Amadou Toumani Toure alias ATT : Du 26 mars 1991 à Koulouba, le destin d'un bâtisseur !

Six ans après, une mémoire toujours vivante

07 Nov 2026 - 03:20
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Amadou Toumani Toure alias ATT :  Du 26 mars 1991 à Koulouba,  le destin d'un bâtisseur !

Six ans après sa disparition, le général Amadou Toumani Touré alias ATT, demeure une figure majeure de l'histoire politique contemporaine du Mali. De la transition démocratique de 1991 à ses deux mandats à la tête de l'Etat, il a marqué son époque par sa culture du consensus, son attachement au dialogue et des réalisations qui ont durablement marqué le paysage national. Un héritage politique et humain qui continue de nourrir le devoir de mémoire.

Mardi 10 novembre 2020, peu après la prière du Fajr (5 h 30-6 h), la nation malienne se réveillait avec la triste nouvelle du décès, à Istanbul, en Turquie, de son ancien président, Amadou Toumani Touré dit ATT, six jours après son 72e anniversaire. Un scénario terrible pour un pays qui avait perdu, moins de deux mois plus tôt, le 15 septembre, un autre ancien président, le général Moussa Traoré.

10 novembre 2023 : Journée  du souvenir

Deuil, tristesse, compassion et signature du livre de condoléances au plan national, messages de condoléances à l'échelle mondiale. Le ballet au domicile du défunt aura duré une semaine, au terme de laquelle le Mali tout entier a dit adieu à ATT à travers des obsèques nationales organisées le mardi 17 novembre 2020 au Génie militaire, Base A. Y ont pris part le président de la Transition de l'époque, Bah N'Daw, et le vice-président, le colonel Assimi Goïta. Plusieurs autres autorités nationales, dont le Premier ministre Moctar Ouane, étaient présentes aux obsèques nationales. On notait également la présence de la famille de l'illustre disparu, notamment son épouse, Mme Touré Lobbo Traoré, ancienne première Dame du Mali, ainsi que de deux anciens chefs d'Etat maliens : Alpha Oumar Konaré et Dioncounda Traoré.

La cérémonie a été marquée, entre autres, par la lecture de l'oraison funèbre, la présentation des condoléances du chef de l'Etat, Bah N'Daw, par le Grand chancelier des Ordres nationaux, le général Amadou Sagafourou Gueye, les défilés des troupes terrestres, les témoignages de la famille et des proches du défunt ainsi que la prière funéraire. Amadou Toumani Touré repose désormais au cimetière de Hamdallaye.

Les traits d'un homme d'Etat qui a marqué son temps

Après avoir passé plus de onze ans à la tête du Mali, soit 132 mois ou encore 528 semaines, en qualité de chef de l'Etat (26 mars 1991- 8 juin 1992), puis de président de la République du Mali (8 juin 2002-8 avril 2012), Amadou Toumani Touré fut un grand homme d'Etat, inoubliable et à jamais gravé dans la mémoire et le cœur de ses compatriotes.

Les raisons ? La gestion du pouvoir qu'il a imprimée, le modèle de gouvernance politique qu'il a conçu et mis en œuvre, les actes qui ont eu un impact sur la vie des populations et les acquis de toutes sortes légués à la postérité. Autres atouts : son sens du patriotisme, sa gestion concertée du pouvoir et sa gestion pacifique des conflits, mais aussi et surtout sa recherche permanente de la paix par le dialogue, le compromis, les concessions et tous les moyens pacifiques.

La transition démocratique malienne est indissociable de la vie d'ATT. Mais l'enfant de Mopti fut aussi un vaillant soldat, un humaniste, un médiateur et un homme politique qui a fait ses preuves dans la gestion des affaires de l'Etat.

Son premier contact avec le pouvoir suprême date du 26 mars 1991, avec le renversement du général Moussa Traoré, acte qui parachevait une révolution déclenchée par les associations du Mouvement démocratique. Désigné président du Comité de réconciliation nationale (CRN) le 26 mars, puis du Comité de transition pour le salut du peuple (CTSP) le 29 mars, Amadou Toumani Touré conduit la Transition malienne jusqu'au 8 juin 1992. Cette période a d'abord été marquée par la tenue, du 29 juillet au 12 août 1991, de la Conférence nationale, qui a produit la Constitution du 25 février 1992, le Code électoral, la  Charte des partis et l'état de la Nation. Ensuite, le calendrier des échéances électorales pour la mise en place des institutions de la IIIe République a été respecté comme prévu : le 12 janvier 1992, le référendum constitutionnel ; le 19 janvier 1992, les élections municipales ; les 23 février et 8 mars 1992, les premier et deuxième tours des élections législatives ; enfin, les 12 et 26 avril 1992, les premier et deuxième tours de l'élection présidentielle.

Enfin, la signature, le 11 avril 1992 à Bamako, du Pacte national, consacrant le règlement du conflit dans le Nord du Mali, déclenché en juin 1990, occupe une place de choix parmi les acquis de la Transition de 1991. Au terme de celle-ci, le chef de l'Etat, Amadou Toumani Touré, remet le pouvoir aux civils, plus précisément à Alpha Oumar Konaré, conformément aux engagements pris le 26 mars 1991.

Retour aux affaires… par les urnes

Après une dizaine d'années (1992-2001) passées à lutter contre la dracunculose (ver de Guinée) au Mali et à sillonner l'Afrique à la recherche de la paix, Amadou Toumani Touré se lance en politique pour briguer la magistrature suprême.

Le 1er septembre 2001, il demande et obtient sa mise à la retraite anticipée de l'armée afin de se lancer en politique. Candidat indépendant, il déclare sa candidature le 10 mars 2002 à Sikasso. Il est élu président de la République le 24 mai 2002, avec 64,35 % des voix au second tour, pour un premier mandat de cinq ans. Il est investi le 8 juin. Réélu dès le premier tour le 29 avril 2007 avec 71,20 % des suffrages, il entame un second mandat.

C'est dans sa vie d'homme politique que le président Amadou Toumani Touré a le plus étonné, par ses idées, ses concepts, ses méthodes et, bien sûr, ses réalisations.

Enumérer les initiatives et les réalisations du président Touré relève de la gageure. Mais, durant ses mandats, le quatrième président du Mali a posé des actes forts, dont certains méritent une attention particulière de nos fidèles lecteurs.

Le consensus politique, la consolidation de la démocratie à travers l'engagement de réformes institutionnelles, le respect des libertés individuelles et la gestion pacifique de la crise du Nord sont autant d'actions politiques qui ont été déterminantes dans la vie de la nation, pour la paix et la quiétude sociales au Mali.

Le plus grand acquis des mandats du président Amadou Toumani Touré est sans doute sa méthode atypique de gestion politique du pouvoir, qui a permis au peuple malien de retrouver son unité et sa cohésion interne, indispensables pour faire face aux défis du développement.

Arrivé au pouvoir en 2002 sans l'investiture d'un parti politique, Amadou Toumani Touré a d'emblée été animé par la volonté de "partager le pouvoir" dans un cadre de gestion concertée et consensuelle, c'est-à-dire d'impliquer toutes les sensibilités dans les affaires publiques. Son slogan de campagne de 2002, "Retrouvons ce qui nous unit", a profondément touché le peuple malien, qui l'a élu sur la base de ce message.

Une fois élu, le président de la République a mis en pratique cette vision, qui lui a permis de réunir autour de sa personne et de son projet toutes les composantes et les forces politiques et sociales du Mali.

Il a fait en sorte que chaque Malien se sente citoyen à part entière, avec les mêmes droits et obligations. Il a rassemblé autour d'une même table des hommes et des formations politiques qui, quelques mois seulement avant son élection, ne parlaient pas le même langage et ne regardaient pas dans la même direction.

Face à la crise du Nord, le président ATT a toujours privilégié le dialogue. Général d'armée rompu au métier de la guerre, il connaissait mieux que quiconque les conséquences sociales, militaires et économiques de la gestion d'un conflit déjà enclenché. Il fallait donc, coûte que coûte, éviter d'entraîner le Mali dans un engrenage.

Une kyrielle d'acquis solides

Durant ses dix années de gouvernance démocratique, ATT a posé d'autres actes qui marquent encore la vie nationale. La création, le 25 août 2003, du Bureau du Vérificateur général, inspiré du modèle canadien, en est un exemple.

Aussitôt arrivé au pouvoir, ATT a lancé le Programme des logements sociaux, afin de permettre aux Maliens aux revenus modestes d'accéder à leur propre logement. Le 4 décembre 2005, ATT lance la Loi d'orientation agricole (LOA).

Le 6 février 2010, Amadou Toumani Touré procède au lancement des travaux du barrage de Taoussa, d'un coût global de 130 milliards de F CFA. Quelque 139 000 hectares de périmètres agricoles devaient être aménagés afin d'augmenter les revenus des populations et d'assurer l'autosuffisance et la sécurité alimentaires.

Le 25 octobre 2010, ATT lance les travaux de construction de l'autoroute Bamako-Ségou, d'un coût global de 182 milliards de F CFA. Ces deux projets figurent parmi les plus importants engagés dans les secteurs agricole et routier au Mali.

Citons également l'échangeur multiple de Bamako, le pont de l'Amitié Mali-Chine, ou troisième pont de Bamako, ainsi que la réalisation de plusieurs routes, ponts et chaussées à l'intérieur du pays.

Nous retenons également d'Amadou Toumani Touré qu'il est à l'origine de l'Assurance maladie obligatoire (Amo), un régime dont il disait volontiers qu'il constituait sa plus grande satisfaction.

Enfin, au lendemain du coup d'Etat de mars 2012, il démissionne de ses fonctions de président de la République afin de permettre le retour à l'ordre constitutionnel exigé par la Cédéao. Un acte fort !

"Mon devoir, comme je l'ai dit lorsque je m'impliquais il y a vingt-deux ans, jeune officier, c'est le Mali que je voulais aider. En me présentant en 2002, comme candidat à l'élection présidentielle, c'est encore le Mali qui a inspiré ma décision. Je pensais que la petite expérience que j'ai vécue pouvait aider à soutenir ce pays. Dans le cadre de la recherche de solution, je pense que la décision prise par la Cédéao et la communauté internationale est la meilleure. J'ai décidé de vous remettre ma lettre de démission, que vous allez remettre aux autorités compétentes pour permettre l'exercice plein et entier des dispositions de notre article 36. Il faut que le Mali reste dans les dispositions de sa Constitution de février 1992. Je pense que c'est tout à fait normal, je le fais sans pression, (…) de bonne foi (…), surtout pour l'amour que j'ai pour ce pays", avait écrit ATT, le démocrate, pour marquer la fin de son ère et faire ses adieux aux Maliens.

De Mopti à l'EN Sec, de l'Emia à Riazan, de Paris à Koulouba

Amadou Toumani Touré est né le 4 novembre 1948 à Mopti, où il grandit dans le quartier de Wayinkoré. Il confiait aux biographes garder de la Venise malienne le souvenir de tous ces petits métiers auxquels il s'adonnait : couture, élevage, pêche au filet et à la ligne, labour, négoce. Et football. Il effectue son cycle fondamental à Mopti, Tombouctou et Bandiagara, avant de poursuivre ses études à l'Ecole normale secondaire de Badalabougou (EN Sec), à Bamako. Il y décroche, en 1969, son diplôme en lettres, histoire et géographie, qui le destine à la profession d'enseignant, à l'instar de nombreux camarades de sa promotion, devenus aujourd'hui professeurs de l'enseignement supérieur. Mais, la même année, sa carrière professionnelle prend un virage à 90 degrés vers le métier des armes. En effet, lorsqu'il apprend qu'un recrutement est ouvert à l'Ecole militaire interarmes (Emia) de Kati, il se présente et est admis.

Le nouvel élève-officier de l'Emia de Kati commence sa formation en 1969. Il en sort en 1972 avec le grade de sous-lieutenant. Avide de connaissances, il suit toute une série d'études et de formations au cours de sa carrière, notamment à l'Ecole supérieure des troupes aéroportées de Riazan, en URSS (1974-1975), au Centre national d'entraînement commando (Cnec) de Mont-Louis, en France (1978), à l'Ecole supérieure de guerre interarmes, à Paris, en France (17e promotion, 1989-1990), et au Cours supérieur interarmes, à Paris, en France (42e promotion, 1990).

De toutes ces étapes, Amadou Toumani Touré aimait rappeler qu'il gardait des souvenirs mémorables de son séjour à Riazan, une étape importante de sa formation militaire. Cette ville abrite l'une des grandes écoles de parachutisme au monde, où furent formés le général Lebed et de nombreux généraux soviétiques. ATT y a suivi une formation supérieure de commandant de compagnie, de chef de bataillon et de saut en parachute.

Au titre des promotions en grade, après celui de sous-lieutenant, Amadou Toumani Touré est successivement promu lieutenant le 1er octobre 1974, capitaine le 1er octobre 1978, chef de bataillon le 1er janvier 1984, lieutenant-colonel le 1er octobre 1988, général de brigade le 8 juin 1992, puis général d'armée le 1er octobre 1996.

Il est nommé commandant de la Garde présidentielle du 28 avril 1981 au 30 mars 1984. Le commandement du bataillon des paras-commandos lui est confié à deux reprises, en janvier 1984, puis le 14 mars 1991. Le 26 mars 1991… vous connaissez la suite !

                   

 El Hadj A.B.HAIDARA

 

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