La corruption : Une pathologie sociale ou un mal culturel dans notre pays?

30 Août 2017 - 00:57
Mis à jour: 9 ans
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La corruption : Une pathologie sociale ou un mal culturel dans notre pays?
franc CFA
La corruption est sans doute un phénomène universel au point que bons nombres de spécialistes la qualifie de ‘’gangrène du siècle’’. Pour cause, elle sévit sévèrement autant dans les pays pauvres que dans les pays riches, dans les plus hautes sphères de l’Etat, dans la fonction publique que dans la vie de tous les jours. Mais en Afrique, de manière générale, au MALI particulièrement elle a atteint des proportions si inquiétantes qu’on peut sans ambages parler de ‘’pathologie sociale’’ ou de ‘’cancer culturel’’. Ces expressions métaphoriques aux relents médicales traitant la corruption de ‘’maladie sociale ‘’ sont bien à propos dans la mesure où si on représente la société comme un organisme vivant ou un ‘’corps social’’ se nourrissant de la transparence, de la bonne gouvernance et de la probité pour vivre et avoir une santé morale, politique et économique, la corruption tel un virus attaque les organes vitaux, obstrue les artères sociopolitiques au point de plonger tous les secteur névralgiques de la communauté dans un coma profond. La corruption apparait comme un acte pénalement blâmable par lequel une personne ‘’le corrompu’’ demande ou reçoit un don en nature ou en espèce, une offre ou une promesse, des cadeaux ou des avantages multiformes du "corrupteur" dans le but d’accomplir une tâche liée directement ou indirectement à l’exercice de ses fonctions. Qu’elle soit ‘’active" ou ‘’passive ’’, ‘’publique ‘’ou ’’ privée’’ ; la corruption cause toujours des ravages si profondes qu’elle paralyse tous les rouages de la vie sociale, politique et économique. La corruption encrée dans les mœurs ! Au Mali, il y a lieu de le dire la corruption est si encrée dans les mœurs, dans les habitudes sociales ou quotidiennes qu’elle apparait comme une gangrène sociale fruit d’une survivance de pratiques culturelles millénaires s’exprimant dans des expressions Bamanan du genre "worossongon’’ (prix du colas) ou "Sourafen" (ce qu'on donne la nuit). On n’ est donc pas étonné de voir l’institutionnalisation de la corruption au Mali à telle enseigne que de l’employé municipal, au fonctionnaire administratif, en passant par l’agent de police, le magistrat , le phénomène est si récurrent qu’il apparait comme normal. Chacun s’y livre sans aucun remords, sans aucune prise de conscience patriotique et demande sans vergogne son "worossongo" ou sa part du gâteau oubliant qu’il est en train de s’accaparer des deniers publics et de compromettre l’avenir du pays. Qu’elle soit ‘’petite’’ comme celle pratiquée par les agents subalternes en parfaite collaboration avec leurs supérieurs dans l’administration, la corruption prend des allures de coopérative dans laquelle tous les acteurs touchent leur part du butin. S’il en est ainsi, c’est parce que les politiciens et les cadres de l’administration publique, de la justice du pays s’adonnent à la grande corruption inspirant les citoyens, et contribuant ainsi par le phénomène social du mimétisme à instaurer une véritable « culture de la corruption ». Ce qui est remarquable, c’est que plus on s’enlise dans ce tourbillon de la corruption, plus on est gagné par une manie et une boulimie corruptives nous délestant de notre dignité et de notre sens du patriotisme, car on oublie qu’on est nommé ou élu non pas pour nous servir mais pour servir ses concitoyens. Même ceux-là qui résistent à la tentation de la corruption sont soumis à une pression sociale et parfois politique insoutenable, car ils deviennent les parias d’un système mafieux qui ne tolère pas la droiture et la vertu. La corruption est partout, elle crève l’œil des citoyens résignés et parfois complices de cette pratique immonde devenue par le laxisme de nos autorités un véritable fléau social. Sinon comment accepter ou admettre que des fonctionnaires avec peu d’expérience et aux salaires modestes puissent avoir un train de vie qui n’envie rien à Kankou moussa ce célèbre empereur mandingue connu pour ses richesses fabuleuses. En réalité, le mode de vie des africain en général et particulièrement des maliens encourage la corruption dans la mesure où il promeut le règne du paraître sur l’être, du festif sur le travail de sorte que, le fonctionnaire ne peut plus se suffire de ce qu’il gagne ; il cède à la tentation corruptive et de sauver les apparences sociales en montrant qu’il gagne ‘’ bien ‘’ sa vie. C’est ce que fait remarquer Hacinthe Sarrssoro dans son analyse de la corruption des employés du public dans le contexte africains : « La corruption du fonctionnaire est une conséquence du mode de vie de la société dont il est issu et dans laquelle se déroule son activité professionnelle … Ainsi tout fonctionnaire [Africain] se trouve enfermé dans une trame coutumière dont la loi n’arrive pas à l’exorciser et dont les deux composantes fondamentales sont la conception de la famille Africaine et le système socioculturel. ». En, vérité si la corruption se développe tant au Mali, ce n’est pas seulement dû à la cupidité des corrompus, mais également aux laxismes et à l’insouciance civique des corrupteurs, car il n’y a pas de corrompus sans corruptureur. Or, l’environnement socio-culturel au MALI est corruptogène. Toutes ces considérations sur la corruption doivent nous amener à dire que le combat contre ce phénomène ne doit pas seulement se limiter à la création d’organes ou d’institutions à l’image du Bureau du Vérificateur général mais il doit passer par un changement en profondeur de nos habitudes sociales, par une prise de conscience citoyenne du bien commun . Certes, il est plus qu’important de promouvoir la transparence et la bonne gouvernance ; mais il faudra impérativement s’attaquer aux racines du mal à savoir le sentiment d’impunité dont jouissent les corrompus pouvant prendre des formes aussi perverses que l’interventionnisme des religieux pour protéger leurs ‘’vaches laitières’’, la pression des lobbies politico-économiques pour sauvegarder leurs’’ pourvoyeurs de fonds électoraux’’, par ‘’la médiation pénale’’ pour ne pas éclabousser les parrains hauts placés de ce système corruptif et pour protéger ses arrières en cas de perte du pouvoir . Paraphrasant, le Président Barack Obama, nous pouvons dire que la lutte contre la corruption a plus besoin d’hommes forts que d’institutions fortes, c’est- à-dire il faut que ceux qui nous gouvernent donnent l’exemple en terme de probité morale, de rigueur , de gestion des biens publics et qu’ils arrêtent d’entretenir une clientèle politique et électorale, qu’ils incitent le peuple dans leurs actes comme dans leurs propos au travail et gagner honnêtement leurs vies, qu’ils soient impitoyables dans la répression des personnes coupables de corruption de quelques bords qu’elles soient . À défaut d’un ‘’plan Marshall’’ pour ne pas dire d’un plan ‘’IBK (Ibrahim Boubacar Keita) !!!’’ ou d’un traitement de choc pour éradiquer la corruption, l’éducation ne sortira jamais de son cycle endémique de grèves et de débrayages, la santé continuera sa déliquescence exponentielle, l’agriculture sombrera dans une léthargie profonde et incurable, les infrastructures moribondes et déficientes freineront tout espoir de développement ou d’émergence, la justice se dégradera au point de compromettre la paix sociale et la viabilité démocratique car non seulement la corruption provoque un manque à gagner économique (voir les rapports du BVG) mais surtout elle discrédite notre pays au point de faire fuir les potentiels investisseurs . On peut donc soutenir à la suite d’Alain Etchegoyen que pour éradiquer le mal de la corruption : « la première urgence est, non pas de faire feu, mais de la mettre en pleine lumière pour dissiper les ombres. [En effet], la répression est nécessaire, mais la prévention est d’une autre importance : elle n’est possible, [cependant], que si nous connaissons au mieux la mécanique de la corruption. » Sambou Sissoko

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Commentaires (17)

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TESSIRAN KOUMAGNÈ.
TESSIRAN KOUMAGNÈ. 9 ans
MOUSSA D LES VALEURS MORALES ONT BEL ET BIEN EXISTÉ CHEZ NOUS. ELLES ONT TOUT SIMPLEMENT DISPARU. AUJOURD'HUI TOUT LE MONDE CONNAÎT LA MÉCANIQUE DE LA CORRUPTION ET TOUT Y PARTICIPE : TRIBUNAL POLICE ÉCOLE HÔPITAL MOSQUÉE MORGUE CIMETIÈRE MARCHÉ PUBLIQUE MINISTÈRES PARTIS POLITIQUES....
Pkagame
Pkagame 9 ans
Dans les affaires/sociétés/cultures humaines on a une propension a l’égoïsme irrationnel donc la corruption...c'est pour cela qu'on a mis en place des entités souveraines (états) pour représenter et maintenir notre coté raisonnable donc moral! C'est simple, si un état qui a tout le pouvoir dans ce sens est assez infiltré par des personnes corrompus il devient la locomotive de la corruption et c'est fini pour la société. Il ne faut donc pas trop compliquer l'explication de la corruption: la première des choses c'est de trouver un bon état/autorité (la locomotive) et non de chercher une bonne société/culture etc.. y en a pas naturellement! Un suédois, par ex., n'est pas plus moral qu'un malien vice versa; il est plutôt mieux encadré etc.. (éduqué, mieux payé, moins exposé aux stimuli de la corruption etc...).. et qui l'a encadré de cette bonne manière? N'est pas l’état? Oui. Mais avec quoi un état encadre sa société (ses familles, sa culture, sa santé etc..) si ce n'est pas ses moyens financiers? Où trouve t-on alors ces moyens financiers pour un état (par héritage sans travail continu, par mendicité, a travers des ressources naturelles qu'on ramasse étant couché au lit, a travers la razzia et autre forme de vol etc..????)? Dans le travail serieux et la gestion saine des ressources (acquises et potentielles). La société suédoise, par ex., en général est plus intègre que la société malienne non par hasard...mais plutôt a la même proportion que l’état suédois est plus intègre que l’état malien...il n y a aucune magie! Aucune langue mielleuse de griots (mandingues) qui glorifie notre "passé correcte" ne peut changer ce fait!!! Dans un état comme le notre qui subi et ferme les yeux sur ses énormes pertes et manque - a- gagner, où 50% du budget NATIONAL va directement dans le FAUX, on aura jamais assez de moyens pour encadrer/former le malien contre la corruption. Or, les 50% restant du budget (le vrai budget) ne suffisent jamais a faire un vrai effet (dans l’éducation, dans la santé, dans l'augmentation de salaires etc..). RÉSULTATS: -- Pauvreté chronique dans la société...et combien un pauvre peut résister a la corruption? Que est ce que la corruption aux yeux d'une personne affamée (On dit qu'on a une fois posé un probleme de math a un affamé: "2+2 est égal a quoi?" il a répondu: "4 baguettes!"...loll .. -- Faible taux d’investissement en santé ( le taux de mortalité infantile le plus élevé au monde avec plus de 100 enfants qui meurent par 1000 naissances, l'un des taux de mortalité maternelle les plus élevés au monde ) -- Bas salaires parmi les plus bas au monde.. -- Administrateurs d’état corrompus...parmi les plus corrompus au monde (capable de tout pour l'argent..vente des passeports maliens, libration de vendeurs de drogue et d'autres criminels durcis etc.. vente de patrimoines clés de l’état, vente de marchés publics surfacturés etc..) C'est ainsi que le cycle de renouvellement d'agents de la corruption s’installe de façons quasi immuable: l’état corrompu incapable d'encadrer/former la société qui continue a produire des individus/agents de la corruption qui finissent par composer l’état qui produit encore de nouvelles générations du même genre! QUELLE EST DONC LA SOLUTION????? Quelle que soit la corruption d'une société il y aura toujours (comme l'autre dit) quelques individus qui survivent l’éducation du mauvais enseignant. Il y a même au Mali des "outliers"... des incorruptibles...ces hommes ont besoin d’accéder au pouvoir par accident électoral ( par Providence)...une fois au pouvoir, ces hommes vont tout droit au changement .."fin de la recréation"!!!! Il y 'aura des maliens qui vont fuir le pays, y 'en aura qui vont en prison, y en aura même qui vont mourir. La priorité de la politique générale (PG) de ces hommes: la prison la plus efficace au monde..c'est a dire une prison autosuffisante (où on cultive, on travaille, on produit pour se nourrir et s'acheter ses besoins). Cette prison sera construite sur une large superficie d'une terre très fertile a 150km au minimum de toute grande ville! Suivi d'une augmentation inédite de salaire des administrateurs et fonctionnaires d’état en contrepartie d'abandonner absolument la corruption de toute ses formes ..au risque d'aller en prison sans blague! Suivi d'investissement conséquente dans l’éducation avec un contrôle stricte sur l’implémentation et l’évaluation des programmes! Le reste va naturellement suivre. En 2013 les maliens espéraient que IBK soit cet "outlier"... nous attendons de voir en 2018 s'ils gardent ce même espoir sur lui. Sir PAUL l'est sans faute au Rwanda...il a coupé le cycle de renouvellement/ le rythme de la corruption.... il assure qu'il encadre/forme une generation remplaçante ..ainsi pour perpétuer une société des "burkina"/ "des hommes intègres"! Trouvons-nous plutôt une bonne locomotive qui peut nous diriger au burkina- land!
Cléoplatre
Cléoplatre 8 ans
Héritage colonial des siècles de domination occidentales du continent?
le zoologue
le zoologue 9 ans
Bel article, Sambou et tres a propos pour la societe malienne en particulier. Nous venons tous d'une societe agro-pastorale ou le travail et le partage de ses fruit etaient plus equitables. Depuis la fin du temps colon, il ya eu une migration en masse vers les villes qui a vraiment encourage le parasitisme chronique. Les moyens financiers legitimes des fonctionnaires ne leurs permettent pas de nourrir et de loger les tas d'ames qu'ils/elles ont en charge. Voila la racine du cancer de la magouille chez nous. Alors, on triche et vole pour se faire assez de fric pour prendre en charge sa macro-famille qui est constituee des bras valides faineants. Si chaque bras valide parasitique choisisait de se debattre un peu, la pression de voler diminuera a travers la societe entiere. On a vraiment besoins d'un type a la Paul Kagame qui n'hesitera pas de te caser la gueule s'il te surprends la mains dans le sac. Helas, on a au top des dirigeants qui sont pires que les p'tits fonctionnaire qui chassent leurs "worosongo" et "sourafen" comme des margouillats friands de mouche! Ces derniers volent des milliards de FCFA sequestres dans les banques occidentales au lieu de construire et faire avancer le pays in toto.
sangare
sangare 9 ans
Des hommes forts ou des institutions fortes pour lutter contre la corruption? Dans les pays scandinaves,toujours classés au peloton de tête de la bonne gouvernance,je ne pense pas que nous avons des hommes forts qui fassent que ces pays sont aussi meilleurs. Les institutions démocratiques mises en place par ces pays avec des pouvoirs limités accordés aux hommes politiques sont essentielles pour largement limiter la corruption. A l'état actuel de nos pays,il serait très difficile d'élire démocratiquement un homme fort qui imposera des pratiques de bonne gouvernance. Les alliances nouées,les financements de campagne limitent les marges de manoeuvre d'un homme politique à s'attaquer d'abord à ceux qui l'ont AIDER à accéder au pouvoir. Ce cas n'est pas propre à notre pays,les vieilles démocraties en sont confrontées. Ces démocraties avancées ont mis des mesures institutionnelles pour encadrer la gestion publique des hommes politiques . Des institutions de contrôles indépendantes des organes politiques dont les membres ne peuvent être ni nommés,ni démis par des hommes politiques . Nous n'avons pas des institutions indépendantes des hommes politiques. Même l'administration générale doit échapper à l' influence des hommes politiques. L'HOMME POLITIQUE ENCADRE TOUT.IL EST AU DÉBUT ET À LA FIN DE TOUT LE PROCESSUS DE GESTION PUBLIQUE. Des pouvoirs limités des hommes politiques aboutissent à l'installation d'institutions FORTES. Une structure comme le vérificateur général a vu son rôle limité sciemment par le président AMADOU TOUMANI TOURÉ. On peut créer une structure de contrôle avec des pouvoirs d'ester en justice indépendante des hommes politiques c'est à dire sa mise en place ne doit être confiée à aucun organe politique et ses membres doivent être des hommes qui n'ont jamais exercé de fonctions politiques. L'HOMME fort avec des comportements exemplaires est en général confronté à tellement de difficultés à exercer sa fonction que la société est corruptogène . Des institutions indépendantes permettent d'effacer l'homme afin d'empêcher la pression sociale. Dans le fonctionnement des institutions des mesures sont prises obligatoirement à la suite des rapports commandés conformément aux textes en vigueur car les structures de contrôle aussi subissent des contrôles de conformité de leurs actes aux textes en vigueur. La solution à la bonne gouvernance se situe à l'installation des institutions fortes. Aucun homme fort ne peut lutter contre une corruption installée dans les moeurs.
NOunluck13
NOunluck13 9 ans
IL n'y a pas de follie or de sorcellerie.C'est l'effondrement des valeurs morales et spirituelles qui est a la base.IL faut d'abord re-etablir nos valeurs morales et spirituelles. Deuxiement,corriger les causes intitutionelles et administratives.IL faut une education morale et civique des citoyens.
Moussa D
Moussa D 9 ans
les valeurs morales ne peuvent pas être rétablies parce qu'elles n'ont jamais existé.
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