Attaque de l’hôtel Radisson de Bamako : Le Mali victime de la rivalité entre Daech et AQMI

0

Après Beyrouth (Liban), Paris (France)… c’est au tour de Bamako d’être touché en plein cœur par le terrorisme. Atteint une seconde fois après l’attaque de La Terrasse en mars 2015. Daech a revendiqué les attentats de Beyrouth et de Paris alors qu’Al-Mourabitoune (AQMI) se vantait du crime qui a visé le Radisson Blu Hôtel de Bamako vendredi 20  novembre 2015. Les deux organisations criminelles (AQMI et Daech) sont antagonistes et rivalisent à semer l’horreur, la terreur et la peur dans un monde. Le Mali en fait les frais !

Le président Ibrahim Boubacar Kéita ne croyait si bien dire en affirmant au lendemain des attentats de Paris «qu’aucun pays n’est à l’abri du terrorisme». Une semaine après, IBK a été contraint de quitter précipitamment ses pairs à Ndjamena (Tchad), où il prenait part au sommet du G5 Sahel, pour venir gérer une sanglante prise d’otages dans sa capitale dont le bilan provisoire est d’au moins 22 morts et une vingtaine de blessés dont un grave. Certains observateurs n’hésitent pas d’ailleurs à tisser un lien entre les deux actions terroristes. «Il y a une grande rivalité entre AQMI (Al Qaeda pour Maghreb islamique), auquel Al Mourabitoune est affilié, et Daesh qui a revendiqué les attentats de Paris (France)». Comme d’ailleurs ceux de Beyrouth (Liban), quelques jours avant, et bien d’autres. «À défaut d’atteindre le cœur de la France, Al Mourabitoune a sans doute voulu symboliquement frapper dans un pays où les Français sont très présents militairement, diplomatiquement et économiquement», souligne un diplomate africain en poste à Bamako et qui souhaite rester anonyme. Une façon cynique et atroce de prouver à l’organisation rivale qu’elle est aussi capable d’ébranler la France, l’Europe, voire l’Occident.

On se rappelle que, il y a quelque mois, Daech (Etat Islamique) a mis à prix la tête de Mokhtar Belmokhtar, le leader d’Al Mourabitoune qui a refusé de lui faire allégeance en préférant s’allier avec AQMI. Même si l’attaque du Radisson est le premier qu’il revendique en «collaboration» avec AQMI, puisque les deux organisations étaient en froid pendant une longue période. Pour un sociologue interrogé par un correspondant de l’Agence Chine Nouvelle, «cette action est un avertissement des groupes terroristes à l’attention du Mali et de ses partenaires qui s’étaient réunis en octobre dernier à Paris, en collaboration avec l’OCDE, pour mobiliser des fonds pour la mise en œuvre de l’Accord de paix et la reconstruction du pays. C’est un signal pour leur rappeler qu’il n’y aura pas de paix sans leur implication. Et sans paix, pas de développement durable». Un avis partagé par Ibrahim H. Bathily, un jeune homme d’Affaires malien. «Cette attaque intervient au moment où le milieu du business commençait à faire confiance au Mali. Au-delà des pertes en vies humaines, c’est donc un coup qui risque d’être fatal à la reprise économique car affectant les affaires, le tourisme, l’hôtellerie…», analyse le jeune chef d’entreprise. Il est vrai que le Mali commençait à susciter la confiance et l’espoir. En témoigne la multiplication des grandes rencontres et des fora des affaires dans la capitale du pays.

Prévu du 22 au 25 novembre à Bamako, le Forum francophone sur la diversité des expressions culturelles à l’ère du numérique a été reporté à une date ultérieure suite à l’attaque de l’hôtel Radisson Blu. Tout comme la Conférence internationale sur «Islam et Paix» et le «Forum des investisseurs : Investir au Mali», une initiative appuyée par le gouvernement américain et la Banque mondiale.

Une menace nouvelle avec de graves conséquences

Une perte économique important d’autant que ces événements annulés ou reportés équivalent à autant de réservations annulées pour les hôteliers. Sans compter les conséquences sur la restauration, les transports, le commerce… Un coup de canif à la bonne image de «pays sûr» que le Mali commençait à se retrouver. Visiblement, souligne Kader Toé (chroniqueur indépendant), cette attaque ne «visait pas seulement les intérêts français au Mali». Mais, précise-t-il, Al Mourabitoune était animée aussi de «la volonté de faire fuir les investisseurs». Les victimes étrangères sont essentiellement des patrons d’entreprises ou leurs envoyés pour prospecter les prometteuses opportunités que le Mali offre au monde des affaires après sa crise. Pour sa part, Abdourhamane Dicko, intellectuel et spécialiste des questions de développement et de sécurité,  souligne que «il est évident que l’ennemi est à l’intérieur des villes et au sein des populations…Les raisons pourraient se situer dans les faibles capacités de l’Etat à assurer la sécurité des personnes de manière à les libérer totalement de la peur des terroristes».

Quant au président de la Convergence Africaine pour le Renouveau (CARE, centriste), Cheick Boucadry Traoré dans une déclaration publiée samedi dernier, il est convaincu que «ces attaques barbares et cruelles de terroristes au Mali continuent à s’intensifier avec le soutien et l’instrumentalisation des forces externes malveillantes…Les prises d’otages et l’extrême violence imposée à nos populations constituent une menace nouvelle qui a de graves conséquences pour la vie quotidienne des populations et l’avenir du pays». «Les attaques de Paris et de Bamako démontrent que les terroristes peuvent frapper toutes les nations, développées ou sous-développées. Il n’y a donc pas de maillon faible dans cette chaîne de vulnérabilité», défend-il.

L’indispensable gestion du champ religieux

Et Abdourhamane Dicko rappelle que «la réponse aux actes terroristes n’est pas totalement militaire». Et cela d’autant plus que, précise-t-il, «les attaques terroristes visent le centre des Etats, là où les interventions militaires sont lentes et limitées». Pour les experts interrogés, il convient alors d’accorder plus d’importance à l’éducation civique et démocratique des citoyens. Et aussi «promouvoir la justice sociale dont le manque dans nos sociétés constitue le véritable terreau du salafisme et du jihadisme», conseille M. Dicko. Ce qui, d’après lui, nécessite de combattre avec une farouche détermination des maux comme la corruption et le népotisme qui «alimentent le terrorisme et les différents réseaux de la criminalité organisée. Tant qu’il n’y a pas de justice sociale, les jeunes ne peuvent avoir un travail décent leur permettant de résister à la tentation jihadiste». Pour Soumeylou Boubèye Maïga, ancien responsable des services secrets du Mali et ancien ministre de la Défense, «il y a un terreau propice dans nos pays qui fait que, dans tous les cas, ils restent des cibles potentielles importantes. Et cela parce qu’il y a aussi une radicalisation rampante dans la plupart de nos pays». «On voit souvent le bras militaire, mais il faut aussi intégrer le fait que ça s’inscrit dans le cadre d’une lutte très féroce au sein de l’islam entre différents courants», affirme-t-il dans une interview à un site malien.

Aujourd’hui, déplore M. Maïga, «rares sont les pays qui peuvent vous dire, voilà le cadastre des lieux de culte que nous avons, voilà comment on valide la formation, l’accréditation de ceux qui officient au sein de ces lieux de culte, soit comme prêcheur, soit comme imam ou muezzin, et voilà comment les lieux de culte sont financés dans leur fonctionnement courant. Toutes ces rubriques sont autant de vecteurs par lesquels il y a une forme de pénétration, donc de subversion, à l’intérieur de nos pays». Pour Soumeylou Boubèye Maïga, faisant allusion au terrorisme en Afrique, l’une des meilleures manières de prévenir la menace est que les Etats (Mali, Niger, Nigéria, Tchad, Cameroun, Kenya, Somalie…) se décident enfin à «gérer le champ religieux», c’est-à-dire avoir «un œil sur les infrastructures, sur l’exercice des différentes fonctions dans les lieux de culte et aussi sur les financements et leur traçabilité».

En attendant, l’humanité doit continuer à prier que les attaques terroristes (Nigeria, Tchad, Niger, Kenya, Egypte, Liban, France, Mali…) soient, comme le dit si bien M. Dicko, «les derniers soubresauts d’un organisme criminel en fin de vie» !

Alphaly

(Avec Xinhua)

PARTAGER