guerre contre les rebelles du Nord, Sanogo  continue de se présenter comme le seul homme fort du Mali, dans une classe politique minée par des querelles de clochers. Et ce n’est pas le nouveau Premier ministre et ancien Médiateur de la République qui lui fera de l’ombre. Sanogo pourrait même finir par séduire la communauté internationale qui a besoin d’un pouvoir fort à Bamako pour engager la riposte contre les islamistes du Nord. Qui a dit que « l’Afrique n’a pas besoin d’homme forts, mais d’institutions fortes » ? Celui-là a oublié de mentionner qu’en l’absence d’institutions fortes, les hommes forts et dotés d’un sens  élevé de l’Etat peuvent hâter leur avènement. Où va donc le Mali ? Dans la crise qui se joue au Mali depuis bientôt un an, certains observateurs s’étaient évertués à mettre en avant la fragilité de la situation à Bamako même. Mais en face, il s’est toujours trouvé un autre groupe qui fait semblant de ne pas remarquer le climat délétère qui régnait entre Dioncounda Traoré, Cheick Modibo Diarra et les putschistes d’Amadou Haya Sanogo. Avec les événements survenus dans la nuit du lundi au mardi, il apparaît au grand jour que les inquiétudes de ce second groupe étaient des plus fondées. Mais cette amère vérité se manifeste bien tardivement parce qu’avec la démission forcée de CMD et de son gouvernement, la crise devient plus complexe qu’elle ne l’était déjà. Avec cette nouvelle donne, toutes les stratégies en cours se trouvent compromises. L’horizon s’obscurcit un peu plus et toute perspective de solution s’éloigne davantage. Tout indique que la décision du Capitaine Sanogo de revenir au-devant de la scène sociopolitique a été dictée par un fâcheux concours de circonstance. Il s’agit de la mise à la disposition des autorités des armes qui étaient jusque-là confinées à Conakry. Ensuite, il y a l’annonce par l’UE de l’envoi à Bamako, au mois de janvier prochain, de quelques 400 militaires chargé de remettre en selle une armée démoralisée. Que reprocherait le Capitaine Sanogo à CMD qui était pourtant son préféré pour le poste de Premier ministre? Si rien n’a été dit ni par le Premier ministre, ni par le chef de l’ex-junte, on sait quand même que les deux hommes sont divisés sur la question de l`intervention des troupes étrangères au Nord. La campagne tout azimut menée ces derniers jours par le Premier ministre, notamment auprès du Conseil de sécurité de l’ONU, pour l’obtention du feu vert de l`opération, ne rencontre pas l’adhésion de Sanogo. Est-ce cet activisme de Cheikh Modibo Diarra qui a fini par l’agacer? On en saura un peu plus dans les jours à venir. Mais un constat s`impose aujourd’hui au Mali : que ce soit sur le plan militaire ou politique, rien ne peut se décider aujourd’hui sans l’approbation du Capitaine Sanogo, le véritable maître du pays. Bien qu’il ait été «sommé» (?) par la CEDEAO de se mettre en retrait de la scène politique, il continue, depuis son fief de Kati, de peser de tout son poids sur la vie sociopolitique du pays. Il fait arrêter qui, quand et comment il veut sans que les Maliens ne pipent mot, si ce n’est que dans leur « grin » du quartier. Peut-on résoudre la crise du Nord-Mali sans régler au préalable le cas Sanogo ? La réponse est non bien sûr non car l’ambition de cet Officier, qui est de diriger le pays, a mis fin au règne d’ATT. Et tant qu’il n’aura pas atteint cet objectif, ce « trublion » qui s`est récemment découvert une âme de libérateur de la trempe de Charles de Gaulle, ne baissera pas les bras. Comme quoi, en pays bamanan, on n’est pas descendant d’une lignée royale pour rien. Paul N’Guessan

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