Mali : la «réforme de la Biennale » au cœur d’un débat sur l’avenir de la politique culturelle
Le débat autour de la Biennale artistique et culturelle du Mali continue de susciter de vives réactions au sein de l’opinion publique.
Symbole fort d’unité nationale et d’expression artistique, cet événement reste profondément ancré dans l’imaginaire collectif. Pourtant, certaines voix s’élèvent aujourd’hui pour remettre en question sa pertinence dans le contexte actuel, appelant à une transformation en profondeur du modèle culturel malien.
Parmi les partisans d’une réforme radicale, le nom Alioune Ifra Ndiaye revient constamment. Pour cet opérateur culturel, la critique de la Biennale ne relève ni de la provocation ni d’une posture idéologique. Elle s’inscrit plutôt dans une réflexion progressive, nourrie par des années d’observations et de démarches restées sans réponse auprès des autorités. Le Directeur centre culturel Blonba indique avoir adressé plusieurs correspondances à l’Assemblée nationale, à plusieurs Premiers ministres, ainsi qu’aux anciens présidents Amadou Toumani Touré et Ibrahim Boubacar Keïta, en passant par différents ministres de la Culture pour susciter le débat sur la réforme de la Biennale culturelle du Malie. « Les correspondances n’ont jamais obtenu de suite », a-t-il regretté.
Pour Alioune Ifra Ndiaye, ce silence institutionnel a renforcé la conviction qu’un débat de fond est nécessaire sur l’évolution de la politique culturelle nationale. À l’origine, poursuit-il avec son argumentation, la Biennale elle-même est issue d’une transformation historique. Elle succède à la Semaine nationale de la jeunesse, initiée sous le président Modibo Keïta, qui associait sport et culture dans un cadre annuel. Sous Moussa Traoré, a-t-il rappelé, dans un contexte marqué par des mutations économiques et sociales, cette formule a évolué vers la Biennale, davantage centrée sur les arts et la culture, dans un système fortement centralisé où l’État jouait un rôle exclusif. « Aujourd’hui, ce modèle est jugé par certains comme dépassé, face aux nouvelles réalités technologiques, économiques et sociales », souligne cet opérateur culturel réputé pour son expertise au nouveau national et en dehors des frontières maliennes
Vers un nouveau modèle culturel national ?
Face à ce constat, une proposition alternative émerge : remplacer la Biennale par un système culturel permanent, structuré autour d’un réseau national de 94 espaces répartis dans les 19 régions et les 6 communes du district de Bamako. L’auteur de cette proposition indique que ce dispositif reposerait sur deux piliers principaux : une saison culturelle continue, accessible tout au long de l’année, et un grand événement annuel tournant entre la capitale et les régions. « Ce rendez-vous, d’une durée de quatre semaines, servirait de vitrine aux meilleures productions artistiques nationales, tout en favorisant leur diffusion auprès des jeunes, élèves, étudiants et apprentis invités par l’État », a détaillée Alioune Ifra Ndiaye. Poursuivant que les œuvres seraient captées et diffusées à grande échelle, tant à la télévision que sur les plateformes numériques, avec une ambition de rayonnement international. Parallèlement, un véritable marché culturel national permettrait aux artistes, producteurs et diffuseurs de structurer une programmation dynamique dans des domaines variés : cinéma, théâtre, musique, danse, arts traditionnels, littérature ou encore gastronomie.
Pour lui, l’objectif affiché est de garantir une circulation réelle des œuvres sur l’ensemble du territoire, favorisant ainsi la diversité culturelle et l’accès équitable à la création artistique. Dans cette vision, poursuit-il toujours, les expressions culturelles locales pourraient être valorisées au-delà de leurs régions d’origine, contribuant à renforcer la cohésion nationale.
Au-delà de l’aspect artistique, conclut l’opérateur culturel malien, ce modèle entend également créer des opportunités économiques durables pour les acteurs culturels, tout en intégrant les jeunes dans des dynamiques d’échanges et d’innovation autour de thématiques contemporaines comme le numérique, l’intelligence artificielle ou les énergies renouvelables. Derrière cette proposition, une interrogation centrale demeure : faut-il conserver un modèle événementiel hérité du passé par attachement symbolique, ou engager une transformation vers un système culturel plus inclusif, continu et économiquement viable ?
Siaka DIAMOUTENE/Maliweb.net