Mangal Traore, son secrétaire particulier : "ATT, un homme profondément attaché au Mali"
Aujourd'hui-Mali : M. Traoré, vous avez connu Amadou Toumani Touré avant même qu'il ne devienne chef de l'État. Quelle était la nature de vos relations ?
Mangal Traoré : Amadou Toumani Touré était un grand frère de quartier, en ce sens que nos concessions familiales se trouvaient dans le même secteur à Komoguel, qu'on appelle aussi le premier quartier à Mopti, notre "Soudou Baba" commun. Il m'a pratiquement vu grandir, même si je ne le fréquentais pas à l'époque, en raison surtout de l'écart d'âge et de la différence de génération entre nous.
Alors que j'étais au lycée de Badala, où j'ai effectué une partie de mes études secondaires, il m'arrivait de me rendre chez lui, à la maison ou au bureau, pendant qu'il était au Camp Para, pour effectuer des commissions à la demande de mon tonton, qui était aussi mon logeur à Bamako. On ne s'est jamais perdus de vue et ce fut un insigne honneur d'avoir servi à ses côtés lorsqu'il a été élu président de la République en 2002.
En qualité de secrétaire particulier durant ses deux mandats, vous étiez parmi les collaborateurs les plus proches du président. Quels sont les traits de caractère qui vous ont le plus marqué ?
Je parlerai surtout de son dévouement pour le Mali, de sa capacité d'écoute, de sa simplicité et de l'attachement qu'il a toujours manifesté envers ses amis et camarades de jeunesse. J'ai eu l'occasion de le dire en d'autres circonstances : il était au bureau sept jours sur sept et a servi le Mali au prix de sa santé.
ATT, en tant que chef de l'État, pouvait recevoir en visite officielle un chef d'État le vendredi et aller partager, le lendemain, samedi, son déjeuner avec ses amis, dont la plupart n'occupaient aucune fonction officielle dans les rouages de l'État.
Le dimanche, aux environs de 14 heures, il conduisait lui-même sa voiture pour aller rendre visite à ses proches, sans autre forme protocole.
Après son départ du pouvoir, ATT a vécu hors du Mali avant de rentrer au pays. Comment avez-vous vécu cette période ? A-t-il gardé la même sérénité et le même attachement au Mali ? Quels souvenirs personnels conservez-vous de vos derniers échanges avec lui avant sa disparition, le 10 novembre 2020 ?
Après son départ du pouvoir, le président ATT est resté profondément attaché au Mali. Je crois que les nombreux visiteurs qu'il a reçus pendant son exil sont mieux placés que moi pour en parler. Même après son retour, il avait à cœur de s'impliquer pour le retour de la paix, en particulier dans les régions du centre du Mali. Mais, hélas, il a été brutalement arraché à l'affection de ses proches et de ses compatriotes.
Six ans après sa disparition, que pensez-vous que l'histoire retiendra de son action ?
ATT restera, pour moi et pour beaucoup de Maliens, le Soldat de la Démocratie et le Soldat Bâtisseur. Il a quelquefois été incompris et a connu des limites objectives dans la mise en œuvre de sa vision et de sa gouvernance. Cela est le lot de tout homme d'État. Je formule, pour ma part, le vœu que les leçons tirées de son parcours puissent inspirer ceux qui œuvrent à bâtir un Mali fort, uni et respecté dans le concert des nations.
Réalisé par El Hadj A.B. HAIDARA
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