Marche de protestation sur la primature : Le ras-le bol des journalistes maliens aux nouveaux maitres du jour

18 Juil 2012 - 00:14
Mis à jour: 14 ans
41

Intimidations, enlèvements et passages à tabac, trop, c’est trop et les journalistes maliens, visiblement très déterminés sont sortis de leur gond à la faveur d’une marche de protestation le mardi17 juillet. Ils se sont dits résolus à servir leur pays autant par la plume que par le micro au risque même de leur vie. C’est un signal fort lancé aux prédateurs de la presse qui deviennent de plus en plus nombreux depuis les événements du 22 mars 2012.

Il était, 9h15 hier mardi 17 juillet, quand l’impressionnant cortège de journalistes, des défenseurs des droits humains, des organisations de la société civile, ont pris le départ au siège du journal « L’Indépendant » à l’ACI 2000  en direction de la primature pour exprimer de vive voix leur colère contre les agressions,  dont les hommes de média sont l’objet, dans l’exercice de leur profession. Bouches scotchées, les photos des deux journalistes sauvagement agressés étaient très visibles sur un poster, le rédacteur en chef de « L’Aurore » Abdrahamane Kéïta et le Directeur de publication de « L’Indépendant » Saouti Labass Haïdara, dont le bras dans un plâtre et un sparadrap sur la tête témoignant toute la barbarie des fossoyeurs de la liberté de la presse. Sur une autre banderole,  on pouvait lire : « silence, on tue la presse malienne » où encore un autre slogan du genre « Où étaient le premier ministre, le ministre de la Sécurité intérieure et de la protection civile, le ministre de la justice ». Quand  le Directeur de publication du « Prétoire » Birama Fall et celui du « 22 Septembre » Chahana Takiou étaient interpellés respectivement  les 9 et 24 mai 2012 par la Sécurité d’Etat.  Où étaient les plus hautes autorités du pays quand le Directeur de la rédaction de « L’Aurore » Abdrahamane Kéïta a été enlevé, torturé et pillé le 2 juillet dernier ? La goute d’eau a débordé le vase, le 12 juillet, quand le Directeur de publication de « L’Indépendant » Saouti Labass Haïdara, un des doyens de la presse malienne, est enlevé, torturé et laissé pour mort, par des hommes lourdement armés. Comme si le bataillon partait à la chasse aux bandits armés. Hélas, le ridicule ne tue plus au Mali quand on ose braquer les journalistes avec des armes beaucoup plus utiles au nord qu’au sud. Sur un tout autre plan, c’est l’image de Norbert Zongo, cet autre grand journaliste burkinabé assassiné par les prédateurs de la presse que certains agitaient pour montrer tout le risque que peut courir un journaliste dans l’exercice de sa profession. En effet, c’est toute la crème de la presse malienne privée et publique qui a répondu vaillamment à l’invitation des organisations et associations professionnelles de la presse.  Les marcheurs sont partis du siège de « L’Indépendant » à l’ACI 2000 en passant par la place CAN, le monument de l’Obélisque avant de longer la grande avenue du Mali. Arrivée au niveau du monument « Kwamé N’Krumah », la longue file de journalistes, d’hommes politiques, des défenseurs des droits humains, de la société civile, a mis le cap sur la primature encadrée par un important dispositif sécuritaire composé de 400 à 500 éléments issus de la gendarmerie, de la police et de la garde nationale. Rien ne semble émousser l’ardeur des hommes de médias décidés à en découdre avec tous ceux qui veulent bâillonner la presse au Mali. Comme l’ont scandé de nombreux marcheurs en des termes fort évocateurs : « A bas le mensonge, A bas la calomnie, honte aux voleurs, l’armée au nord… ». Aux environs de 11 heures, le long cortège s’est immobilisé à l’entrée de la cité ministérielle avant de poursuivre cinq minutes plus tard sa longue procession jusque devant les bureaux du premier ministre. Il aura fallu deux heures de temps aux marcheurs pour avaler les trois kilomètres qui séparent le siège de l’Indépendant de la cité administrative. En raison de l’absence du premier ministre, Cheick Modibo Diarra, pour déplacement, il est revenu à son Directeur de cabinet, Oumar Kanouté, de recevoir les responsables des organisations professionnelles de la presse malienne. Ces derniers lui ont remis une déclaration dans laquelle, ils ont dénoncé les nombreuses atteintes graves à la liberté de la presse tout en réaffirmant haut et fort  que « personne ne nous empêchera de nous exprimer ».

Abdoulaye DIARRA

Réactions des acteurs politiques ayant participé à la marche d’hier Le CNID-FYT condamne ce lâche acte... C'est avec stupéfaction que le Comité Directeur et toute la famille du CNID-Faso Yiriwa Ton ont appris le lynchage de El Hadj Saouti Haïdara, Directeur de publication des journaux L'Indépendant et Bamako Hebdo. En cette douloureuse circonstance, le peuple du parti du soleil levant condamne avec la dernière énergie ce lâche acte qui n'honore pas ses auteurs. Il réaffirme son attachement à toutes les libertés en général et à la liberté de presse en particulier - un des piliers de la démocratie, exhorte les pouvoirs publics à ne ménager aucun effort pour rechercher les commanditaires et les punir.  Le parti que dirige Me Mountaga Tall adresse enfin ses vœux de prompt rétablissement à El Hadj Saouti Haïdara. Abraham Bengaly, président de l'Organisation des Droits Humains et de la Paix (ODHP) Cette marche est une manifestation importante pour protester contre la violation d'un droit fondamental, la liberté de la presse. La presse est un des piliers les plus importants de la démocratie malienne. Il faut veiller à la sauvegarde de la liberté de la presse, de l'intégrité et de l'indépendance des journalistes. On peut ne pas aimer ce que dit la presse, mais nul n'a le droit de menacer ou de porter atteinte à l'intégrité physique des journalistes. La mobilisation de ce matin est un message clair pour que cessent ces actes d'agression, d'intimidation des hommes des médias. Aucune atteinte à la liberté, aucune atteinte aux droits de l'homme, aucune tentative d'embrigadement des Maliens ne sera acceptée. Ceux qui commettent de tels actes doivent savoir qu'ils portent atteinte aux droits de tous les citoyens. Ils seront découverts et subiront les rigueurs de la loi. Honorable Boubacar Diarra, Député CNID-FYT : "Ces agressions ternissent l'image de notre pays " Je participe à la marche de protestation organisée par les journalistes parce qu'il s'agit de dénoncer des atteintes graves à des libertés fondamentales telles que la liberté d'opinion, la liberté d'expression, la liberté de penser, la liberté de presse. Je ne peux pas rester indifférent à une telle initiative. Il n'est pas normal qu'après avoir conquis de haute lutte ces espaces de libertés, des gens malintentionnés se livrent encore à des tentatives de musellement des journalistes en exerçant des actes de violences sur eux. En dehors de nos rapports d'amitié, voire de parenté avec de nombreux journalistes dont M. Saouti Haïdara, nous ne pouvons pas accepter de telles pratiques rétrogrades qui ne font que ternir l'image de notre démocratie. Ces agressions ternissent sérieusement l'image de notre pays. Honorable Arsiké Touré, député PDES : «Nous condamnons ces agressions» Nous sommes engagés à défendre la cause des journalistes. Même s’ils nous critiquent, c’est pour le bien du pays. Tous ceux qui s’attauqueront aux hommes des médias nous trouveront sur le chemin. Les autorités doivent faire toute la lumière sur ces agressions. Nous condamnons toute agression sur des journalistes. La liberté de la presse ( comme d’ailleurs toutes les autres libertés) est sacrée. Nous devons la défendre. Mamadou Sissoko, vice-président de l'URD" : Ce qui se passe est inadmissible" Je suis absolument heureux pour cette marche. Ce qui se passe est inadmissible. On ne peut pas comprendre ça dans un pays comme le Mali qui a fait sa révolution en 1991. C'est pourquoi je suis là pour soutenir et accompagner les camarades du FDR et encourager les journalistes. Ousmane Sy, ancien ministre de l'administration et membre fondateur de l'Adema: " Nous n'accepterons pas la remise en cause de la liberté de la presse " C'est une marche très encourageante. Ce qui est en cause aujourd'hui c'est la liberté de pensée, d'agir, des droits fondamentaux qui demeurent très importants et primordiaux dans un Etat de démocratie. C'est l'essentiel. Aujourd'hui, c'est cet essentiel qui est en cause. Et c'est pour cet essentiel que nous marchons. C'est de haute lutte, au sang de nos martyrs que la liberté de la presse a été arrachée. Nous n'accepterons pas la remise en cause de cette liberté. Le citoyen a des droits et des libertés inaliénables. La liberté de penser, de s'exprimer, d'agir, etc. Nous ne pouvons pas comprendre qu'à la phase actuelle de notre processus démocratique, des individus se transforment en oppresseurs du peuple en agressant des journalistes dans l'exercice de leurs professions. Nous condamnons vigoureusement ces actes criminels. Et nous disons que tous les oppresseurs finissent par payer un jour. Ils vont payer.     Rassemblés par Bruno D S, Moussa Sidibé &Ramata S Kéita

Quelle est votre réaction ?

Like Like 0
Je kiff pas Je kiff pas 0
Je kiff Je kiff 0
Drôle Drôle 0
Ouah Ouah 0
Triste Triste 0
Hmmm Hmmm 0

Commentaires (41)

User
kba
kba 14 ans
Sous Alpha des journalistes ont été frappé plus particulièment Mr Komaré de la ROUE il n'y a pas eu de manifestation pourquoi aujourd'hui.Les journalistes maliens sont des corrompus des intoxicateurs de la sociéte malienne manipulés par les hommes politiques . Vous pouvez marcher jusqu'a Gao si vous voulez. Vous étes nulle de toutes les façons.
virgule
virgule 14 ans
La journée "sans presse" d'hier a été une journée sans mensonge. Seules les vendeuses de "FROU-FROU" en ont quelque peu souffert.
koudis 14 ans
:lol: :lol: Heyi sabali virgule :twisted:
virgule
virgule 14 ans
N'sabalila
ivoirien
ivoirien 14 ans
ils non rien vu dabor ,ce pa eux qui insulte wattara dan leur ecrire ??!! :-D
Le Capitaine Sanogho
Le Capitaine Sanogho 14 ans
"SAOUTISER" est un nouveau verbe du premier groupe. Il signifie arreter, brutaliser ou torturer un journaliste.
Le Capitaine Sanogho
Le Capitaine Sanogho 14 ans
"...Je journalisme consiste a' rechercher,verifier, situer dans son context, hierarchiser, mettre en forme, commenter et publier une information de qualite'." Comme j'ai eu a' le souligner, je ne suis pas journaliste et je n'aime pas parler des choses que je ne connais pas mais j'etais pigiste et on me payait 5000 FCFA par betise ecrite et... publie'e. Si ma betise n'etait pas publie'e parce que les dieux n'aimaient pas ce qui s'y trouvait, on ne me "SAOUTISAIT" PAS. L'ecrit etait tout simplement censure' et le chomeur que j'etais perdais financierement. Pour avoir travaille' avec des journalistes professionnels, j'ai une ide'e de la profession et de la vie d'un journaliste. Le metier est noble et ingrat. Aujourd'hui avec les nouvelles technologies et les....blogs, chacun se croit journaliste. Mes amis de la presse, je comprends parfaitement le sort qui s'impose a' vous. Je suis educateur et administrateur de l'education. Des fois,je me fache quand j'ai en face de moi, une personne qui ne connait rien de la pedagogie mais qui me dis comment on doit enseigner. Vous me permettrez de jouer le role de mon ignorant qui s'est auto-proclame' pedagogue et expert de l'education, pour vous rappeler les points suivants qui representent les ethiques du journalisme: - Soyez integres. - Evitez les conflits d'interets. Par respect pour votre audience, citez les noms des politiciens, des compagnies et de toutes les personnes qui vous soutiennent financierement. - Respectez certains domaines prive's. Soyez tres prudents a' propos des enfants des hommes politiques et des dirigeants. - Ne violez pas les lois. Rappelez-vous que certaines informations peuvent mettre en danger des vies humaines. - Verifiez l'information avant de la publier. - Soyez objectifs et non subjectifs dans vos analyses. - N'inventez pas l'information qui n'existe pas. - Ne copiez pas. Les sources qui peuvent etre cite'es doivent l'etre. SOYONS SAGES, RESPONSABLES, PRAGMATIQUES ET REALISTES!!!!!
koudis 14 ans
Merci mon Capitaine, nous souhaitons tous qu'on ne touche pas aux journalistes !!! Que les journalistes aussi comprennent qu'ils ne doivent pas jouer avec le feu dans un contexte si tendu !!! J'ai suivi un module de 12h en journalisme en Licence mais cela n'a jamais fait de moi un journaliste car c'est une formation à part entière !!! On ne devient journaliste parce qu'on sait parler français et sait l'écrire!!! Que chacun mette de l'eau dans son vin et le Mali ira mieux pour tous!!!
Le Capitaine Sanogho
Le Capitaine Sanogho 14 ans
You are a wise man!
Les commentateurs les plus actifs de la semaine:
  • Kinguiranke (140)
  • Nfp (59)
  • Kankan (42)
  • Citoyen du monde (35)
  • Sylla (24)