Atelier de Sanankoroba sur l’éducation non formelle : Les règles et méthodes de l’andragogie

Du 10 au 12 juin 2026, Sanankoroba a accueilli un atelier de haut niveau consacré à la refondation des pratiques de l’éducation des adultes et du non formel.

15 Juin 2026 - 01:35
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Atelier de Sanankoroba sur l’éducation non formelle : Les règles et méthodes de l’andragogie
photo à titre indicatif

Organisé par DVV International, ce rendez-vous a permis de confronter les paradigmes théoriques mondiaux aux réalités des Centres Citoyens Communautaires. L’objectif était de professionnaliser et outiller les acteurs face aux mutations du sous-secteur et d’accompagner l’ouverture d’une filière universitaire dédiée à la formation des formateurs ou facilitateurs en partenariat avec des professeurs de l’École Normale Supérieure de Bamako. 

Les travaux ont été animés par l’expert international Mamadou Tiori Diarra et le consultant Khalifa Coulibaly. Diarra, certifié via le Curriculum GlobALE et fort d’une expérience de deux décennies dans l’ONG Jeunesse et Développement et auprès du réseau Pamoja, a rappelé les limites des approches descendantes comme le béhaviorisme et le cognitivisme. Ces modèles, centrés sur la répétition ou la mémorisation, maintiennent l’apprenant dans une posture passive. Pour l’expert, appliquer ces grilles à des adultes ou à des jeunes déscolarisés constitue un contresens majeur.

Le véritable basculement s’opère avec le constructivisme de Jean Piaget et les thèses de Malcolm Knowles. L’adulte devient l’architecte actif de ses connaissances, mobilisant son capital d’expérience et sa motivation intrinsèque. Knowles a structuré l’andragogie autour de six principes : le besoin de savoir, la conscience de soi, le rôle de l’expérience, l’engagement à apprendre, l’orientation vers la résolution de problèmes et la motivation interne. Ces piliers définissent une alphabétisation fonctionnelle et durable, adaptée aux réalités des apprenants adultes.

La vision est prolongée par le socio-constructivisme de Lev Vygotsky, qui démontre que la connaissance est fondamentalement sociale et se construit par l’interaction. Sa notion de Zone Proximale de Développement rejoint directement la philosophie de Paulo Freire et la méthode Reflect, qui refusent le manuel standardisé pour privilégier des outils participatifs.

Durant les trois jours de l'atelier, Diarra a insisté sur la distinction entre les outils participatifs généraux et ceux propres à Reflect. Les premiers, issus de l’évaluation rurale participative, permettent à la communauté de représenter visuellement sa réalité : cartes communautaires, calendriers saisonniers, matrices de classement ou diagrammes de Venn. Les seconds adaptent ces instruments à l’alphabétisation et à la conscientisation politique : arbre à problèmes pour analyser les causes d’un fléau, fleuve de vie pour partager des parcours personnels, cartes sociales pour comprendre les dynamiques locales, matrices de décision pour guider les choix collectifs, ou encore codage/décodage pour relier un mot-clé à l’apprentissage de la lecture et du calcul.

Un temps fort de l’atelier a été l’analyse comparative entre la Pédagogie du Texte et les Compétences de Vie Courante ou Samogoya. La première privilégie la maîtrise linguistique à partir de textes porteurs de sens, mais reste souvent confinée aux centres d’alphabétisation. La seconde s’ancre dans la vie quotidienne et développe des capacités pratiques pour gérer les situations économiques, sanitaires ou citoyennes. Les participants ont été invités à hybrider ces approches, en transférant une partie du temps magistral vers des dispositifs participatifs inspirés du socio-constructivisme.

Les implications pour les Centres Citoyens Communautaires sont immédiates. Les formateurs doivent abandonner les postures béhavioristes et adopter une posture de facilitation. Ils sont appelés à concevoir des fiches pratiques simplifiées pour chaque outil, permettant aux apprenants de manipuler des matériaux locaux avant de transposer leurs réflexions sur papier. L’hybridation des curricula est encouragée : combiner la rigueur textuelle de la PDT avec le pragmatisme des CVC. Ainsi, une discussion sur la gestion des déchets peut déboucher sur la lecture collective des textes de loi et sur la création d’un comité local de suivi budgétaire.

L’atelier s’est conclu sur une satisfaction unanime. Les cadres de la DNENF, du CNR-ENF et les enseignants-chercheurs de l’ENSup ont salué la clarté des articulations théoriques et la pertinence des exercices pratiques. Pour DVV International, cette rencontre valide la nécessité d’une professionnalisation andragogique et confirme que l’éducation des adultes est désormais appelée à jouer un rôle central dans l’autonomisation des communautés sahéliennes.

Au-delà des participants, l’événement marque un tournant historique pour l’AENF au Mali. L’andragogie s’affirme comme une véritable science de la libération et du développement endogène, capable de relier alphabétisation, conscientisation et action communautaire. Sanankoroba s’impose ainsi comme un carrefour de l’ingénierie éducative, où se dessinent les nouveaux standards de l’éducation des adultes dans le pays et, plus largement, en Afrique de l’Ouest, où on ne compte que 15 formateurs certifiés en éducation non formelle des adultes ou andragogie.

Khaly Moustapha LEYE