Les politiciens maliens contre la République… quand elle ne les paie plus

Mobilisation des Maliens devant le palais de la culture à l’appel des partis politiques et des soutiens à la transition.

04 Mai 2025 - 01:42
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Les politiciens maliens contre la République… quand elle ne les paie plus

Mobilisation des Maliens devant le palais de la culture à l’appel des partis politiques et des soutiens à la transition, le 3 mai 2025.

Face aux recommandations des consultations nationales, les partis politiques maliens ont enfin levé la voix. Mais leur mobilisation du 3 mai pose une question cruelle : pourquoi ces leaders, si prompts à défendre leur existence, sont-ils restés si silencieux quand le Mali s’effondrait sous les coups du terrorisme, des crises diplomatiques ou du chaos sécuritaire ?

Ils étaient là, en masse. Ce samedi 3 mai, les devantures du Palais de la Culture Amadou Hampâté Bâ ont vibré au rythme des slogans et des klaxons de motos. Les partis politiques, réunient comme un seul homme – enfin ! – pour dénoncer leur dissolution, actée dans les recommandations issues des consultations nationales. On a vu des bannières, des figures connues, des militants mobilisés. Une démonstration de force. Du moins en apparence.

Mais cette soudaine fièvre citoyenne, aussi théâtrale que bruyante, soulève une question essentielle : où étaient ces partis quand le Mali saignait ?

Des silences coupables

Depuis 2021, le pays a été frappé par une succession d’horreurs :

Le massacre de 132 civils dans le cercle de Bankass.

L’attaque de l’aéroport de Sévaré, avec 61 blessés.

Les offensives coordonnées à Bamako contre la gendarmerie et la base aérienne.

L’abattage d’un drone malien par l’Algérie.

L’attaque du bateau Le Tombouctou, symbole de l’abandon du fleuve.

Le bras de fer dans des mercenaires ivoiriens.

La reconquête de Kidal après dix ans d’occupation.

Pas un mot. Pas une marche. Pas un communiqué à la hauteur. Rien, ou si peu. Comme si le deuil national était secondaire. Comme si l’intégrité territoriale n’était qu’une péripétie. Comme si la souffrance collective ne valait pas une mobilisation.

Et voilà que ces mêmes partis, aujourd’hui menacés de disparition administrative, se réveillent, s’agitent, se victimisent. La République serait en danger, affirment-ils. Mais laquelle ? Celle de la survie nationale ou celle de leurs sièges électoraux ?

Défendre des privilèges, pas des principes

Derrière les discours sur les « acquis démocratiques » et la « pluralité politique », c’est un autre enjeu qui se dessine : celui de la survie d’un système partisan souvent plus préoccupé par ses rentes que par l’intérêt général. Ce système, faut-il le rappeler, a conduit le pays au bord de l’effondrement. L’inefficacité de l’action publique, l’instrumentalisation des partis, le clientélisme institutionnalisé, la désaffection populaire. Tout  cela est le legs des années multipartisanes sans vision.

Certains de ces partis n’existent que sur le papier. D’autres se sont transformés en officines électorales, en agences de placement politique. Tous réclament aujourd’hui leur droit à continuer… mais peu ont fait la preuve de leur capacité à construire.

Un patriotisme à géométrie variable

Il y a quelque chose de profondément indécent à voir des hommes politiques réclamer « justice démocratique » dans un pays où des villages entiers ont été rayés de la carte sans qu’aucun d’entre eux ne prenne la parole. Où des soldats meurent chaque semaine dans le silence médiatique. Où des familles déplacées attendent, dans la poussière, un mot, un geste, un projet.

Où étaient les mobilisations pour le Mali meurtri ? Où étaient les marches pour Kidal, pour Sévaré, pour le pays Dogon ? Où étaient les pancartes quand l’armée tombait sous les balles, quand l’ONU dénonçait des crimes, quand la souveraineté nationale était piétinée ?

Une démocratie sans conscience

Le pluralisme est essentiel. Le débat est vital. Mais encore faut-il qu’il soit nourri par une conscience nationale, une colonne vertébrale républicaine. Défendre des droits formels sans jamais assumer des devoirs fondamentaux revient à trahir l’esprit même de la démocratie.

Les partis politiques maliens réclament aujourd’hui le droit d’exister. Mais le peuple malien, lui, attend qu’ils prouvent qu’ils méritent encore d’exister.

 

Chiencoro Diarra

Sahel Tribune

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Commentaires (4)

User
KAMANKOLE
KAMANKOLE 1 an
La principale discorde n'est que la suppression du financement public des partis politiques, toute autre réclamation n'est que bla-bla-bla. A bon entendeur, tant pis.
Brakna
Brakna 1 an
Depuis le coup d'État militaire de 2021 au Mali, la situation sécuritaire et politique du pays s’est fortement détériorée, alimentant une série d’événements violents et instables. Plusieurs causes peuvent être identifiées : 1. Fragilité institutionnelle et isolement international La junte a coupé ou fragilisé plusieurs partenariats internationaux, notamment les forces onusiennes, tout en misant sur des alliances controversées comme celle avec le groupe Wagner. Cet isolement diplomatique et militaire a affaibli la capacité de l’État à assurer la sécurité sur l’ensemble du territoire. 2. Multiplication des groupes armés et jihadistes L'État malien peine à contenir l’expansion de groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda (JNIM) ou à l’État islamique, surtout dans le centre et le nord du pays. Le massacre de civils à Bankass ou les attaques à Sévaré et Bamako traduisent cette montée en puissance des insurgés, souvent en réaction à des opérations militaires peu maîtrisées ou à des représailles. 3. Tensions régionales croissantes Les relations tendues avec certains pays voisins, comme l’Algérie (abattage du drone) ou la Côte d’Ivoire (affaire des mercenaires), traduisent un climat diplomatique dégradé. Ces tensions fragilisent la coopération régionale indispensable à la sécurité du Sahel. 4. Reconfiguration de l’autorité dans le Nord La reconquête de Kidal par l’armée malienne en 2023, après dix ans d’absence, a mis fin à un équilibre avec les anciens groupes rebelles touaregs. Ce retour en force s’est fait dans un contexte de rupture de l’Accord d’Alger, augmentant les risques d’un nouveau cycle de rébellion. 5. Abandon de certaines zones stratégiques L’attaque du bateau Le Tombouctou symbolise l’abandon partiel du contrôle de certaines infrastructures civiles et de liaisons vitales pour les populations, notamment le fleuve Niger, autrefois axe stratégique pour le transport et le commerce. La prise de pouvoir par la junte a entraîné une recentralisation autoritaire, des ruptures d’alliances, une militarisation accrue sans réel contrôle du territoire, et une polarisation des conflits internes et régionaux, plongeant le pays dans une spirale de violences et d’instabilité.
LeGoupil33
LeGoupil33 1 an
Mais il faut être rassuré, la garde d'Assimi Goïta est rémunérée ainsi que les mercenaires russes assurant sa protection. Pendant ce temps à Kayes, le Jnim oeuvre
Kinguiranke
Kinguiranke 1 an
Sale troll de la très maudite France tu vas mourir de chagrins et le Malikura avance!
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