Projet d'électrification rurale de 1600 localités au Sénégal : 37 milliards de FCFA volatilisés !

Au Sénégal, les tumultes politiques causés par le duel fratricide entre le président de la République du Sénégal et son ex-Premier ministre Ousmane Sonko...

4 Juillet 2026 - 02:11
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Projet d'électrification rurale de 1600 localités au Sénégal : 37 milliards de FCFA volatilisés !

Au Sénégal, les tumultes politiques causés par le duel fratricide entre le président de la République du Sénégal et son ex-Premier ministre Ousmane Sonko ont bien du mal à faire oublier l'énorme scandale financier qui secoue l'Agence sénégalaise chargée de l'électrification rurale (ASER) où près de trente (37) milliards de FCFA, émanant du partenaire financier espagnol, se sont volatilisés. La question fondamentale : comment des dizaines de milliards de FCFA destinés à l'électrification rurale ont-ils pu être transférés vers différentes entités et plusieurs pays, alors que les populations concernées attendent toujours la réalisation du projet ? L'homme d'affaires Saïdou Kane, en tant que représentant au Sénégal du Groupe espagnol incriminé, a botté en touche, comme confirmé par ses avocats lors d'une conférence de presse. Alors, à qui profite le crime, s'il y en a un ?

u'est-ce qui se passe à l'Agence sénégalaise d'électrification rurale projetée au centre de l'actualité, suite à la dénonciation par un député de l'opposition, de l'arrêt des activités pour manque d'argent, alors que près de 37 milliards de FCFA versés par le partenaire espagnol se sont volatilisés ?

Au Sénégal, ce dossier est en train de devenir un véritable poison pour le pouvoir politique actuel qui se targue d'une rupture dans la gestion des affaires publiques, à travers le slogan si bien exprimé en wolof :" Jub-jubbal-jubanti ". Un slogan qui impose donc le respecter du principe de redevabilité des gestionnaires publics devant la population. Ce qui appelle une démarche de transparence et de traçabilité dans la gestion des affaires publiques, avec comme corollaire, une nécessité de reddition des comptes.

Les tenants actuels du pouvoir se sont hâtés très lentement de voir plus clair dans ce présumé scandale de l'ASER, malgré le tollé généralisé, suite à la dénonciation faite par un député de l'opposition, notamment Thierno Alassane Sall, président du Parti pour la République des valeurs et ancien ministre sous Macky Sall.

Pourtant, Ousmane Sonko, si prompt à dénoncer tout cas de détournement, même ceux de moins d'un milliard, était resté discret sur cette affaire, au sujet de laquelle, la polémique ayant tellement enflé, la société civile se voit obligée d'exiger des enquêtes. En effet, après avoir entendu le député qui s'est présenté devant lui, documents à l'appui, le forum civil a initié un grand mouvement social appelé " Sunu 37 milliards " (nos 37 milliards) pour réclamer que l'Etat sénégalais se mette sur les traces de cet argent décaissé par le partenaire espagnol, mais qui a disparu en laissant le projet presque à l'abandon, faute de moyens financiers pour sa réalisation.

Le même député a été entendu à deux reprises par les enquêteurs de la police nationale suite à une plainte qui l'a lui-même initiée, après avoir mené des investigations jusqu'en Espagne om se trouve le partenaire financier afin de ramener les preuves du transfert des fonds incriminés dans les comptes de l'ASER. Des preuves remises aux enquêteurs, mais le gouvernement s'est entêté à faire le mort concernant cette affaire. Une attitude qui divorce d'avec la promptitude notée dans la gestion de plusieurs dossiers dont les montants incriminés restent de loin de moindre importance. Imaginez, pour un pays comme le Sénégal, voir 37 milliards des fonds publics disparaître comme dans un tour de magie !

Retenons que lors d'une conférence de presse sur cette affaire, Thierno Alassane Sall avait présenté des documents bancaires obtenus dans le cadre d'une procédure judiciaire en Espagne. Les mêmes documents remis aux enquêteurs de la police et qui montrent que près de 56 millions d'euros, soit environ 37 milliards de francs CFA, ont été transférés le 11 juin 2024 sur le compte de la société espagnole AEE Power EPC chargée de l'exécution du programme. Ces relevés révèlent cependant que moins de deux mois plus tard, plus de 30 milliards de francs CFA ont eu à quitter ce compte pour être transférés vers des entités liées au groupe AEE dans différents pays africains. Rien qu'au Sénégal, environ 6,9 milliards de francs CFA ont été virés à trois structures distinctes : la SONAC, AEE Power SUARL et Dakar Énergie Projects SUARL.

Mais c'est surtout la circulation des fonds dans la sous-région qui retient l'attention : d'importants flux financiers vers plusieurs pays de la sous-région, alors que le projet n'a pratiquement pas démarré sur le terrain. Alors, pourquoi ces transferts de fonds et à quel titre ? 

Selon les documents évoqués par Thierno Alassane Sall, plus de 330 millions de francs CFA ont été transférés en Côte d'Ivoire à une filiale locale d'AEE Power EPC ainsi qu'à un cabinet d'avocats. Au Togo, un virement d'environ 25 millions de francs CFA a été effectué au profit d'AEE Power Togo. Des transferts ont également été recensés vers le Kenya, la Tunisie et l'Égypte. S'y ajoutent près de 12,7 milliards de francs CFA ayant transité par des comptes internes du groupe AEE sans que les bénéficiaires finaux ne soient clairement identifiés à ce stade de l'enquête. Pour le député Thierno Alassane Sall, "cette dispersion des fonds à travers plusieurs juridictions constitue l'un des aspects les plus troublants du dossier et cela nécessite que la lumière soit faite", avant d'ajouter : "L'essentiel de l'argent n'est jamais arrivé au Sénégal pour financer les travaux", a-t-il affirmé devant la presse, estimant que les flux observés ne présentent aucun lien évident avec l'électrification des villages concernés.

Le Président du parti de la République des valeurs a également dénoncé une opération de conversion de devises portant sur plus de 5,6 milliards de francs CFA. A ce niveau, il a rappelé que les documents bancaires consultés permettent d'identifier le destinataire final des fonds.

La pression populaire commence à payer puisque, finalement, la justice a été officiellement saisie par le gouvernement afin que lumière soit faite rapidement sur ce présumé scandale qui défraie la chronique au Sénégal, au point d'inspirer un livre écrit par le journaliste Bachir Fofana.

Un livre plein de références permettant de tracer les fonds présumés détournés.

Amadou Bamba NIANG

Journaliste indépendant et Consultant