Baptême de la Rue Dr Keletigui Abdourahamane à Niamey : La famille Mariko rend hommage à son patriarche
Dans le cadre de la cérémonie de baptême de la Rue Dr Keletigui Abdourahamane MARIKO à Niamey (République du Niger), tenue le mardi 23 décembre 2025, sous le patronage de l’Administrateur Délégué de la ville de Niamey, la famille Mariko a rendu un vibrant hommage à son patriarche, décédé il vingt-huit ans.
La cérémonie s’est déroulée à l’espace contiguë à l’Hôtel Royal Palace, situé à la rue de l’échangeur Mali Béro. Lisez l’intégralité du discours lu par Abdourahamane Boubacar MARIKO !
Monsieur l’Administrateur Délégué de la Ville de Niamey,
Parents, alliés et amis d’ici et d’ailleurs, Chers amis des médias, Mesdames et messieurs ! Permettez-moi, à l’entame de cette allocution, et au nom de la Famille Mariko, des familles alliées et amies présentes ici ce matin, ainsi qu’au nom de tous ceux qui au Niger, au Burkina Faso, au Mali et à travers le monde n’ont pas pu se joindre à nous, en ce jour mémorable, de vous exprimer, Monsieur l’Administrateur Délégué, notre profonde reconnaissance, notre gratitude et nos sincères remerciements, pour l’heureuse décision que vous avez prise, de rendre honneur et hommage au Dr Kélétigui Abdourahamane MARIKO, notre regretté et très-aimé disparu.
Je voudrais ensuite et avant de poursuivre mon propos, vous inviter, mesdames et messieurs, à observer une minute de silence en sa mémoire. Merci. Kélétigui Abdourahamane MARIKO, mon Grand-père, nous a quitté il y a exactement 28 ans et 20 jours, le 3 décembre 1997 à l’âge de 76 ans. Ce jour-là, alors que mon père dont c’était aussi l’anniversaire était à son chevet, il lui dit d’une voix lasse, inhabituelle : « Je suis fatigué, très fatigué ».
Et après avoir répété cette phrase 2 ou 3 fois, il rendit l’âme, paisiblement, dans les bras de son fils.
Cette grande fatigue qu’il disait ressentir quelques instants avant de nous quitter, exprimait en réalité ce qui devait conclure la vie d’un homme entièrement et constamment dévouée au service de ses concitoyens, la vie d’un travailleur infatigable, que la nature avait doté d’une énergie exemplaire et pour qui il y avait toujours quelque chose d’utile à faire, pour le bien de tous.
Quand sa mort fut annoncée, on put lire notamment dans le Sahel, le Sahel Dimanche, certains médias internationaux et de la sous-région, je cite : « Le mercredi 3 décembre 1997, une des grandes étoiles du Niger et du continent africain, le Dr Kélétigui Abdourahamane MARIKO, savant au vrai sens du terme, chercheur, environnementaliste, traditionniste, écrivain, journaliste, touche à tout que rien ne laissait indifférent, mourait à l’âge de 76 ans. » 2
« A l’âge où ceux de sa génération goûtaient aux délices d’une retraite bien méritée, lui servait encore à SOS-Sahel International Niger pour venir en aide à ses frères déshérités et défavorisés de la fortune, tout en continuant à écrire, ce qui était sa passion première. »
« Il incarnait pour la jeune génération l’Afrique intemporelle des mythes et des légendes, celle des chasseurs invisibles, des dieux du fleuve, de la terre, des maîtres du feu et du fer et des questionnements essentiels. »
« Contemporain et ami d’Amadou Hampâté Bâ, de Birago Diop, d’Ousmane Socé, de Boubou Hama, de Damouré Zika et de nombreuses autres figures illustres de l’Afrique qui se battaient pour l’indépendance, le Dr MARIKO a mené de pair une carrière professionnelle bien remplie et d’écrivain fécond, bien que de formation scientifique. »
« Ainsi a-t-il côtoyé, observé, écouté, noté et discuté avec les meilleurs sachant disponibles, conteurs, griots, historiens, traditionnalistes dans toutes les régions où l’ont conduit ses activités de fonctionnaire de l’AOF puis du Niger, de Dakar à Bamako, Kita et Bafoulabé, de Gao, Ansongo et Ménéka à Ouahigouya en Haute-Volta, l’actuel Burkina Faso, de Magaria, Zinder et Matamèye à Agadès, de Niamey à Kokomani, Ouro Guéladio et Torodi, pour ne citer que cela. »
« Parcourant les vastes espaces de l’ouest africain, des plaines du Macina aux confins des montagnes de l’Aïr et du Ténéré, ou des rives du Lac Tchad, il consignait tout ce qu’il voyait ou entendait, dès lors que cela pouvait présenter un intérêt quelconque à son esprit vif, curieux, critique et toujours intéressé. » Fin de citations !
Né à Zinder en 1921, il y fut inscrit à l’école primaire en 1929, bénéficiant de l’enseignement colonial le jour et l’enseignement coranique la nuit, avant d’aller à l’Ecole Supérieure de Niamey de 1935 à 1938, à l’Ecole William Ponty de 1938 à 1941, puis à l’Ecole Vétérinaire de Dakar de 1941 à 1944. Dans chacun de ces établissements, il fut désigné responsable de la bibliothèque et des archives, en raison de son amour pour les livres et les écrits d’une manière générale.
A l’issue de ses études, il exerça les fonctions de Vétérinaire Principal au Soudan Français, l’actuelle République du Mali, en Haute-Volta, l’actuel Burkina Faso et au Niger de 1944 à 1960.
Après l’accession de notre pays à l’indépendance en 1960, il occupa différents postes dans l’administration nigérienne, principalement au service du monde rural pour lequel il avait toujours nourri intérêt, respect, considération et dévouement. C’est ainsi qu’il fut successivement :
- Directeur du Paysannat, de la Mutualité et de l’Habitat,
- Directeur de l’Union Nigérienne de Crédit et de Coopération, UNCC, de 1961 à 1970
- Directeur de la Caisse Nationale de Crédit Agricole, CNCA, de 1961 à 1970
- Conseiller économique à l’Ambassade du Niger à Bruxelles auprès de la Communauté Economique Européenne, l’ancêtre de l’actuelle Union Européenne, de 1971 à 1973
- Représentant Permanent du Niger à la FAO de 1971 à 1973
- Officier de Liaison de la Campagne Mondiale contre la faim avec rang de Chargé de Programme des ONG auprès du CILSS à Ouagadougou de 1974 à 1976, année où il fut admis à faire valoir ses droits à la retraite.
Mais comme vous l’imaginez aisément, pour un tel esprit, il ne pouvait y avoir de retraite.
Parallèlement à ses activités professionnelles, il fréquenta très tôt tout l’éventail des connaisseurs du domaine ésotérique qui peuplent l’Afrique subsaharienne, chefs traditionnels, leaders religieux, marabouts, féticheurs, griots, chasseurs, forgerons, adeptes des religions du terroir, auprès desquels, il ne cessa de recueillir une importante moisson d’informations constituant une part essentielle de notre identité collective, dont le cousinage ou parenté à plaisanterie, dont il fut un actif promoteur et sur lequel il a beaucoup écrit.
Fondateur de SOS-Sahel International Niger en 1981, cet homme gardait 2 passions majeures, à savoir son pays le Niger et les questions de développement socio-économique du Sahel, dont il fut toujours un défenseur ardent, déterminé et infatigable, partout où il était question de nos pays et du sort de nos populations, de la FAO à Rome aux Nations Unies à New-York, de l’Union Européenne à Bruxelles à l’OUA à Addis-Abeba, etc.
Pour Kélétigui Abdourahamane MARIKO, seules comptaient la dignité des hommes, leur éducation en tant que citoyens et comme agents dynamiques du développement, dans le cadre de l’unité nationale, sans laquelle tout le reste est vain. Il répétait souvent, à la maison comme dans les médias et à l’occasion de divers fora et conférences publiques que les problèmes du Niger sont structurels, nombreux, complexes et préoccupants.
Afin de les résoudre, son intime conviction était que les nigériens, par-delà leurs différences ethniques, régionales, religieuses, idéologiques ou politiques, devraient résolument se tendre la main fraternellement, sans calcul aucun, afin d’unir leurs efforts constructifs face aux enjeux et aux défis de l’heure, au lieu de gaspiller leur temps et leur énergie, à se dénigrer, à s’insulter et à se vouloir inutilement du mal. Il y a tellement de choses importantes et urgentes à faire dans notre pays disait-il, qu’il est inadmissible que les nigériens se laissent aller à des zizanies interminables pour de petites et de mauvaises raisons.
Pour le citoyen optimiste qu’il était, nous nigériens, devrions poursuivre sans relâche ni distraction la construction d’une Nation nigérienne forte et fière de toutes ses composantes humaines et culturelles, objectif sacré qu’il plaçait toujours au-dessus de toute autre considération, quelle qu’elle fut. Et c’est sur ces bases qu’il formata sa descendance !
Il rêvait d’un Niger de solidarité sociale et économiquement prospère, où chaque enfant de notre vaste pays irait à l’école dans de bonnes conditions et aurait les opportunités de se
réaliser par ses efforts propres et dans la dignité. Oui, il rêvait d’un Niger grand parmi les nations africaines et en réalité ce n’était pas qu’un simple rêve : il avait la conviction chevillée au corps que nous pouvons bâtir ce Niger-là, à la seule condition de le vouloir réellement et de nous en donner les moyens.
Abdourahamane Boubacar MARIKO