Note de présentation du livre : « La Résistance des populations maliennes du nord de la Boucle du Niger face à l’agression coloniale de la France (1893-1923) »

Kidal a été reprise le 14 novembre 2023, libérée du joug des forces obscurantistes et séparatistes appuyées par le néocolonialisme français négrier et impénitent.

20 Jan 2026 - 09:47
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Note de présentation du livre : « La Résistance des populations maliennes du nord de la Boucle du Niger face à l’agression coloniale de la France (1893-1923) »

Cette région venait ainsi d’être réintégrée dans le Mali. Renouant avec les traditions d’honneur et de bravoure de nos ancêtres, notre vaillante Armée Nationale venait de laver l’affront infligé à la Nation, les 24 janvier 2012, 30 mars 2012, le 6 avril 2012 et 17 mai 2014. Avec cette victoire hautement symbolique, la République venait de reconquérir l’intégrité de son territoire, de restaurer l’unité du peuple malien. Elle a inspiré à Choguel Kokalla Maïga et à Issiaka Ahmadou Singaré la production du livre « La Résistance des populations maliennes du nord de la Boucle du Niger face à l’agression coloniale de la France (1893-1923) »

La Nation entière s’est réjouie de la victoire.

Choguel Kokalla Maïga s’est fait l’écho de cet enthousiasme lors du meeting de la Clarification le 16 novembre 2024. Avant cette rencontre historique avec les Forces vives de la Nation, il avait déjà vu loin. En effet, il avait vu en cette victoire une occasion d’inciter à renouer le fil de l’histoire, de se prononcer sur la résistance opposée à l’invasion coloniale française par notre peuple dans le nord du notre pays.

Ici, s’impose une remarque, un rappel. Le 30 juin 1962, le Président Modibo Keïta annonce la création du franc malien. Le 1er juillet, comme pour s’inscrire dans la foulée de cet acte patriotique, à Bamako, à Katibougou et à Ségou, les populations ne déboulonnaient pas, mais renversaient les statues de Borgnis Desbordes, Frédéric Assomption et Louis Archinard. Dès l’avènement de la IIIè République, ces statues ont été retrouvées, restaurées et replacées sur des piédestaux.   

L’entreprise des coauteurs du présent ouvrage se veut le contraire d’une telle démarche. Le Mali possède une histoire commune avec la France, certes. Mais cela ne doit pas mener à glorifier ceux qui ont été les bourreaux de notre peuple ; en particulier, quand il s’agit de Borgnis Desbordes et d’Archinard qui, à coups de canon, ont dévasté, des contrées entières du Woyowayanko (Bamako) au Kolikoli (Bandiagara). Les coauteurs ont tenu à l’exprimer dès la préface de leur étude.

Leur intention, à travers cette production, est triple ; contribuer à : combler un vide, renforcer l’esprit de réconciliation nationale, inciter à une réhabilitation de héros encore méconnus à ce jour.

Une histoire générale du Mali, qui soit nationale et républicaine, demande à être rédigée pour servir de guide dans le présent et dans le futur.

La concrétisation du projet a conduit à travailler en deux temps : la constitution de la documentation nécessaire au développement du sujet, la rédaction. La documentation a été fournie, en grande partie, par les écrits des colonisateurs : des explorateurs, des militaires, des administrateurs, des fonctionnaires du gouvernement français envoyés dans le Nord avec des missions précises. Cette documentation a été enrichie parce que des Maliens ont écrit ou nous ont dit. Les sources ont donc été aussi bien écrites qu’orales. Le développement du sujet a été réparti entre deux tomes.

Le premier tome est consacré à la présentation du pays et des hommes.

Le pays en question est le nord de la Boucle du Niger : le Gourma malien, le Haoussa, de part et d’autre du fleuve Niger et, par-delà le Haoussa, le Sahara. Le paysage y est des plus diversifié, du sud vers le nord, de la savane au sahel et, du sahel, au désert du Sahara ; l’immense Sahara avec ses vallées et dépressions lacustres fossiles, ses ergs (dunes de sables) et ses hamadas (plateaux rocheux), ses regs (étendues rocheuses) et ses adrars : ses étendues de dunes de sable et ses plateaux rocheux, ses surfaces caillouteuses et ses massifs montagneux.

Les hommes qui, de nos jours, peuplent la région sont divers de teints, de traits, de coutumes. Mais, des temps les plus reculés à nos jours, ils se sont sentis solidaires les uns des autres, menant des activités complémentaires. Pour les commodités de leur administration, les envahisseurs français les ont regroupés en « sédentaires » et en « nomades ». Les nomades sont les populations leucodermes. Parmi eux se trouvent des mélanodermes, les Bellah dont l’histoire est indissociable de la leur.

Les envahisseurs les ont trouvés organisés en fractions, en tribus et en confédération de tribus. Deux grandes confédérations sont classées parmi les cinq grandes confédérations touarèg originelles, disséminées à travers le Sahara, du Hoggar (en Algérie) à l’Aïr (au Niger) en passant par le Tassili des Ajjer (en Lybie) et l’Adagh (au Mali). Elles sont celle des Kel Tademmekett, dans la région de Tombouctou et celle des Oulliminden plus au nord, dans l’Attaram, l’Azaouag et la Tamesna (dans la région de Gao et Menaka). Toutes les deux sont constituées de populations originaires de l’Adrar (ou Adagh). A côté d’elles, existe une troisième Confédération, celle des Iguelad.

La Confédération des Kel Tademmeket, une fois sur les bords du Niger, a mis fin à l’hégémonie des Arma avant de se disloquer au début du XIXè siècle. Avec cette dislocation, trois tribus nobles se sont distinguées des autres : celles des Irreguenaten, des Kel Temoulaït, des Tenguéréguif. A côté d’elles, évoluent, sur les bords du Niger, les Igouadaren et, vers Gao, les  Tenguéréguédesch, deux tribus qui se veulent d’origine oulliminden. Toujours sur les bords du Niger, se sont établies les tribus constituant la Confédération des Iguelad. Ceux-ci présentent la particularité d’être yéménites d’origine. La tribu la plus importante, parmi elles, est celle des Kel Antassar.

Kel Tademmeket, Igouadaren, Tenguéréguédesch et Kel Antassar sont souvent présentés sous l’appellation « les Touareg du Fleuve ». A l’écart, dans ces régions que sont l’Azaouagh, la Tamesna, l’Ataram, évoluent les Oulliminden. Leur Confédération est la plus puissante des confédérations touarèg du Soudan français, leur autorité s’étendant de l’Adrar à l’Oudalan, de Gao à Saye.

Aux trois confédérations touarègues ci-dessus mentionnées s’ajoute une quatrième ; celle des Ifora (ou, Ifoghas). Les spécialistes du monde touareg ne la comptabilisent pas à cause des circonstances ayant prévalu à sa formation : elle doit son existence aux envahisseurs français qui, à travers sa constitution, ont cherché à contrebalancer, dans l’Adrar, l’hégémonie politique des Oulliminden et l’hégémonie religieuse des Kounta.

Ainsi, le 17 septembre 1907, le Colonel Philippe Laverdure signe la Convention de Bourem, qui stipule : « L’adrar des Ifoghas appartient aux Ifoghas et à ce qu’il plairait à la France d’y installer »

Deux groupements de tribus arabes cohabitent dans le nord de la Boucle du Niger avec les Touareg. Ils sont, dans l’Azaouad, ceux des Bérabiche originaires du pays de Chinguetti (Mauritanie) et, dispersés du Sahara au coude du Niger, ceux des Kounta de l’Est.

Le tome premier se clôt sur la situation d’ensemble de la région du XIXè  siècle, c’est en 1893, à la veille de l’invasion coloniale française. Elle est caractérisée par des heurts entre différentes hégémonies, celles des Arma contre les Tenguéréguif, des Tenguéréguif contre les Peuls du Macina, des Peuls du Macina contre les Toucouleurs.

Le tome second développe également les différentes péripéties de la Résistance. Elle est d’abord celle des Touareg du Fleuve,et débute à Tombouctou, avec, à leur tête, Mohammed Ag Aouab des Tenguéréguif, Mokhammed Ali Ag Mokhammed Ahmed (Ingonna) des Kel Antassar, Ghali Ag Assalmi et Bekkaoui des Irreguenaten, Sarkaoui et Sakhib des Igouadaren, Madidou, Laouei et Firhoun des Oulliminden, Sidi Mohammed Ould Ali M’himmid et son fils Khalifa Ould Sidi Mohammed des Bérabiche, Abidine Al-Kounti et Sidi Ag Ballah-al-Kounti des Kountia

Le lieutenant de vaisseau Boiteux jette l’ancre dans le port de Korioumé. Aussitôt, Mohammed Ag Aouab appelle à la résistance contre les Ikoufar, les infidèles.

La mobilisation est générale avec, à la tête de leurs hommes : Mokhammed Ali Ag Mokhammed Ahmed (Ingonna), Ghali Ag Assalmi des Irreguenaten, Sarkaoui et Sakhib des Igouadaren. Les premiers martyrs sont : Ghaly Ag Assalimi tombé dès les premiers accrochages avec les envahisseurs, à la fleur de l’âge, Mohammed Ag Aouab, tombé lors du génocide perpétré contre les Tenguéréguif par le colonel Joffre, Ingonna, traitreusement assassiné. Cette phase s’achève en 1896.

Les Résistants ne baissent pas les bras. Différents commandants français de la région Nord se succèdent à Tombouctou ; tous des officiers supérieurs : Joffre, Ebener, Réjou, Brunet, Goldschoen, Klobb… Ils ont, en face d’eux, des combattants résolus à chasser les envahisseurs ou à mourir. La Résistance va se poursuivre jusqu’en 1916 avec : Zine Abidine-le-Dissident, Madidou, Laouei et Firhoun des Oulliminden appuyés par les Songhay, leurs hétane. Cette deuxième phase se termine avec le génocide d’Anderamboukane, le 16 mai et la mort de Firhoun, le 20 juin 1916.

Mais la Résistance se poursuit avec les Bérabiches et les Kounta, menée par Sidi Mohammed Ould Mohammed et son fils Khalifa Ould Sidi Mohammed, d’une part, l’irréductible Abidine-al-Kounti et Sidi Ag Ballah-al-Kounti, d’autre part. Elle prend fin en 1923 avec la capture et la déportation de Khalifa Ould Sidi Mohammed. Des révoltes, dont celle des Tormoz vont se succéder jusqu’en 1930.

Des victoires mémorables ont été remportées par les Résistants : Ourmeyrou (28 décembre 1893), Taqinbawt (ou Tacoubao) (15 janvier 1894), Rergho (18 juin 1897). Mais la Résistance échoue et son échec a plusieurs causes : archaïsme de son armement, tactique guerrière non adaptée, divergences de points de vue, dissidences au sein des tribus, trahisons. Pour plier sous son joug des populations agressées, la France coloniale n’a lésiné sur aucun moyen. Contre les Tenguéréguif et les Oulliminden, elle a perpétré les génocides d’In Awarwar et d’Andéramboukane. Contre les Kel Antassar, elle a commis le lâche assassinat d’Ingonna, tué dans le dos. Contre les Songhay, ce sont des actes d’une cruauté inouïe : les massacres de masse de Dundo Felé, les déportations, la décapitation en public et exposition de tête coupée, suivies de la profanation de dépouille mortelle.

Le livre est dédié à la jeunesse malienne. Par-delà la dédicace, il se veut un vibrant hommage à la vaillante Armée Nationale malienne qui, inspirée par le sens du sacrifice consenti par les Résistants, mène la bataille pour que soit effective la Refondation.

Le livre est à lire également comme preuve de l’unité historique du peuple malien. Les actes de bravoure des Résistants du nord de la Boucle du Niger sont à concevoir comme la suite des actes de bravoure de tous ces héros qui, de Sabouciré à Anderamboucane, en passant par Bandiagara, n’ont pas hésité à consentir le sacrifice ultime ; l’unique idéal étant de préserver à la Patrie sa souveraineté, son honneur et sa dignité.

A la phase actuelle de notre évolution, s’imposent la réconciliation entre toutes les communautés constituant la nation malienne, le renforcement du patriotisme, la fierté d’être Malienne, Malien ; d’où le vœu : que la lecture de « La Résistance des populations maliennes du nord de la Boucle du Niger face à l’agression coloniale de la France (1893-1923) » aide à contribuer à cette réconciliation et à ce renforcement.

 

Pour les auteurs,

Bamako, le 19 janvier 2026