Migrations : Pour des récits plus rigoureux
Les 23 et 24 avril 2026, une vingtaine de journalistes maliens ont pris part à un atelier de formation consacré aux enjeux migratoires, organisé à Bamako par Casa África et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), en partenariat avec l’ambassade d’Espagne. Pendant deux jours, professionnels des médias et experts maliens et espagnols ont confronté leurs analyses autour d’un objectif central : améliorer le traitement médiatique de la migration.
Dans un contexte où les discours sur la migration oscillent entre victimisation excessive et criminalisation systématique, les intervenants ont insisté sur la responsabilité du journalisme. Il s’agit désormais de produire une information contextualisée, fondée sur des faits vérifiables, débarrassée des stéréotypes et des simplifications.
L’atelier s’est ainsi voulu un espace de réflexion et d’apprentissage, visant à doter les journalistes d’outils d’analyse pour mieux appréhender les dynamiques migratoires et leurs représentations médiatiques.
Dans l’imaginaire collectif de nombreux jeunes Maliens, notamment originaires de la région de Kayes, les Îles Canaries apparaissent comme une destination accessible. Cette perception alimente le recours à la route atlantique, pourtant l’une des plus dangereuses au monde.
Les témoignages et données présentés lors de l’atelier ont rappelé la réalité : naufrages fréquents, pertes massives en vies humaines et conditions de traversée extrêmement précaires. Malgré ces risques, beaucoup de candidats au départ continuent de considérer ces dangers comme un passage obligé vers une hypothétique amélioration de leurs conditions de vie.
Selon les chiffres évoqués, les Maliens représentaient en 2024 près de 40 % des arrivées irrégulières dans cet archipel espagnol, un indicateur de l’ampleur du phénomène.
Prenant la parole, Alberto Cerezo, ambassadeur d’Espagne au Mali, a souligné la complexité multidimensionnelle de la migration, à la fois sociale, économique, culturelle et religieuse.
Pour lui, le rôle des journalistes est déterminant : « C’est un sujet très important pour le Mali comme pour l’Espagne. Il est complexe et fortement politisé. Le devoir des journalistes est d’en restituer la réalité avec objectivité, en informant sur les risques de la migration irrégulière, mais aussi sur les peurs qu’elle suscite dans les sociétés d’accueil. »
Il a également insisté sur la nécessité d’un travail journalistique approfondi pour lutter à la fois contre les départs imprudents et contre les perceptions anxiogènes : « Une information rigoureuse est essentielle. Elle peut sauver des vies et contribuer à apaiser les tensions. »
Au-delà de la dimension humanitaire, les autorités maliennes ont rappelé que la migration constitue aujourd’hui un levier stratégique. Représentant le ministère des Maliens établis à l’extérieur et de l’Intégration africaine, Dr Aboubacrine Aguissa a replacé le débat dans une perspective de souveraineté et de développement.
« Aucune politique migratoire ne peut réussir sans un récit juste. Le journalisme migratoire structure les perceptions sociales, influence les décisions politiques et oriente les comportements. »
Il a dénoncé la réduction fréquente de la migration à ses aspects négatifs et appelé les journalistes à produire un récit équilibré : « Un mauvais récit engendre de mauvaises politiques. À l’inverse, un récit juste permet des politiques efficaces. Nous ne vous demandons pas seulement d’informer, mais d’éclairer et de construire un discours responsable, digne et souverain. »
Au terme de cet atelier, un consensus s’est dégagé : la migration ne peut plus être traitée comme un simple fait divers ou un phénomène marginal. Elle est désormais au croisement des enjeux démographiques, économiques et géopolitiques.
Dans ce contexte, les médias maliens sont appelés à jouer un rôle structurant : produire une information fiable, nuancée et contextualisée, capable d’éclairer l’opinion publique et de contribuer à des politiques migratoires mieux informées.
Oumou Fofana