Gouvernement d'action et d'obligation de résultats au Sénégal : Diomaye assume la rupture avec Sonko
Des lézardes au sein du parti majoritaire "Pastef "...
C'est en principe, aujourd'hui, vendredi 05 juin 2026, que le président Bassirou Diomaye Faye préside la première session du Conseil des ministres du nouveau gouvernement du Sénégal.
Après dix jours d'attente, la liste des membres du nouveau gouvernement a été rendue publique dans la soirée de lundi 1er juin 2026. Le président Bassirou Diomaye Faye a donc pris son temps pour avoir le gouvernement qu'il veut, en mettant en avant les compétences et aussi un équilibre dans la représentation géospatiale au niveau du territoire. En tout cas : "Un gouvernement d'action et d'obligation de résultats", comme l'a laissé entendre le nouveau Premier ministre, Ahmadou Alhaminou Mohamed LO.
En réalité, les dix jours d'attente cachaient mal des concertations tous azimuts que le Président Bassirou Diomaye était en train de mener avec des partis politiques et des coalitions de mouvements et partis politiques, y compris le parti Pastef de l'ex-Premier ministre, Ousmane Sonko.
Il semble bien que, durant cette période qui a coïncidé avec la célébration de la fête de l'Aïd el kébir (Tabaski) le président Faye a bien perçu le message des imams qui, à l'unisson, ont déploré la dualité au sommet de l'Exécutif entre le chef de l'Etat et son ex-Premier ministre, avant de les appeler à se soucier des intérêts et du bien-être des populations, de plus en plus envahies par des difficultés au quotidien. "Vous n'avez plus d'excuses. On vous a tout donné. Le pouvoir, l'Assemblée nationale donc ce qui reste c'est le travail. Ce qui reste, c'est de s'occuper des problèmes des populations au lieu de se quereller", a dit le très écouté Cheikh Mouhidine Samba Diallo dans son prône de Tabaski. Il est le Khalif de Médinatoul Cheikh Abdou Khadr Djeylani dans le département de Kaolack, par ailleurs fils aîné du défunt chef spirituel, Mouhidine Samba Diallo dont la réputation dépasse les frontières du Sénégal.
Le nouveau gouvernement qui privilégie les compétences et l'engagement dans l'esprit d'équipe, en plus de son profilage, sonne comme un début de réponse aux sollicitations et complaintes des Sénégalais, fatigués de la querelle politicienne qui a duré deux ans au sommet de l'Etat. La nomination de Ahmadou Alhaminou Mohamed Lô au poste de Premier ministre est déjà un signal fort de la nouvelle dynamique que Diomaye entend donner à la gestion des affaires publiques.
12 ministres de l'ex-PM Sonko dans la nouvelle équipe
Le nouveau gouvernement compte 30 membres (31 pour le précédent) dont 12 ministres qui étaient dans le gouvernement de Sonko. Dix-neuf (19) départs ont été enregistrés dont celui du Général Birame Diop (ex-ministre de la Défense), présenté par le Sénégal comme candidat à la Présidence de la Commission de la CEDEAO.
Pour ce gouvernement, il faut noter des restructurations, notamment des fusions et des renforcements de compétences au niveau de certains départements. C'est ainsi que les Finances, l'Economie, le Budget et le Plan se retrouvent dans un méga ministère confié à Cheikh Diba, reconduit malgré la campagne de dénigrement menée contre lui par les ouailles de Ousmane Sonko ces dernières semaines. Bénéficiant ainsi d'une confiance renforcée du président de la République, il est secondé par deux ministres délégués pour certainement conduire de façon efficace les réformes tant attendues dans le but de sortir le Sénégal de la mauvaise situation économique et financière où il se trouve plongé.
Rupture assumée au profit de l'autonomie, Sonko désavoué par des cadres de son parti
Au vu de la configuration de l'actuel gouvernement, on peut affirmer, sans risque de se tromper, que le président Bassirou Diomaye Faye assume la rupture avec Ousmane Sonko, lequel se voit désavoué par plusieurs hauts cadres de sa formation politique. Ces derniers ont choisi de siéger dans le nouveau gouvernement. Une bravade sans équivoque de l'interdiction annoncée publiquement par le parti du Premier ministre déchu. Diomaye choisit donc la voie de l'autonomie vis-à-vis de son désormais ex-ami politique.
En effet, "Pastef ne sera représenté par aucun ministre" disait Ousmane Sonko pour acter son désaccord avec Diomaye, suite à une concertation sur le nouvel attelage gouvernemental. Une déclaration faite à quelques heures de l'annonce du nouveau gouvernement et qui sonnait comme une fatwa contre tout cadre de Pastef qui oserait rejoindre la nouvelle équipe gouvernementale. En tout cas, les faits prouvent le contraire : Yankhoba Diémé, Dr Ibrahima Sy, Moussa Bala Fofana, Bakary Sarr, Alioune Dione, Marie Angélique Diquf, Serigne Oumar Ba, Samba Diouf, Mamadou Lamine Dianté, Djirèye Clothilde Coly, Idrissa Samb et Cheikh Oumar Ciss et Abdoul Ahad Ndiaye ont rallié le gouvernement.
Il faut remarquer que Marie Angélique Mame Selbé Diouf, désignée ministre de la Famille, de l'Action sociale et des Solidarités et Abdoul Ahad Ndiaye, nommé ministre des Transports terrestres et aériens, ont même choisi de quitter l'Assemblée nationale où ils siégeaient en tant que députés élus au nom de Pastef, pour répondre à l'appel de Bassirou Diomaye Faye.
Des alliés de Pastef s'y mettent
A cela, il faut ajouter que des alliés de Pastef dans la coalition APTE lors des dernières législatives, sont allés à l'encontre de la déclaration du président de Pastef. Déthié Fall, Moustapha Guirassy et Cheikh Tidiane Dièye ont choisi de rester dans l'attelage gouvernemental.
Pour Moustapha Guirassy, rien de surprenant. Il déroule une logique de vision acceptable pour avoir été le directeur de campagne de la Coalition Diomaye-Président. A ce titre, il avait appelé les Sénégalais à porter l'actuel président de la République au pouvoir. Sa présence dans le gouvernement est donc à inscrire dans la continuité de son choix assumé dès la dernière campagne pour l'élection présidentielle.
Pendant que Pastef se fissure, le président Bassirou Diomaye Faye renforce la Coalition Diomaye-Président par sa forte présence dans l'équipe gouvernementale : M. El Hadji Abdourahmane Diouf, ministre de l'Énergie et du Pétrole ; M. Serigne Guèye Diop, ministre de l'Industrie et du Commerce ; M. Alpha Thiam, ministre de la Culture, de l'Artisanat et du Tourisme ; M. Aliou Gory Diouf, ministre de l'Environnement et de la Transition écologique ; Mme Ami Mbengue Ndao, ministre des Pêches et de l'Économie maritime ; Mme Mame Coumba Diop, ministre auprès du ministre de la Culture, de l'Artisanat et du Tourisme, chargée de la Culture, des Industries créatives et du Patrimoine historique.
Un dilemme pour le parti majoritaire, le Pastef
Les premières sanctions ont commencé à tomber car le numéro 2 du nouveau gouvernement, Yankhoba Diémé, vient d'être exclu de sa base politique du parti Pastef à Bignona, suite à une réunion d'urgence convoquée dans la même soirée de l'annonce de la liste des membres du gouvernement. Les autres bases de Pastef suivront-elles cet exemple ou, au contraire, le Pastef va-t-il gérer la question autrement pour éviter une exclusion des cadres dissidents qui les pousseraient par ce truchement à militer activement dans la coalition Diomaye-Président ? Une exclusion de ces cadres signifierait donc une vague de dissidences au sein de la formation politique de Ousmane Sonko et en dans le sens inverse un afflux vers la Coalition Diomaye-Président dont il est attendu sa transformation en parti politique très prochainement.
Un dilemme pour Pastef qui doit marcher sur des œufs lorsqu'on sait qu'un groupe de députés de l'opposition a déposé un recours devant le Conseil constitutionnel contre la réintégration de Ousmane Sonko à l'Assemblée nationale. Ce qui met en jeu non seulement son poste de président de l'Assemblée nationale, mais aussi sa qualité de député. Nous reviendrons prochainement sur cette polémique à l'Assemblée nationale. En attendant, il est intéressant de voir comment le Pastef se comportera-t-il face à cette situation, à quelques jours de son congrès prévu le 7 juin prochain.
Amadou Bamba NIANG
Journaliste et Consultant indépendant