Biennale artistique et culturelle Mopti-2023 :* “S’enrichir de nos différences pour bâtir une nation harmonieuse”

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En marge de la Biennale artistique et culturelle, un débat intitulé “S’enrichir  de nos différences pour bâtir une nation harmonieuse” a été animé le mardi 11 juillet 2023 par Sidi Mohamed El Béchir, gouverneur de la région de Bandiagara, et Dr. Nohan Sow, conseiller technique au ministère de la Refondation de l’Etat chargé des Relations avec les institutions.

Evoquant le thème principal de la Biennale/Mopti-2023 ; à savoir : “Le Mali, une histoire commune, une seule nation, un même destin” et la thématique de la conférence-débat intitulé : “S’enrichir de nos différences pour bâtir une nation harmonieuse”, Sidi Mohamed El Béchir a fait savoir que le Mali est une terre d’accueil, de l’islam depuis le VIIe siècle. A ce titre, le pays a su construire au fil des temps un savoir-vivre ensemble qui a toujours réussi à surpasser les différends et qui s’est imposé comme le maître mot de la vie en société. “Ce vivre ensemble dans la tolérance réciproque a été mis à mal ces derniers temps par les conditions d’une globalisation débridée qui permet la circulation incontrôlée de toutes sortes de produits dans une bande sahélienne devenue un espace d’opérations de puissances influentes mais aussi de groupes plus ou moins incontrôlés.

Le Mali, et plus largement la zone sahélienne, est devenu un espace privilégié du transit de drogue, d’armes et de trafics divers dont celui d’êtres humains, le tout sur fond de pauvreté endémique de la majorité des populations locales. Dans ce contexte, le patrimoine pluriel du Mali, celui qui s’est construit à partir de connaissances élaborées au fil du temps et qui a permis l’épanouissement d’une culture malienne originale issue de traditions locales alliées à un islam ouvert, est fortement malmené”, a-t-il déploré. Il a rappelé que la crise politique et sécuritaire qui a secoué le Mali en 2012 a largement entamé le tissu social du Mali. La crise institutionnelle du 22 mars et l’occupation des deux-tiers du pays par des groupes armées séparatistes, jihadistes et narcoterroristes ont fragilisé le tissu social, les relations intercommunautaires et exacerbé les tensions sociales et intercommunautaires.

C’est ainsi qu’il a préconisé de s’appuyer sur ces riches ressources culturelles du Mali, sur le savoir-être et le savoir-vivre ensemble, sur la capacité à entretenir la cohésion sociale et donc à régler les conflits qui est un patrimoine commun qu’il importe de préserver. “Tout cela doit permettre d’asseoir ce socle d’entente mutuelle entre les différents partenaires d’un Mali refondé autour d’un projet commun de développement issu de l’intérieur”, a-t-il indiqué.

Parlant des principales différences de la nation malienne, le conférencier a fait remarquer que tous les maliens sont des humains, nés de la même manière, pourtant différents. “Mais différents en quoi ?”, s’est-il interrogé. Comme réponse, il a cité les principales composantes humaines qui différencient la nation malienne. Ces composantes sont, entre autres, le milieu et le mode de vie, la langue, la culture, la religion et l’ethnie. “Nous pouvons nous différencier aussi par un rythme lent ou actif, par des centres d’intérêt qui ne sont souvent pas les mêmes, par des sensibilités plus ou moins développées. Nos pensées, nos idées, notre façon de voir les choses et la vie sont multiples. Mais nous pouvons nous retrouver sur des valeurs communes. Nous avons tous besoin d’être aimés, nous avons tous besoin de liens sociaux. Nous avons tous une vie spirituelle, intérieure. Dans toute société, de la plus primitive à la plus évoluée, l’homme est porteur des valeurs innées ou acquises, et cultivées selon son environnement social et naturel. Sil est croyant, c’est-å-dire, croire en un être supérieur même les primitifs nourrissaient une telle croyance, bien de ces vertus procèdent de sa foi. Du fait que ces qualités nous habitent encore de nos jours et gèrent en général nos actions, nos relations et nos décisions, on peut déduire qu’elles sont devenues intrinsèques à notre nature”, a-t-il fait savoir.

Les attitudes raffinées comme socle

Comment bâtir une nation harmonieuse dans la diversité ? Comme réponse, Sidi Mohamed Elbéchir a affirmé que c’est grâce à leurs attitudes raffinées que les Maliens ont harmonieusement mélangé les diversités pour bâtir une société hétérogène et cultivée. “La sagesse des aînés, les enseignements religieux, les mœurs et traditions, la philosophie des penseurs et les facettes des autres connaissances et cultures ont façonné la société malienne. Si elles nous donnent une identité, elles nous aident à déverrouiller nos rigidités, vitalisent notre quotidien et prônent des élans vers les autres. Au fil du temps, elles ont survolé les différences sociales, nous ont aidés à organiser notre mode de vie, ont inspiré nos façons d’agir et d’interagir avec nos semblables, nous rendant ainsi plus responsables et sociables. Grâce à nos attitudes raffinées, nous avons harmonieusement mélangé les diversités pour bâtir une société hétérogène et cultivée. Si des guerres, des conflits, des tentatives d’extermination des races, des luttes politiques et la haine des extrémistes, etc. nous ont inquiétés ou traumatisé un moment donné de l’histoire, ils n’ont pu anéantir ces particularités fondatrices presque génétiques de notre espèce.

Et dans bien des circonstances, ces violences ont été un tremplin à nos communautés pour consolider leur appartenance à la nation. Au final, la sagesse a prédominé grâce à des hommes de bonne volonté et des forces vives qui, stimulés par une détermination contraire à ces manquements de principes, de laisser-aller dans les mœurs et l’éthique, ont conçu et proposé des idées pour transformer et sécuriser le monde. En raison de la déchirure sans précédent de notre tissu social résultant de l’occupation du territoire, il était urgent et impérieux de se pencher sur les voies et moyens permettant de reconstruire l’unité de la Nation, cette unité dont on était tous fiers et qui a été construite au fils des ans au prix de nombreux sacrifices. L’unité de la nation malienne est un legs historique. Toutes les composantes des populations ont souci de sa préservation et chacune d’elle réclame d’ailleurs avec une foi évidente sa préservation.

Si les défis qui s’imposent aux autorités de la Transition sont la réconciliation nationale, la reconstruction des régions affectées par la crise, la sécurité du territoire national et la défense de la souveraineté territoriale, les défis liés au développement harmonieux et durable de notre nation elle-même demeurent, entre autres, la justice sociale ; l’implication effective de toutes les communautés du Mali dans tout processus de paix ; le respect des valeurs traditionnelles/coutumières et religieuses ; le respect de la diversité socioculturelle et du vivre-ensemble ; la réponse aux besoins socio-économique des populations et particulièrement ceux des déplacés et des refugiés ; l’exploitation judicieuse et à temps opportun de nos valeurs culturelles comme le maaya, le danbe, le jatiguiya, le sanakunya, et le djéliya ; la création des centres de perfectionnement préfectoral par l’ordonnance n°2021-014/PT-RM du 1er octobre 2021 qui doivent être rapidement opérationnels”, a-t-il proposé.

La patience et le courage de vivre la situation…

Selon Sidi Mohamed El Béchir, si les Maliens veulent aspirer à la paix et au développement humain durable et harmonieux, ils doivent avoir la patience et le courage de vivre la situation qu’ils traversent aujourd’hui, pour reconstruire leur nation sur des bases nouvelles et renforcer leur unité nationale. Pour cela, a-t-il suggéré, les Maliens doivent soutenir et promouvoir ensemble les multiples actions engagées par le gouvernement, notamment, intégrer un programme sur l’éducation à la culture de la paix et des droits de l’Homme dans les curricula :

– multiplier les programmes éducatifs sur les droits de l’Homme et la culture de la paix dans les médias et à travers les autres vecteurs de mobilisation sociale ; inciter et encourager les créateurs et la création artistique et culturelle sur la paix et les droits de l’Homme ; promouvoir des cadres d’échanges et d’outils pour impulser le dialogue national ; identifier et vulgariser des mécanismes traditionnels de concertation et de médiation ; cultiver une meilleure connaissance du Mali par les Maliens et des Maliens entre eux ;  impliquer les populations et les collectivités auprès des acteurs en charge de la sécurité dans la mise en œuvre des stratégies et actions pour la paix et la réconciliation ; informer et sensibiliser les citoyens sur leurs rôles et leurs responsabilités dans le maintien de la paix et de la sécurité ; développer le patriotisme autour des valeurs sociétales du Mali ; développer un programme spécial de soutien des femmes, des enfants et des jeunes ; assurer aux populations l’accès aux services sociaux de base ; préparer les conditions d’accueil et de réinstallation des réfugiés/déplacés ;  mettre en œuvre un plan d’appui et de réinsertion socio-économique des réfugiés/déplacés et victimes ; assurer la prise en charge des couches les plus vulnérables ; répertorier et mettre en œuvre les projets/programmes porteurs pour la réconciliation ; systématiser l’organisation des événements socioculturels et sportifs ; insister sur l’enseignement de l’éducation civique et morale dans les programmes scolaires.

“L’appartenance à la nation doit être profondément ancrée dans la culture des peuples”

Sur la notion de la nation et de l’Etat, il a fait savoir que la nation est un élément de l’Etat en ce sens que “l’Etat” est le milieu social où se produit le fait “Etat”. “La nation désigne de façon générale, un groupe humain assez vaste, qui se caractérise par la conscience de son unité et la volonté de vivre en commun. La nation, c’est aussi une communauté politique établie sur un territoire défini et personnifiée par une autorité souveraine. Nous considérons que la nation (comme l’État) est un fait social car si toute nation a vocation à créer un Etat, nous verrons que tout Etat a également vocation à créer une nation.

L’Etat serait dans cette perspective une sorte de personnification juridique de l’idée même de nation. Mais inversement, il se trouve que chez nous en Afrique moderne l’État est le milieu où se produit la nation en ce sens que l’Etat est le point de départ de la nation nouvelle. Certains pensent même que l’Etat est l’expression de la nation mais celle-ci “est surtout le moyen de réaliser l’Etat. Ainsi, y aurait-il une conception purement africaine de la nation (celle de l’Afrique d’hier) et une conception moderne qui est celle que nous connaissons aujourd’hui ? En effet, si en Europe la nation est le point de départ de l’Etat, par contre en Afrique, l’Etat issu des indépendances est le point de départ de la nation actuelle dont l’œuvre n’est d’ailleurs pas totalement achevée en raison de l’existence d’un micro-nationalisme naturel (au niveau local ou ethnique) qui prend parfois l’allure d’un véritable ethnocentrisme, en raison aussi de l’effort de construction nationale auquel se consacre la plupart des dirigeants africains.

L’appartenance à la Nation doit être profondément ancrée dans la culture des peuples, leur histoire, et doit être parmi les éléments fondamentaux de leur identité. L’appartenance à cet ensemble permet de protéger et de veiller sur l’intérêt général au détriment de l’intérêt individuel. Pour faire renaitre ces valeurs, gages du patriotisme et de la citoyenneté, nous devons préconiser une refonte de l’éducation et du citoyen”, a-t-il développé.

“Le Mali est une terre de brassage multiséculaire, riche de sa culture et de sa diversité”

Sur la nation malienne  et ses différences, il a dit que le Mali est une terre de brassage multiséculaire, riche de sa culture et de sa diversité. “Malgré la sombre période coloniale, les relatons humaines entre les communautés manding, bambaras, dogons, soninkés, sonrhaï, arabes, touareg, peulhs, senoufo etc. sont demeurées intenses dans tous les domaines. Ceci est magnifié par exemple pour les liens de mariage, constituant les familles”, a-t-il soutenu. Il a regretté que suite aux événements du 22 mars 2012, les régions de Kidal, Gao et Tombouctou sont successivement tombées les 30, 31 mars et 1er avril 2012 sous le contrôle des mouvements rebelles du MNLA et les groupes islamistes et salafistes d’Ansardine et d’Al-Qaida au Maghreb Islamique (Aqmi). D’autres mouvements terroristes ont également pris pieds comme le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de Ouest (Mujao) et Boko Haram dans cette partie du pays.

Les conséquences immédiates ont été, entre autres, l’occupation des 2/3 du territoire par les groupes rebelles se traduisant par des actes de vandalisme, de pillage, de viol. Ce sont les femmes qui ont été les principales victimes en ce domaine (viol, fausses couches en raison de ‘absence d’un système sanitaire de prise en charge) ;  le retrait de forces de défense et de sécurité de la zone, suivi de l’administration ; les exactions commises sur les populations et leur départ massif du Nord vers le Sud du pays et dans les pays limitrophes comme le Burkina Faso, le Niger, la Mauritanie, l’Algérie et le Sénégal ; le pillage par les troupes rebelles de tous les biens de l’administration publique, des ONG et même des organisations humanitaires, les biens des populations, des agents des différents services techniques ; le saccage des bâtiments publics et privés ; les tortures infligées aux femmes qui ont souvent été violées ; la mort par lapidation ; l’amputation des membres et la flagellation ; la dégradation du tissu économique et la destruction des infrastructures administratives ; la détérioration des rapports entre les communautés qui avaient vécu en symbiose depuis plusieurs siècles, du coup l’unité nationale a été ébranlée dans ses fondements et la cohésion nationale en a ressentie ses effets.

“Face à ce tableau sombre de notre pays, les plus hautes autorités du pays se sont engagées pour le recouvrement de l’intégrité du territoire, la consolidation de l’unité nationale et l’instauration de la paix, de la stabilité et de la sécurité. A l’échelle d’un pays, ou des groupes de pays quand l’incompréhension, la mésentente prennent une certaine proportion, elles revêtent le caractère d’un différend collectif. Pour le résoudre les hommes ont souvent recours à la violence qui ne peut jamais être une solution. Ils ont alors fait recours au dialogue pour mener à la paix, à l’entente, à la pacification de leurs relations. Nul n’est sans savoir que le Mali est une Nation des hommes d’honneur, le creuset d’une culture riche et diversifiée conservant à la fois ses traditions, ses us et coutumes et ouvert à la culture universelle. Dès les premières années de son accession à la souveraineté nationale et internationale, notre pays a marqué sa volonté de promouvoir et de développer sa culture en vue de réaliser son unité nationale fondée sur le sentiment d’une identité commune”, a-t-il dit.  Auparavant, dans son intervention, Dr. Nohan Sow avait fait savoir que le Mali est un pays de diversité ethnique où les populations vivaient en harmonie jusqu’à l’avènement de la crise sécuritaire. A ses dires, les conflits au Mali sont des “montages”. “Le peuple malien a toujours vécu en ensemble et en harmonie dont le cousinage à plaisantin en est le socle. La diversité culturelle est notre différence. Pour avoir une harmonie entre les populations, il faut l’acceptation, la tolérance et l’ouverture aux autres. Au Mali, il n’y a pas de différence entre les ethnies. Et il ne peut pas avoir de conflit entre les populations maliennes. Les conflits au Mali sont des montages”, a-t-il dit.

  Siaka Doumbia, Envoyé spécial à Mopti

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1 commentaire

  1. https://www.youtube.com/watch?v=1X4ynX6rNSI

    BRAVO CHOGUEL, SI NOUS DEVONS AVOIR UN PRESIDENT CIVIL, CHOGUEL EST LE MEILLEUR CHOIX POUR LA CONTINUITE D ACTION ET DE MAINTIEN DE LA SOUVERAINETE.

    VIVE CHOGUEL ! VIVE ASSIMI GOITA ! VIVE CHACUN DES COLONELS QUI SUPPORTENT ASSIMI

    !LE SABOTAGE A LONG TERME DE ESKOM EN AFRIQUE DU SUD, les naa maa denw ayant 90 pourcent des richesses du pays

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