Affaire Chahana Takiou : Human Rights Watch demande l'annulation de la poursuite judiciaire

Alors que les autorités maliennes déploient un trésor d'ingéniosité pour redorer le blason du Mali à l'extérieur, les poursuites judiciaires engagées contre...

15 Août 2026 - 09:14
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Affaire Chahana Takiou : Human Rights Watch demande l'annulation de la poursuite judiciaire

Alors que les autorités maliennes déploient un trésor d'ingéniosité pour redorer le blason du Mali à l'extérieur, les poursuites judiciaires engagées contre les journalistes Chahana Takiou et Abderrahmane Kéita offrent à des organisations dotées d'une voix particulièrement audible sur la scène internationale l'occasion de naviguer à contre-courant.

 Une campagne d'indignation et de protestation se dessine déjà, Human Rights Watch et Reporters sans frontières ayant donné le ton.

Poursuivi pour "atteinte au crédit de l'Etat à travers l'institution judiciaire", à la suite de propos tenus lors du Forum africain des médias que le Mali avait l'honneur d'abriter, le journaliste Chahana Takiou, directeur de publication du journal Le 22-Septembre, a été jugé et condamné le 3 août 2026. Il a écopé d'une peine d'un an d'emprisonnement, dont six mois ferme. Ce verdict a annihilé tous les efforts entrepris pour ne pas en arriver là. Il s'agit notamment des multiples démarches engagées par les organisations professionnelles des journalistes du Mali et de la sous-région, auxquelles se sont ajoutées celles de bonnes volontés ayant œuvré pour obtenir un renoncement aux poursuites engagées ou, à défaut, un verdict favorable lors du jugement. Disons un verdict à la fois d'avertissement et d'apaisement. Le couperet de dame Justice s'est donc abattu lourdement sur Chahana Takiou, après que la liberté provisoire lui eut été refusée durant sa détention préventive. Ce, malgré l'insistance de ses avocats, qui avaient porté à l'attention de la partie poursuivante l'état de santé du journaliste, diabétique et confronté à des complications cardiovasculaires. Cet état de santé fragile avait également été évoqué lors du procès pour en appeler à la clémence du tribunal, sans succès.

Ce verdict contre Chahana Takiou conduit naturellement à s'interroger sur le sort d'un autre journaliste : Abderrahmane Kéita, directeur de publication du journal Le Témoin, lui aussi poursuivi par la justice à la suite de propos tenus sur la situation sécuritaire à Kidal lors d'une émission télévisée. Il est actuellement sous le coup d'une détention préventive. Quelle sera donc la décision de la justice à son endroit, si l'on sait que les démarches évoquées ci-dessus par les organisations professionnelles de la presse le concernaient également ?

Comme il fallait s'y attendre, l'information relative à la condamnation de Chahana Takiou, ayant rapidement fait le tour du monde grâce à Internet, a suscité des réactions à l'extérieur, et pas des moindres. La très audible organisation de défense des droits humains et de la liberté d'expression, Human Rights Watch (HRW), a ainsi rendu publique une déclaration dans laquelle elle demande aux autorités maliennes de libérer le journaliste.

Mieux, HRW demande l'annulation de la peine et l'abandon des poursuites judiciaires contre Chahana Takiou. Cette réaction s'ajoute à celle de Reporters sans frontières, qui suivait le dossier depuis le début, en collaboration avec les organisations nationales de la presse malienne. La demande de HRW inclut également le cas du journaliste Abderrahmane Kéïta. L'organisation fonde sa demande sur le principe selon lequel "personne ne devrait être condamné à une peine de prison pour avoir exprimé pacifiquement une opinion". Elle dénonce également une "utilisation abusive" de la législation sur la cybercriminalité, qui constituerait, selon elle, un moyen de museler des voix discordantes.

Human Rights Watch donne donc le ton à une internationalisation des affaires Chahana Takiou et Abderrahmane Kéita. Cela tombe au mauvais moment, car le Mali, résilient face à toutes les campagnes extérieures de dénigrement, s'emploie à redorer son blason sur la scène internationale. Par conséquent, il n'a certainement pas besoin d'un nouveau tollé autour de questions judiciaires impliquant des journalistes.                             

La Rédaction