La France adopte le modèle «Wagner» ?

Décret du 1er novembre: la France ouvre la voie aux sociétés militaires privées, un modèle «à la russe» pour l'Afrique ? Paris adopte un modèle décrié, avec la Légion Étrangère en coulisses pour des missions de soutien et de formation.

17 Nov 2025 - 08:19
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La France adopte le modèle «Wagner» ?

La stratégie française en Afrique est-elle sur le point d'entrer dans l'ère de la privatisation de la guerre ?

Le 1er novembre dernier, dans la discrétion d'une parution au Journal officiel, un décret est venu bouleverser la doctrine militaire française. En simplifiant le recours au secteur privé pour des missions de formation et de soutien auprès de ses alliés, l'armée française franchit un pas majeur vers l'utilisation de Sociétés militaires privées (SMP).

Cette décision, présentée comme un simple ajustement de la «coopération internationale militaire», soulève cependant une question stratégique et éthique fondamentale: la France est-elle en train d'adopter, sous une forme légalisée, le modèle des «mercenaires» qu’elle a toujours reproché à la Russie, notamment avec le Groupe Wagner ?

L'officialisation d'une stratégie «Grise»

Alors que l’armée française martèle que ces SMP ne combattront pas en première ligne, le flou demeure sur la nature exacte du «soutien» et de la «formation». Dans le contexte géopolitique actuel, où les missions de soutien peuvent rapidement dégénérer, le décret offre une flexibilité inédite.

Ce texte légal permet à Paris de projeter une influence militaire sans l'engagement direct de ses troupes régulières, limitant ainsi le risque politique et la visibilité des pertes. Pour ses détracteurs, il s'agit d'un écran de fumée qui privatise le risque et brouille les pistes de la responsabilité étatique.

 L'échappatoire Légal

En facilitant le recours à des SMP, l'État français s'offre une soupape politique et budgétaire, mais au prix d'une opacité grandissante.

Le double avantage politique des SMP

Historiquement, le recours aux SMP est motivé par des facteurs cyniques que la France semble désormais épouser:

1. Contourner le contrôle parlementaire: Les contrats privés échappent souvent à l'examen minutieux des opérations militaires classiques, permettant au gouvernement d'agir discrètement.

2. Minimiser la «Comptabilité» des pertes: Les décès des employés de SMP ne figurent pas dans les bilans officiels des pertes militaires. C'est un moyen d'exercer une force létale sans en payer le prix politique interne.

Le paradoxe de l'imputabilité

L'un des grands enjeux du droit international est la difficulté d'engager la responsabilité des États pour les actions illicites commises par leurs contractuels. Le fait que la future matrice de ces SMP soit la Légion Étrangère, corps dont une partie des effectifs est réputée pour son profil souvent borderline, ajoute un risque d'actions illicites non imputables directement à l'armée française. Ce montage suggère que la France cherche une force expéditionnaire low-cost en termes de responsabilité légale.

Matrice d'un nouveau corps

Selon nos informations, la Légion Étrangère française serait la matrice choisie pour développer ces futures SMP, destinées à opérer notamment en Afrique francophone. Ce choix est lourd de sens.

La Légion, avec ses quelque cent vingt (120) nationalités et sa réputation historique d’accueillir des hommes au passé trouble (anciens prisonniers, dealers, etc.), offre un vivier d'expérience de combat, mais aussi un profil à risque. En s'appuyant sur ce corps, la France s'expose à la critique de créer des forces supplétives composées d’hommes de «moralité douteuse» qui pourraient agir avec une impunité de fait.

Les soupçons de déstabilisation de l'AES

Ce nouveau dispositif intervient au pire moment de la crise diplomatique et militaire entre la France et les pays de l'Alliance des États du Sahel (AES), Mali, Burkina Faso, Niger.

Les relations sont déjà minées par une narrative anti-française tenace et largement diffusée, notamment sur les réseaux sociaux et dans les médias d'État des pays en transition. Cette narrative accuse régulièrement la France de manœuvres occultes pour maintenir une influence néocoloniale.

L'argument de la guerre secrète

Les accusations selon lesquelles la Légion Étrangère travaillerait aux côtés de groupes terroristes (une affirmation que la France a toujours fermement démentie) pour la déstabilisation des pays de l’AES sont des arguments clés de la propagande. L'objectif est de peindre la présence militaire française, même de soutien, comme la source de l'insécurité, et non sa solution.

Le déploiement de SMP issues de la Légion sera perçu par les leaders de l'AES non pas comme un soutien, mais comme une escalade de la «guerre secrète». Elles seront vues comme une force déguisée, conçue pour opérer sans uniforme officiel, offrant ainsi la «plausible deniability» (possibilité de nier l'implication) pour des actions jugées agressives ou illégales par les régimes en place.

Ce revirement stratégique risque donc d'aggraver le sentiment anti-français et, paradoxalement, de légitimer l'appel de certains États africains aux Sociétés militaires privées (SMP) russes, confirmant leur rhétorique selon laquelle l'Occident ne propose que des formes de mercenariat sous couvert légal.

Le prix de la flexibilité

En légiférant pour le recours aux sociétés militaires privées, la France gagne en flexibilité opérationnelle mais perd potentiellement en crédibilité éthique et diplomatique. L'adoption d'un modèle stratégique longtemps décrié, avec la Légion Étrangère comme fondation, soulève des inquiétudes majeures sur la militarisation du secteur privé et le contrôle des actions de ces «guerriers de l'ombre».

La question n'est plus de savoir si la guerre se privatise, mais à quel prix pour l'image et l'éthique de l'armée française.

A.K. DRAMÉ

 

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Commentaires (9)

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Le JNIM Encerle Bamako
Le JNIM Encerle Bamako 12 mois
Face à la montée inquiétante de la menace terroriste au Mali, l’Algérie souligne que la situation actuelle confirme les avertissements qu’elle n’a cessé de formuler depuis près de deux ans. A l’époque, rappelle la diplomatie algérienne, les autorités maliennes avaient décidé unilatéralement de se désengager de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, ouvrant la voie à une détérioration progressive du climat sécuritaire. Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, est revenu sur ce dossier brûlant en citant un communiqué publié le 26 janvier 2024 par son ministère. Dans ce texte, Alger avertissait déjà que «le choix militaire constitue la première et la principale menace pour l’unité de l’Etat malien et l’intégrité de son territoire». Selon lui, cette option porte en germe le risque d’une guerre civile, compromet les efforts de réconciliation nationale et fait peser un danger réel sur la sécurité et la stabilité de toute la région. A la lumière de l’évolution actuelle de la situation, Attaf insiste : «Nous ne pouvons qu’espérer que les dirigeants de ce pays prennent conscience de la nécessité inévitable de revenir au processus politique afin de rattraper les efforts perdus et d’éviter les catastrophes qui menacent non seulement le Mali, mais toute la région.» Le chef de la diplomatie a également réaffirmé son souhait de voir la résolution de la crise malienne émerger non pas d’une stratégie militaire, mais «d’un dialogue responsable et d’une réconciliation inclusive entre toutes les composantes du pays, sans distinction ni discrimination, et à l’abri de toute ingérence étrangère, qu’elle soit politique ou militaire». Ahmed Attaf a, par ailleurs, rappelé que seule une unité nationale «authentique et enracinée» permettra au Mali de se positionner avec force face au fléau du terrorisme. Concluant son intervention, il a souligné que l’Algérie «maintient sa main tendue à son voisin malien, forte d’un réservoir inépuisable de patience pour traiter avec sagesse, pondération et clairvoyance les défis majeurs qui secouent son voisinage».
kan
kan 12 mois
Fanga a du boire trop d'alcool je pense ..... Le délire va grandissant
Kankan 12 mois
For most part it is literally stupid to equate any NATO France military models with Wagner. Where Wagner will make necessary adjustments to properly align itself with African governments NATO France models have intent of putting African nations in disarray for sake of plundering. That condition alone necessitate fierce African effort to bar NATO France supported military groups. In fact first major testing ground for like effort may be Senegal with President Faye supporting evil forces of NATO France whereas Prime Minister Sonko to my surprise supporting exclusively Ubuntu Africa effort. This is no time to be " bitch nigger" that support mediocrity as long as it do not involve you plus violence when truth is this is opportunity to nip violence in " bud" so to speak or be in tears overwhelmed by it when it is in full bloom. Africa First People of Books. Henry Author Price Jr aka Kankan
Matt
Matt 12 mois
In need of urgent psychiatric assistance.
Fanga
Fanga 12 mois
"Décret n° 2025-1030 du 31 octobre 2025 relatif aux opérateurs de référence du ministère des armées pour la coopération militaire internationale". Disponible en ligne ici : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000052472683
Fanga
Fanga 12 mois
Il ne faut pas se laisser duper par la terminologie de la France. Les "opérateurs économiques de référence" ne sont rien d'autres que des mercenaires et des sociétés privées de mercenariat.
Fanga
Fanga 12 mois
"L'argument de la guerre secrète - Les accusations selon lesquelles la Légion Étrangère travaillerait aux côtés de groupes terroristes (une affirmation que la France a toujours fermement démentie) pour la déstabilisation des pays de l’AES sont des arguments clés de la propagande. L'objectif est de peindre la présence militaire française, même de soutien, comme la source de l'insécurité, et non sa solution." A.K. DRAMÉ, il ne fallait pas gâcher ton bel article par cette affirmation selon laquelle accuser la France de soutenir les groupes terroristes au Sahel pour déstabiliser des pays africain afin de revenir les réoccuper serait "des arguments clés de la propagande". Il ne s'agit pas ici de propagande, mais de faits, de la réalité que tout bon journaliste malien doit savoir. Les Français le disent publiquement eux-mêmes, les Français, y compris des militaires, au niveau le plus élevé. D'ailleurs, la légalisation récente par la France du mercenariat n'a rien de nouveau. Ce n'est que la légalisation de ce que la France pratique de fait en Afrique et dans le reste du monde depuis des décennies, voire des siècles. A présent, ils ne peuvent plus se cacher et ils n'ont plus assez d'hommes en mesure de combattre, dans leur société de LGBTQ+. / L'Ukraine est en train de perdre la guerre. C'est la première armée d'Europe. Le vivier du recrutement par la France des mercenaires proviendra principalement de l'étranger, de Ukraine. Puisqu'ils perdent la guerre sur le "front européen", les Français et leurs acolytes vont déplacer la guerre sur le "front africain" sur lequel l'Ukraine est déjà très active et impliquée dans le terrorisme, comme l'ont reconnu publiquement des officiels de ce pays. La France ne veut pas travailler et revenir en Afrique par une offre de biens et de services compétitifs. La France veut revenir en Afrique arracher par les armes les richesses des Africains, comme elle le fait avec ses amis occidentaux depuis plus de 5 siècles. Mais l'Afrique du 21ème siècle n'est pas l'Afrique du 15ème siècle. L'Afrique est préparée militairement pour recevoir les nouvelles cohortes de mercenaires de la France qui viendront s'ajouter à leurs terroristes que l'Afrique est en train actuellement de combattre.
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