Excision au Mali : Aller au-delà de la sensibilisation ?

Malgré les justifications culturelles et religieuses, les lois nationales et internationales protègent l’enfant en condamnant les atteintes à son intégrité physique.

24 Août 2026 - 11:33
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Excision au Mali : Aller au-delà de la sensibilisation ?

Au Mali, l’excision continue d’être pratiquée sur des milliers de petites filles chaque année. Justifiée par certains comme une tradition ou une exigence religieuse, cette pratique expose pourtant les enfants à de graves dangers sanitaires et psychologiques. Or, le cadre juridique malien et international considère chaque enfant comme une personne à protéger jusqu’à l’âge de la maturité. Un paradoxe qui relance le débat sur la nécessité de mesures fortes de l’État pour y mettre fin.

 Une tradition aux lourdes conséquences

Dans plusieurs localités du Mali, l’excision est encore perçue comme un rite obligatoire pour les filles. Pour de nombreux parents âgés, il s’agit de préserver "l’honneur de la famille" et de se conformer à la coutume. D’autres avancent l’argument religieux. Or, cette pratique n’existe pas dans les pays du Maghreb à majorité musulmane, ce qui démontre qu’elle n’est pas une obligation religieuse.

Sur le plan médical, les conséquences sont lourdes. Les professionnels de santé alertent sur les risques d’hémorragie, d’infections, de complications lors de l’accouchement et de traumatismes psychologiques. Dans les cas les plus graves, l’excision peut même conduire au décès de la fillette.

Un cadre légal qui protège l’enfant

Le Mali dispose pourtant d’outils juridiques protégeant les enfants. Ainsi la Constitution malienne garantit le droit à la santé et à l’intégrité physique. La Loi N°2015-052 portant Code de Protection de l’Enfant stipule que l’enfant est toute personne âgée de moins de 18 ans et que son intérêt supérieur doit être une considération primordiale. Toute pratique portant atteinte à sa santé entre donc en contradiction avec ce principe.

De plus, le Mali a ratifié la Convention relative aux Droits de l’Enfant et la Charte Africaine des Droits et du Bien-être de l’Enfant, qui engagent l’État à éliminer toutes les pratiques traditionnelles préjudiciables à la santé des enfants.

Le principe est clair: juridiquement, un enfant est innocent et ne peut donner son consentement tant qu’il n’a pas atteint l’âge de la maturité.

 L’urgence d’une action de l’État

Face à ce constat, les acteurs de la société civile et du secteur de la santé appellent l’État à aller plus loin. Si la sensibilisation a permis des avancées, l’absence d’une loi spécifique criminalisant l’excision limite encore la répression. « Il faut des campagnes massives, l’implication des leaders religieux et coutumiers et l’application effective des lois existantes », plaide une responsable d’association de défense des droits des femmes à Bamako.

L’excision laisse sans voix de nombreuses femmes et filles qui en gardent les séquelles toute leur vie. Entre respect des traditions et impératif de santé publique, le Mali se trouve à un carrefour. Protéger les filles, c’est protéger l’avenir du pays. L’heure est à la responsabilité collective: celle de l’État, des communautés et de chaque famille.

Par Fatoumata Djourté