Mme Bocoum Fatoumata Siragata Traore et la SOMAGEP-SA : Un parcours d'excellence fauché en pleine ascension !
Une page se tourne, une trajectoire demeure
Après un peu plus d'une année à la tête de la Société malienne de gestion de l'eau potable (Somagep-SA), Mme Bocoum Fatoumata Siragata Traoré quitte ses fonctions à la suite de l'abrogation de son décret de nomination par le conseil des ministres.
Nommée en mai 2025, la première femme à diriger cette société d'Etat stratégique voit ainsi s'achever une expérience marquée par plusieurs chantiers de performance et de modernisation, quelques semaines seulement après avoir été distinguée comme "Femme dirigeante de l'année" dans le cadre du Prix d'honneur du PEF 2026.
La nouvelle est tombée quelques semaines seulement après une distinction qui avait remis son parcours sous les projecteurs. En juillet 2026, Mme Bocoum Fatoumata Siragata Traoré a été désignée "Femme dirigeante de l'année" dans le cadre du Prix d'honneur du PEF 2026. Une distinction qui récompensait notamment son parcours professionnel, son leadership et son action à la tête de la Somagep-SA.
Son départ de la direction générale de la société confère ainsi une tonalité singulière à cette reconnaissance.
Une première historique : une femme aux commandes de la Somagep-SA
Lorsque son nom est proposé au Conseil des ministres, le 28 mai 2025, Mme Bocoum Fatoumata Siragata Traoré est loin d'être une inconnue de l'administration malienne. Elle vient alors du Centre malien de promotion de la propriété industrielle (Cemapi), qu'elle dirige depuis octobre 2018.
Sa nomination à la Somagep-SA constitue une première historique : elle devient la première femme à prendre les commandes de cette société chargée d'un service public essentiel, celui de l'alimentation des populations en eau potable. Elle prend officiellement fonction le 5 juin 2025, après l'entérinement de sa nomination par le Conseil d'administration lors de sa 48e session.
Le défi est de taille. La Somagep-SA est une société anonyme d'Etat dont l'Etat malien est l'actionnaire unique, avec un capital social de 2 milliards de F CFA. Sa mission place ainsi sa direction au cœur d'un enjeu à la fois économique, social et sanitaire.
Une économiste devenue planificatrice, puis manager public
Le parcours de Mme Bocoum Fatoumata Siragata Traoré explique largement le choix porté sur elle en 2025.
Titulaire d'un baccalauréat scientifique obtenu en 2003, elle poursuit ses études en France, à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne. Elle y décroche successivement un Deug en économie et gestion en 2005, une licence en économie et gestion en 2006, puis un Master I en économie internationale, option économie du développement.
Elle complète ensuite sa formation par un Master II professionnel consacré à la gestion des projets de développement en Afrique. Son mémoire porte sur l'implication des collectivités territoriales dans le suivi et l'évaluation de la pauvreté au Mali.
En 2010, elle réussit le concours direct d'entrée à la première promotion de la nouvelle Ecole nationale d'administration (ENA), dans le corps des planificateurs.
Cette double formation d'économiste et de planificatrice constituera le fil conducteur de sa carrière : analyse, programmation, politiques publiques, gestion de projets et pilotage institutionnel.
De la coopération suisse au Cemapi : une ascension au fil des responsabilités
Sa carrière professionnelle commence en 2008 au Bureau de la Coopération suisse au Mali, où elle exerce d'abord comme stagiaire professionnelle avant de devenir consultante junior. Elle rejoint ensuite le Groupe Odyssée, où elle occupe les fonctions d'assistante de programme.
En 2013, elle intègre la direction nationale de la planification du développement (DNPD) en qualité de chargée de prévision et de cadrage macroéconomique.
Son parcours la conduit ensuite au ministère de l'Industrie et de la Promotion des investissements, puis au ministère de la Promotion de l'investissement et du Secteur privé et au ministère du Développement industriel. Elle y exerce comme conseillère technique et assure même, à un moment donné, l'intérim du poste de secrétaire générale du département.
En octobre 2018, elle est nommée directrice du Centre malien de promotion de la propriété industrielle (Cemapi). Pendant près de sept ans, elle s'investit dans la promotion de la propriété industrielle, la valorisation des inventions et innovations technologiques ainsi que le rapprochement entre l'administration et le secteur privé. Parmi les initiatives associées à son passage au Cemapi figure notamment l'organisation de la Semaine de la marque, destinée à sensibiliser les acteurs économiques à l'importance de la propriété industrielle.
A la tête de la Somagep-SA : le pari de la performance et de la modernisation
Son arrivée à la Somagep-SA marque un changement d'univers, mais pas de méthode. Un an après sa prise de fonction, la direction de la société met en avant une gouvernance fondée sur la rigueur, l'anticipation et la recherche de performance.
Selon Chiaka Berthé, directeur du budget et du contrôle de gestion chargé du reporting des activités de la Somapep-SA, l'une des principales réalisations de cette première année aura été la mise en place d'un Plan d'actions prioritaire, élaboré de manière participative avec les responsables des différentes directions et validé en juillet 2025.
Ce plan s'est articulé autour de quatre axes : performance opérationnelle, performance commerciale, performance financière et performance organisationnelle. Sur le terrain, plusieurs chantiers ont ainsi été engagés. La direction a notamment travaillé au renforcement du traitement des incidents sur les sites de production et de distribution, à l'opérationnalisation des ateliers de forage, à l'hybridation de certains sites grâce à l'énergie solaire et à l'augmentation des capacités de production des stations de Bamako. Des chantiers ont également été relancés à Kangaba, Koulikoro et Ségou, avec l'ambition d'améliorer la desserte dans les zones considérées comme critiques.
Réduire les pertes, renforcer le recouvrement et assainir la gestion
La stratégie ne s'est toutefois pas limitée à la production d'eau. La direction générale a également mis l'accent sur la réduction des pertes d'eau ainsi que sur la sécurisation des installations électriques et des équipements de production.
Sur le plan commercial, des campagnes de recouvrement des impayés ont été conduites, parallèlement à l'apurement des branchements en souffrance, au renouvellement des branchements et au renforcement des moyens de travail dans plusieurs centres de gestion et agences commerciales.
Sur le plan financier, l'objectif affiché était d'assainir davantage la gestion, de maîtriser les charges d'exploitation, de mobiliser des ressources supplémentaires et d'améliorer les délais de paiement des fournisseurs et prestataires. La direction a également engagé l'élaboration d'un manuel de procédures administratives, comptables et financières, ainsi que la préparation anticipée du budget 2026 et le suivi des recommandations issues des audits.
Une confiance renouvelée du conseil d'administration
Cette dynamique s'est notamment traduite par l'adoption à l'unanimité du budget 2026 par le conseil d'administration.
Lors de cette session, Mme Bocoum Fatoumata Siragata Traoré et ses collaborateurs avaient présenté aux administrateurs les stratégies envisagées pour améliorer durablement l'alimentation en eau potable des populations. Les efforts consentis en matière de maîtrise des charges, d'amélioration du rendement du réseau, de recouvrement des factures impayées et d'augmentation des capacités de production et de distribution avaient été mis en avant.
Quelques mois auparavant, à l'occasion des vœux de nouvel an, la direction générale avait également réaffirmé sa volonté de poursuivre les orientations stratégiques arrêtées avec le Conseil d'administration.
Une distinction qui prend désormais des allures d'hommage
C'est dans ce contexte qu'est intervenue, en juillet 2026, sa distinction de "Femme dirigeante de l'année". Le Prix d'honneur du PEF 2026 avait présenté cette récompense comme une reconnaissance de son parcours, de son professionnalisme et de son engagement à la tête de la Somagep-SA. Le jury avait notamment mis en avant son leadership et son action en faveur de l'amélioration de l'accès à l'eau potable.
La distinction prend aujourd'hui une résonance particulière : quelques semaines seulement après cette reconnaissance, son décret de nomination est abrogé en conseil des ministres. Il convient toutefois de dissocier les deux faits. L'abrogation d'un décret de nomination ne signifie pas, en elle-même, qu'une faute ou une insuffisance de gestion a été établie. En l'absence d'explication officielle sur les motifs de cette décision, il serait prématuré d'en tirer une quelconque conclusion sur sa gestion.
Une page se tourne, une trajectoire demeure
De juin 2025 à août 2026, Mme Bocoum Fatoumata Siragata Traoré aura donc inscrit son nom dans l'histoire de la Somagep-SA comme la première femme à diriger cette société stratégique.
Son passage aura été marqué par une volonté affichée de réorganiser les méthodes de travail, d'améliorer les performances opérationnelles et financières, de renforcer le recouvrement et de moderniser les outils de gestion. Son parcours, lui, demeure celui d'une haute cadre de l'administration publique qui, en près de deux décennies de carrière, est passée de la coopération internationale à la planification du développement, puis au conseil technique ministériel, à la promotion de la propriété industrielle et enfin à la gestion d'une grande société d'Etat.
La page Somapep-SA est désormais tournée. Mais la trajectoire de Mme Bocoum Fatoumata Siragata Traoré, elle, est loin de s'achever avec cette abrogation.
El Hadj A.B. HAIDARA