…Madame Thiam Sokhna Maryama, Directrice générale adjointe de l’IAM : ” La femme est une force émancipatrice qui maintient le monde en équilibre “

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Madame Thiam Sokhna Maryama est la Directrice générale adjointe de l’Institut Africain de Management (IAM). De nationalité sénégalaise, elle exerce au Mali depuis 2007. C’est une femme de fermeté et de rigueur sur le plan professionnel. Ouverte d’esprit, dynamique et véritable bête de travail, elle aime les défis. Elle  tient à son image et à ses valeurs. Elle est ambitieuse, entreprenante et innovatrice. Aussi très joviale, sociable et communicative. Comment contribuer à toute œuvre utile et surtout au développement du continent africain fait partie de son quotidien. Bamako Hebdo est allé à la rencontre de cette dame de fer, dont le maître-mot est la promotion de la femme africaine sur tous les plans. Entretien. 

Bamako Hebdo : Que pensez-vous de l’émancipation de la femme africaine?

Mme Thiam Sokhna Maryama : Dans le langage courant, émanciper signifie affranchir d’une autorité, d’une domination, d’une tutelle, d’une servitude, d’une aliénation, d’une entrave, d’une contrainte morale ou intellectuelle, d’un préjugé…  L’émancipation, qui est l’un des éléments-moteurs de la transformation de la société, permet donc de se libérer et de devenir indépendant. Elle donne à une catégorie de la population des droits identiques à ceux des autres catégories. Exemple : l’émancipation de la femme.

En effet, les femmes au début du 20ème siècle ont été souvent vues comme un sexe faible; elles apparaissaient comme dépendantes de l’homme. C’est peut-être cela qui explique leur faible représentation dans l’histoire. Simone de Beauvoir disait: ” Ce n’est pas l’infériorité des femmes qui a déterminé leur insignifiance historique, c’est leur insignifiance historique qui les a vouées à l’infériorité “. Mais au cours du 20ème siècle, les femmes ont commencé peu à peu à s’affirmer. Dans plusieurs pays, elles vont à l’école, elles participent de plus en plus à la vie active. L’émancipation de la femme est devenue une réalité en Afrique. Cela résulte d’un combat d’ensemble mené par toutes les femmes pour améliorer leur position dans la société.

Quel est le rôle de la femme émancipée dans un foyer ?

Le rôle de la femme est au-delà des tâches ménagères. La femme est appelée à concevoir et éduquer des enfants dont les premières humanités sont incontestablement soumises à la gouvernance et à la prévenance  maternelles. Les femmes doivent, comme les hommes, apporter leur pierre à l’édifice et cela passe par une bonne éducation car,  pour moi, “éduquer une femme c’est éduquer une nation”.

Nous vivons encore, de nos jours, un phénomène déplorable dans certains pays d’Afrique. Il s’agit de la sous-scolarisation des filles. Que pensez-vous de ce phénomène ?

C’est vraiment un phénomène très sérieux car de nos jours cela ne devrait plus exister, surtout pas dans notre continent. Alors, il faudrait penser à la scolarisation des filles, à leur santé, à leur sécurité car plus tard ce sont elles qui devront éduquer la future génération.

Aujourd’hui plus que jamais, au moment où les stratégies sont mises en place pour faire de nos différents pays africains des pays émergents, il est temps que la femme prenne son envol, qu’elle soit prise en compte dans les processus de développement de nos pays. Elles sont capables de tenir ce rôle dans nos sociétés modernes qui se construisent. Je n’en veux pour preuve que celles qui, un peu partout dans le monde, occupent de hautes fonctions, avec toute leur motivation, leur engagement, leur capacité de mobilisation, leur capacité entrepreneuriale et leur sens des responsabilités. Ce nouveau rôle ne dégrade en rien leur valeur, leur position sociale.

 

Parlons justement de la gestion des femmes dans des entreprises. Le plus souvent, elles sont indexées pour mauvaise gérance, due au laxisme  et autre mot. Que pensez-vous de cette idée collée sur le dos des femmes entrepreneures ?

Avez-vous connaissance d’une entreprise dirigée par une femme dans le monde, tombée en faillite? À mon humble avis, non ! C’est dire qu’elles sont bonnes gestionnaires et savent aussi maintenir l’équilibre de leur ménage. Il faut juste qu’on leur donne leur place au même titre que les hommes et ceci ne dévalorisera en rien leurs valeurs, leurs responsabilités familiales. Bien au contraire !  Si je peux me le permettre, de nos jours, une famille épanouie c’est une famille équilibrée avec une femme ” émancipée “. Du point de vue socio-économique, les femmes jouent un rôle important. Celles qui travaillent réinvestissent  au moins 90% de leur revenu dans leur ménage, contrairement aux hommes qui ne réinvestissent que 40% de leur revenu, selon les sources.

La femme a un rôle important dans le devenir de l’être humain. Les femmes africaines, longtemps victimes, n’entendent pas continuer d’être les éternelles oubliées de l’histoire. Timidement, elles lèvent la tête. De nombreux indices témoignent d’une prise de conscience et d’une volonté d’exister, non plus dans l’ombre, mais au grand jour: le droit d’être comme tout le monde et de faire comme tout le monde. Bref, la femme est une force émancipatrice qui maintient le monde en équilibre.

 

Quels sont vos sentiments par rapport à l’affaire Nafissatou Diallo ?

Je suis très touchée par sa situation actuelle et en profite pour témoigner ma compassion à toutes celles qui ont subi les mêmes supplices.

Quelle est votre ville préférée ?

Grenoble, car c’est la ville qui m’a forgée, du point de vue caractère et responsabilité. Sur le plan spirituel (ma foi en Dieu y a été renforcée). La ville de Bamako me rappelle Grenoble de par la texture de ses collines.

Quel est votre plat préféré?

C’est un plat  gambien (plassas),  fait à base de feuilles de manioc avec des fruits de mer, de la viande, de l’arachide, de l’huile de palme bien épicé accompagné de riz blanc.

Un mot de la fin ?

A nos chers lecteurs et lectrices, la réussite est au bout des efforts. Particulièrement aux lectrices, je dirai que nous, les femmes, nous devons  continuer  à percer dans tous les domaines et occuper de hautes fonctions, être au premier rang des décisions socio-politico – économiques  tout en gardant notre dignité, nos valeurs,  en étant de bonnes épouses, de bonnes mères, de bonne conseillères et surtout de bonnes complice de l’Homme. Aux hommes je dirais également de ne pas nous voir comme des  rivales, mais plutôt comme des  partenaires car nous sommes complémentaires.

Aux Africains, je voudrais exhorter à œuvrer pour la bonne marche de notre continent, à cultiver la paix, à penser davantage à l’éducation, à instaurer la sécurité, à se préoccuper de la santé des populations, toutes choses primordiales et vecteurs de développement durable. Je vous remercie de m’avoir donné l’occasion de partager mes sentiments  sur l’émancipation de la femme avec les lecteurs et lectrices du Journal ” Bamako Hebdo “ et vous souhaite bonne continuation.

Je souhaite, pour finir, un bon Ramadan à tous les musulmans et que Allah le Tout  Puissant bénisse ce beau pays.

                                                  Réalisé par Clarisse NJKAM

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