“Le monde ne sera plus jamais comme avant”: un diplomate belge à New York raconte comment le 11 Septembre a ébranlé l’Onu
Jean de Ruyt, témoin privilégié du 11 septembre 2001, se trouvait en réunion avec ses confrères européens dans les bâtiments onusiens lors de l’impact du premier avion sur le World Trade Center. Il raconte aujourd’hui comment il l’a vécu.
Dès mai 2001, Jean de Ruyt occupe le poste de haut-représentant de la Belgique à l’Onu, alors que le plat pays se prépare à prendre la présidence tournante de l’Union européenne en juillet 2001. “C’était un poste très important. J’allais déjà souvent à New York ; j’y avais même vécu lors de mon tout premier poste diplomatique, où j’étais chargé d’attirer les investissements américains vers la Belgique. J’aimais beaucoup cette ville. J’avais d’ailleurs dîné quelques semaines avant les attentats dans l’une des tours jumelles.”
Le matin du 11 septembre, comme chaque mardi, les ambassadeurs des “Quinze” États membres de l’UE se réunissent dans les locaux de l’Onu pour leur réunion hebdomadaire. Ils préparent la prochaine Assemblée générale, qui doit se tenir à la mi-septembre. Jean de Ruyt préside cette session qui vise à préparer la semaine ministérielle. Il ignore alors que cette journée changera la face du monde.
Une réunion sous tension
Il est 8h46, un premier avion vient de percuter la tour Nord. “En entrant dans la pièce, mon collègue britannique m’interpelle”, se souvient le diplomate belge. “Il me dit: ‘Jean, je viens d’apprendre qu’un avion est entré dans une tour du World Trade Center’. On croyait à un accident, d’autant qu’il y avait déjà eu un attentat au World Trade Center quelques années auparavant (en 1993, NDLR). Nous étions impressionnés, mais nous avons commencé la réunion.”
Il est 9h03. Un moment dont Jean de Ruyt se souviendra toute sa vie. “Un collaborateur derrière moi me passe un petit bout de papier: un deuxième avion venait de toucher la deuxième tour. Je n’ai pas hurlé ni arrêté la réunion brutalement, j’ai essayé de continuer un peu, j’ai demandé à ce collaborateur de se renseigner. Très vite, on est venu nous informer qu’un autre avion avait touché le Pentagone.”
La réunion s’interrompt. Les bâtiments de l’Onu, à cinq kilomètres du World Trade Center, sont progressivement évacués. Chaque ambassadeur rentre dans son bureau.
“Les États-Unis vont exagérer”
Jean de Ruyt reçoit un message de sa fille, restée à Bruxelles: “Papa, es-tu toujours vivant?”. “Je lui ai répondu : ‘Oui, je suis vivant, mais le monde ne sera plus jamais comme avant’.”
Pour la première fois, les États-Unis sont attaqués sur leur territoire. Jean de Ruyt en est persuadé: “Les États-Unis vont réagir de manière démesurée, ils vont vouloir agir seuls, et ils vont exagérer, ce qui fut le cas. Nous en avons immédiatement discuté avec des collègues.” Le lendemain, une résolution du Conseil de sécurité autorisera, de facto, l’usage de la force en Afghanistan.
“Elle est arrivée en pleurs”
Les bureaux des ambassadeurs étant situés de l’autre côté de Manhattan, ils n’ont d’abord rien vu ni entendu du drame qui s’est joué à cinq kilomètres de là. “Le 11-Septembre est devenu très concret quand la fumée a envahi le quartier. De plus, une amie de mon épouse est arrivée en pleurs. Son bureau était face aux tours. Nous avons regardé son immeuble s’effondrer en direct à la télévision.”
Trois semaines plus tard, Guy Verhofstadt, Premier ministre de l’époque, sera l’un des premiers dirigeants européens à se rendre sur les ruines encore fumantes de Ground Zero.
