Transition : pour un Mali nouveau, les réformes institutionnelles suffisent-elle ?

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Depuis des années, les Maliens aspirent au renouveau. Malgré des réformes, le changement reste toujours un idéal, parce que les réformes institutionnelles seules sont insuffisantes.

« Les cours de l’histoire prouvent [ndlr] qu’il convient de changer l’esprit avant de changer les institutions puisque c’est l’esprit qui fonde et change les institutions », souligne l’écrivain français, Robert Misrahi, dans son ouvrage La liberté ou le pouvoir de créer.

À une époque où l’on parle de plus en plus de réformes politiques et institutionnelles, de renaissance au Mali, ce passage de R. Misrahi recouvre toute son importance.

Manque d’objectivisme

Les institutions, quelle que soit leur qualité, sont tributaires des hommes chargés de leur fonctionnement. On a beau se munir des meilleures institutions au monde, si l’on manque d’hommes exemplaires pour les occuper ou leur donner vie, ces institutions ne seront qu’une déception. Les hommes confèrent leur moralité aux institutions.

Au Mali, depuis les indépendances, des réformes ont toujours jalonné le cours de l’histoire. Du régime à tendance socialiste à la démocratie en passant par la dictature, cette volonté de renouveau, à travers un changement institutionnel, a toujours été au cœur des préoccupations. Encore en 2021, le même désir anime les esprits. Pourtant, c’est ce qui a conduit à la chute du régime Ibrahim Boubacar Kéïta (IBK), le 18 août 2020.

Ces faits devraient amener les Maliens à comprendre que la vie des institutions dépend de celle des hommes qui les occupent ou en chargent de veiller sur leur fonctionnement. Le véritable problème de ce pays, c’est l’absence d’hommes forts de qualité.

Les réformes politiques et institutionnelles n’auront pas les résultats escomptés tant que les Maliens (citoyens, décideurs, hommes politiques, etc.) ne changeront pas de mentalités. Pour paraphraser, le penseur allemand Karl Popper, la force corruptrice du pouvoir n’épargne aucun homme. D’où la nécessité d’un contrôle externe objectif.

Processus de guérison du Mali

Ce contrôle est le parent pauvre de la démocratie malienne. La société civile aussi bien que les partis de l’opposition, qui devraient assurer ce rôle de veille, ne le font généralement que pour la défense de leurs intérêts personnels. C’est également ce qui permet de dire, avec peu de risque de se tromper, que la mise en place de l’organe unique de gestion des élections au Mali, au cœur des actualités récentes, sera un échec, en raison de l’esprit qui aurait prévalu à sa mise en place.

Le subjectivisme enveloppe l’esprit d’un voile noir et l’empêche de voir la réalité. « Le processus de guérison [du Mali ndlr] passe d’abord par une critique lucide et argumentée des logiques mécanistes et mercantiles qui sont à l’origine de bien des dérèglements [ndlr] », écrit Frédéric Lenoir dans son livre la guérison du monde. Pour un Mali nouveau, il ne suffit plus de réformer les institutions, mais aussi les hommes.

Fousseni Togola/maliweb.net

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