Dr. Abdoul Latif Aïdara sur le 1er anniversaire de la résolution 2797 du conseil de sécurité : "La Résolution 2797 demande aux parties de participer aux discussions sans conditions préalables et sur la base du plan d'autonomie proposé par le Maroc"

"L'Initiative atlantique, qui ouvre l'océan aux pays enclavés du Sahel, montre que le Sahara marocain n'est pas une périphérie disputée. Il devient un carrefour".

31 Oct 2026 - 01:55
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Dr. Abdoul Latif Aïdara sur le 1er anniversaire de la résolution 2797 du conseil de sécurité : "La Résolution 2797 demande aux parties de participer aux discussions sans conditions préalables et sur la base du plan d'autonomie proposé par le Maroc"

Un an après l'adoption de la Résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies, Dr. Abdoul Latif Aïdara, directeur général du Cispaix et coordonnateur d'UPEACE pour l'Afrique francophone, livre son analyse des enjeux politiques et diplomatiques du texte. Il estime que cette résolution ouvre une nouvelle phase de négociation autour du plan d'autonomie marocain et appelle à des avancées concrètes, notamment sur le contenu du statut proposé, l'inclusion des populations concernées et l'évolution du rôle de la Minurso.

Aujourd'hui-Mali : Le 31 octobre 2025, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la Résolution 2797 relative au Sahara. Un an après, quelle est, selon vous, la portée politique et diplomatique majeure de cette résolution pour le Maroc ?

Dr. Abdoul Latif Aïdara : Je me souviens très bien de ce 31 octobre 2025. J'ai suivi le vote en direct depuis Dakar et j'ai eu le sentiment, rare dans une vie de chercheur, d'assister à un basculement. Je présente chaque année une pétition devant la Quatrième Commission. Je connais donc la lenteur de ce dossier, ses formules répétées d'une année sur l'autre et ses équilibres verbaux soigneusement dosés. Cette fois, le langage a changé.

Pour la première fois, le Conseil ne se contente plus de saluer le plan marocain. Il prend note du soutien exprimé par de nombreux États membres et affirme qu'une autonomie véritable sous souveraineté marocaine pourrait constituer la solution la plus réalisable. Après dix-huit ans, la communauté internationale indique enfin clairement où se trouve, selon cette approche, la solution.

On me rétorque parfois que ce n'est "qu'une résolution de plus". Je réponds que les mots, au Conseil de sécurité, sont des actes. Le plan marocain y est cité quatre fois, alors que les résolutions précédentes cantonnaient l'autonomie au préambule. Et surtout, le référendum a disparu du texte. Quand on connaît la rigueur avec laquelle chaque virgule est négociée à New York, ce n'est pas un détail. C'est un changement de paradigme.

Une autre objection porte sur les abstentions. Onze membres ont voté pour, trois se sont abstenus - la Russie, le Pakistan et la Chine - et l'Algérie n'a pas pris part au vote. Certains y voient une adhésion incomplète. Je les invite à regarder ce qui ne s'est pas produit : personne n'a voté contre. Aucun membre permanent n'a utilisé son veto, alors que deux d'entre eux auraient pu le faire. En diplomatie, une abstention d'une grande puissance est souvent une manière de dire : "Nous ne ferons pas obstacle". C'est un message en soi.

Cette résolution met en avant le plan d'autonomie proposé par le Maroc comme base de négociation. En quoi cette orientation constitue-t-elle une évolution importante dans les efforts internationaux visant à parvenir à un règlement politique de la question du Sahara ?

Pendant trente ans, on a tourné en rond autour d'une seule question : qui vote ? L'identification du corps électoral a épuisé plusieurs envoyés personnels, et l'ONU elle-même a fini par reconnaître que le référendum était inapplicable. La Résolution 2797 sort de cette impasse. Elle demande aux parties de participer aux discussions sans conditions préalables et sur la base du plan d'autonomie proposé par le Maroc. On ne discute plus de l'existence du cadre. On discute de son contenu. C'est toute la différence entre une négociation qui piétine et une négociation qui avance. J'entends l'objection principale, et je la prends au sérieux : la résolution trahirait le droit à l'autodétermination. Ma réponse est simple. Le texte lui-même parle d'une solution qui assure l'autodétermination et la place dans le cadre de l'autonomie. Le Conseil ne renonce donc pas au principe. Il en précise la forme.

Le droit international n'a jamais réduit l'autodétermination à la seule indépendance. La Résolution 2625 de l'Assemblée générale le dit clairement : la libre association, l'intégration ou tout autre statut librement décidé sont des modes légitimes de son exercice. Le Groenland, les îles Åland, la Catalogne et le Québec : partout dans le monde, des peuples exercent leur droit à disposer d'eux-mêmes au sein d'Etats souverains. Pourquoi ce qui est considéré comme une vertu en Europe deviendrait-il suspect en Afrique ?

On objecte aussi qu'une négociation "sur la base" d'un plan proposé par une seule partie serait déséquilibrée. Mais le Conseil se dit prêt à accueillir toute suggestion constructive des parties en réponse au plan d'autonomie. La porte est ouverte. Ce qui est fermé, c'est le retour aux illusions. Et cela fonctionne. Trois cycles de discussions se sont tenus au premier trimestre 2026, avec le Maroc, le Front Polisario, l'Algérie et la Mauritanie, dans le cadre d'une facilitation associant les Nations unies et les États-Unis. Il y a deux ans encore, réunir ces quatre acteurs autour d'une même table relevait de la fiction diplomatique.

Au-delà de sa portée diplomatique, quelles sont les prochaines étapes que le Royaume du Maroc doit privilégier pour traduire cette dynamique onusienne en avancées concrètes vers une solution durable ?

Une résolution, même historique, ne vaut que par ce qu'on en fait. Je vois quatre chantiers.

Le premier est de donner corps à l'autonomie. On a longtemps reproché au plan de 2007 d'être un document de principes, trop général. C'était en partie vrai. Le Maroc l'a compris : il aurait présenté une version révisée, assortie d'un plan détaillé, afin de donner une base plus concrète aux négociations.

Il faut aller plus loin et préciser qui légifère sur quoi, qui gère les ressources, comment est élu l'exécutif régional et quelles garanties constitutionnelles protègent ce statut. Plus l'offre sera précise, plus il sera difficile de la rejeter.

Le deuxième est de laisser parler les faits sur le terrain. A ceux qui parlent encore d'"exploitation" des provinces du Sud, je réponds en les invitant à Dakhla. J'y conduis chaque année mes étudiants en voyage d'étude et ce qu'ils découvrent n'a rien à voir avec les clichés : des infrastructures, des universités, un port atlantique en construction et des élus locaux issus des populations sahraouies.

L'Initiative atlantique, qui ouvre l'océan aux pays enclavés du Sahel, montre que le Sahara marocain n'est pas une périphérie disputée. Il devient un carrefour.

Le troisième est l'inclusion. Le rapport du secrétaire général évoque une "consultation significative" des populations du Sahara. Certains y verront une brèche. J'y vois une opportunité. Le Maroc a tout intérêt à associer pleinement ses élus, ses notables, sa jeunesse et ses femmes sahraouies à la définition de leur propre statut. Une autonomie qui se construit avec les populations est une autonomie difficile à contester.

Le quatrième est de repenser la Minurso. Le secrétaire général recommande une prorogation jusqu'au 31 octobre 2027, et le Conseil doit se prononcer avant l'expiration du mandat actuel, le 31 octobre 2026. Une mission dont le nom même contient le mot "référendum" doit évoluer avec le processus. Il faut réfléchir à une présence onusienne tournée vers l'accompagnement d'un accord, et non plus vers un scrutin que le Conseil a lui-même rayé de son vocabulaire.

La question du Sahara demeure au cœur des débats diplomatiques régionaux. Selon vous, comment le Maroc entend-il poursuivre le dialogue avec les différentes parties concernées, dans le respect du cadre des Nations unies, afin de favoriser un règlement politique ?

Je vais vous parler en homme qui a passé une partie de sa vie dans les médiations en Casamance. J'y ai appris une chose : on ne fait pas la paix avec ses amis, on la fait avec ceux qui sont de l'autre côté de la table. Et on ne la fait jamais en humiliant l'autre.

Avec l'Algérie, Alger a longtemps soutenu qu'elle n'était qu'un "observateur". La Résolution 2797 tranche ce débat en la nommant parmi les parties appelées à négocier. Le président Tebboune a estimé que soutenir le plan d'autonomie risquait de "légitimer l'occupation".

Je comprends que ce dossier soit chargé d'histoire et d'émotion à Alger. Mais je pose une question simple : à qui profite le statu quo ? Certainement pas aux familles qui vivent depuis près de cinquante ans dans les camps de Tindouf. Pas davantage à un Maghreb qui reste l'une des régions les moins intégrées du monde.

Sa Majesté le Roi Mohammed VI a tendu la main à plusieurs reprises, et cette main reste tendue.

Avec le Polisario, le mouvement se dit prêt à des pourparlers directs, pourvu qu'ils respectent les principes onusiens et la Charte de l'Union africaine. J'en prends acte. Le cadre onusien existe, et c'est précisément la Résolution 2797. On ne peut pas invoquer l'ONU tout en refusant ce que décide son Conseil de sécurité.

Avec la Mauritanie, le dialogue est fraternel. Nouakchott a demandé une clarification consensuelle des frontières. C'est une demande légitime, qui devra être traitée entre voisins de bonne foi.

Avec l'Afrique, enfin. Mon propre pays, le Sénégal, a ouvert un consulat à Dakhla. Ce n'est pas un geste de complaisance. C'est la conviction que la stabilité du Sahara est une condition de la stabilité de toute l'Afrique de l'Ouest.

Dans un Sahel en proie au terrorisme, que je documente depuis des années, la création d'un micro-Etat fragile au cœur de cet espace serait une aubaine pour les groupes armés. L'autonomie au sein d'un État solide constitue aussi, à mes yeux, une réponse sécuritaire.

Propos recueillis par El Hadj A. B. HAIDARA

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