Affaire Ras Bath et Rokia Doumbia : 10 ans de prison requis contre le chroniqueur

Poursuivis pour association de malfaiteurs et atteinte au crédit de l'Etat, Mohamed Youssouf Bathily dit Ras Bath risque 10 ans de prison ferme, tandis que 10 ans de prison, dont 5 avec sursis, ont été requis contre Rokia Doumbia.

15 Août 2026 - 08:59
 0
Affaire Ras Bath et Rokia Doumbia : 10 ans de prison requis contre le chroniqueur

Après deux jours d'audience devant la chambre criminelle de la Cour d'appel de Bamako, le verdict est attendu pour le 17 août 2026.

Détenus pour association de malfaiteurs et atteinte au crédit de l'Etat par le biais des technologies de l'information et de la communication, les accusés Mohamed Youssouf Bathily et Rokia Doumbia ont comparu devant les jurés de la chambre criminelle de la Cour d'appel de Bamako, le lundi 10 août 2026. Après deux jours d'audience, le délibéré est attendu pour le 17 août.

Les faits

Courant 2023, les nommés Rokia Doumbia et Mohamed Youssouf Bathily auraient mutualisé leurs efforts pour jeter le discrédit sur la gouvernance de la Transition, à travers des déclarations jugées incendiaires, tenues soit dans des émissions radiophoniques, soit lors de rencontres publiques, avant d'être relayées sur les réseaux sociaux. Ainsi, pendant que Rokia Doumbia rendait les autorités de la Transition responsables de la flambée des prix des produits de première nécessité, Mohamed Youssouf Bathily, quant à lui, imputait la mort de l'ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga aux tenants du pouvoir, soutenant que celui-ci, loin d'avoir rendu l'âme de façon naturelle, avait été purement et simplement assassiné.

Amplifiés par les réseaux sociaux, leurs agissements auraient été à l'origine de graves troubles à l'ordre public, tendant à déstabiliser le régime. C'est à la suite de ces incitations répétées à la violence que les susnommés ont été interpellés et conduits devant le parquet compétent, lequel a décidé de l'ouverture d'une information judiciaire contre eux pour les faits susmentionnés.

Les inculpés Rokia Doumbia et Mohamed Youssouf Bathily se sont inscrits dans une dénégation systématique des faits qui leur sont reprochés. Il demeure cependant constant, selon les pièces du dossier et les éléments audiovisuels versés à la procédure, que les inculpés susnommés auraient, de concert, œuvré à saborder les actions des autorités de la Transition et les institutions de la République, dans l'unique dessein d'inciter les populations à se révolter contre le régime en place.

A l'ouverture du procès, Me Ladji Traoré a soulevé une exception portant sur une incrimination fondée sur l'ancien texte, sans justification de ce changement dans l'arrêt de renvoi. Après une trentaine de minutes d'échanges sur la question, la chambre criminelle a finalement rejeté cette exception et décidé de poursuivre le procès.

Pour la première journée d'audience, la salle Aboubacar Sidibé refusait du monde. Les débats de fond ont notamment été marqués par la diffusion de plusieurs enregistrements. Les deux accusés, à la barre, ont catégoriquement rejeté les faits qui leur sont reprochés.

Mohamed Youssouf Bathily dit Ras Bath s'est notamment dit étonné de ces chefs d'accusation. "J'ai été arrêté en mars 2023 et ce n'est qu'en août 2024 que j'ai été présenté à un juge. Celui-ci m'a dit qu'ils étaient en train de me chercher un associé. Je suis étonné de me retrouver ici. Je n'avais jamais rencontré Rokia Doumbia avant. J'avais entendu son intervention sur une autre radio sur la vie chère. C'est pourquoi j'ai joué un extrait de cette intervention et je l'ai invitée sur mon plateau afin d'en débattre, parce qu'on était à trois semaines du mois de jeûne", a-t-il expliqué.

Il a ajouté que Rokia Doumbia avait été invitée par de nombreuses autres radios et télévisions, s'interrogeant sur les raisons pour lesquelles celles-ci n'étaient pas également concernées par la procédure.

Le président lui a alors demandé pourquoi il avait tenu une telle émission, compte tenu de l'état de fragilité du pays. Il a répondu : "Mon intention était d'attirer l'attention des autorités sur les prix des produits de première nécessité afin de trouver des solutions à l'approche du Ramadan, comme chaque année". Pourquoi ne pas avoir fait l'émission tout seul ? "J'étais l'animateur de l'émission. Je ne maîtrisais pas certains domaines. C'est pourquoi j'invitais des experts, des techniciens ou des activistes pour venir en débattre. J'ai trouvé que Rokia menait ce noble combat dans l'intérêt de tous, raison pour laquelle je l'ai invitée", a-t-il expliqué.

A son tour, Rokia Doumbia dite "Rose Poivron" a également nié les faits qui lui sont reprochés. Elle a indiqué qu'elle ne savait pas que la lutte qu'elle menait pouvait compromettre les institutions. "J'ai été appelée à la présidence, mais personne ne m'a notifié que ce n'était pas la manière. On a plutôt apprécié", a-t-elle laissé entendre.

Après sept heures de débats, l'audience a été suspendue pour reprendre le lendemain. Cette deuxième journée du procès s'est tenue à huis clos.

Au terme des débats, le parquet a requis 10 ans de prison ferme contre Mohamed Youssouf Bathily dit Ras Bath et 10 ans contre Rokia Doumbia, dont 5 ans ferme et 5 ans avec sursis. Le ministère public a également requis une amende de 240 000 F CFA pour chacun des deux accusés.

Le verdict de la chambre criminelle de la Cour d'appel de Bamako est attendu le 17 pour août 2026.          

   Marie Dembélé