N’Krumah, Lumumba, Place CAN, Monuments et Obélisques : “Pour mieux les entretenir il faut faire payer aux nouveaux mariés et autres usagers nos espaces verts ” selon Amadou Lassana Berthé

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Monument, place  de la Liberté
Monument, place de la Liberté

Si nous avons été, un moment fiers de nos réalisations comme nos monuments, nos stades et autres infrastructures, force est de reconnaitre aujourd’hui que partout c’est la désolation. Les espaces verts qui avaient commencé à être de jolis et gais chefs d’œuvre dans notre tableau sahélien déjà jauni et pitoyable décor, se sont rétrécis comme une peau de chagrin.

 

Les monuments, espaces verts, jardins d’agrément et autres espaces de convivialité qui servaient aussi de décor de fond de beaucoup de clips de nos artistes et autres photos de mariage n’existent plus ou sont dans un piteux état. Le plus révoltant est que même les autorités districales et les populations urbaines ne s’en émeuvent même pas. Même la prestigieuse Avenue du Mali et son illustre rond point N’KRUMAH n’a pas échappé au sinistre.

 

Le monument obélisque ou ” bougie ba “, le square Patrice Emery Lumumba nous interpellent tous. Que dire ? Que penser du comportement de ceux là mêmes qui nous ont démarchés nuitamment qui pour être maire, qui pour être député ?

 

En tout cas le constat est autant amer que révulsant. ” Œuvres de tant d’années en un jour, effacées “ serait-on tenté de dire. Quel gâchis ? Serions-nous incapables de capitaliser les acquis ? Ou encore incapables de poursuivre une belle entreprise déjà commencée ?

Sommes-nous condamnés à être d’éternels recommencements ? ” L’Etat, est une continuité “ quelle aberration en Afrique ! Avouons-le.

 

Chaque fois que nous avons l’occasion de passer par le rond point à l’ACI et plus précisément par le rond point N’KRUMAH et l’Avenue du Mali nous sommes choqués. Et pourtant, vous ne pouvez pas ne pas avoir le regard de l’illustre maître des lieux sur vous. Croiser son regard imposant et glacé, ce regard figé et pesant qui vous interpelle jusque dans les moindres recoins de votre intelligence. Ce regard qui semble nous demander ce que nous faisons de nos richesses, de nos ressources humaines? Qui voulons-nous être ? Quel dessein sommes-nous en train de réaliser pour l’Afrique à travers le prisme des conflits innommables, des guerres fratricides, du pillage et du gaspillage de ses ressources naturelles ?

 

Si nous avions applaudi à chaudes mains la création d’un ministère chargé des villes, il serait utile de dire que nous avons vite déchanté. Nous avions pensé que les actions de beaucoup d’édiles indélicats seraient alors encadrées. La suite on la connait.

Peut être encore, avec la création du ministère de l’environnement et de l’eau, la conscience des problèmes est restée inaltérée. Une certitude est là : le nouveau ministre présume l’immensité des tâches qui l’attendent et les attentes demeurent fortes. Comme pour ne pas lui faciliter les tâches, les dépôts anarchiques d’ordures renaissent encore, les flancs des collines, les berges du fleuve, les petits marigots et les petits ponts (notamment les ponts de Magnambougou, de Sogoniko) s’offrent en spectacle. Le citoyen lambda est désabusé.

 

Nos monuments, fierté d’hier, sont devenus soit des dortoirs publics soit simplement des lieux de soulagement avec des odeurs pestilentielles d’une catégorie de personnes.(le square Lumumba).

 

A l’ACI 2000, le monument de l’obélisque est devenu une infrastructure sportive. C’est dommage !

 

Les parterres, naguère, fleuris et verdoyants sont devenus sales et jaunis. Les cocotiers (nos plantes exotiques) se sont simplement étiolés et l’on procède maintenant à leur coupe. La Place CAN ?

 

Le désastre est aussi consommé là-bas. La place CAN est devenue le pâturage des chèvres et des moutons en divagation de la commune. Mais diable ! Pourquoi ne donnerait-on pas en gérance libre ces différentes réalisations pour leur sauvegarde ?

Ne pourrait-on pas faire payer une somme forfaitaire par les nouveaux mariés et autres personnes désireuses de se faire photographier dans ces endroits et ce, pour entretenir les lieux ?

Aussi, il serait juste de saluer le comportement citoyen de l’Entreprise CIRA dont la devanture reste en dépit de tout, jalousement et remarquablement entretenue. Est- ce que cet exemple ne pourra pas être copié par ces nombreuses et prospères sociétés qui ont établi leurs quartiers généraux dans ce coin huppé de notre capitale ?

 

Le mal au Mali, c’est que nous n’avons jamais su capitaliser ou valoriser les acquis. Certaines personnes se sont même installées dans le schéma du laisser tout se détériorer pour reprendre au frais des contribuables tout en mettant en place un mécanisme huilé d’accaparement de dividendes. Ce mécanisme malin et diabolique est inhibiteur pour le développement réel.

 

En tout cas, nous nous interrogeons sur notre construit social qui n’ayons pas peur de le dire est plus que jamais un échec consommé. Que veut dire être Malien aujourd’hui ? Celui qui ne respecte plus ses concitoyens, qui n’a aucun égard pour le bien public ? Celui qui pense pouvoir tout arranger ? Celui là aussi qui est à la traine pour n’avoir pas reçu une bonne éducation depuis des décennies (au sens premier du terme) ou celui qui au mépris des règles élémentaires de civilité, veut à tout prix se faire un nom et encore quel nom ? Ces variables mises bout à bout nous donnent une image, un prototype qui sied bien au tableau. Le pire c’est que beaucoup d’entre nous l’ignorent totalement ou se montrent indifférents.

C’est le type de citoyen qui n’hésite pas à déposer ses ordures dans le lit du fleuve Djoliba. Ce malien, c’est lui qui construit dans le lit du fleuve sans être inquiété.

 

Pourtant les constructions aux bords des cours d’eau ; fleuves, rivières et marigots sont assez réglementées depuis la période coloniale. Le ridicule ne tue plus au Mali. (Montez sur le pont ROI FHAD et observez). Ce citoyen est enfin, celui qui occupe illégalement les places publiques, dépose nuitamment ses ordures au pied de la colline de Badala, sur les espaces verts… Mais dans ce décor presque inqualifiable, le plus inquiétant est la pollution de notre fleuve.

 

Où sont-ils, nos omnipotents édiles ? Les nombreuses Associations non gouvernementales qui s’agitent ça et là? Les défenseurs des droits des consommateurs sont devenus aussi aphones que des morts. Tous ces interpellés sont-ils conscients des dangers que nous courons ? Ou trouvent-ils normal que certains souillent le fleuve dont nous buvons l’eau avec des indigos, des produits chimiques, de teintures de bazin ?

 

Au demeurant, ce dont tous les sages et autres hommes de science sont d’accord, c’est que le développement durable aura comme socle l’eau et la gestion de celle-ci sera la cause des futurs grands conflits mondiaux. Cette prévision se concrétisera tant il est vrai que sans eau, pas de vie. Le précieux liquide vital sera à l’épicentre de beaucoup de convoitises. Nous pensons que la création d’un Conseil Régional du Fleuve Niger (Djoliba) doté de larges pouvoirs sera la bienvenue.

 

Ce Conseil pourra sanctionner, en cas de mauvais comportement d’un des pays riverains du Fleuve. Il en ira de la quiétude et de la tranquillité de tous les Etats et ne sera -t-il pas un moyen efficace de prévention des conflits ?

 

Amadou Lassana Berthé

 

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