Mali : En 2021, l’inquiétude persiste

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Depuis plusieurs années les messages d’espoirs des autorités nationales agissent comme une déviation des enjeux réels. L’émotion a remplacé la technique. Au lieu de s’attaquer aux mots et d’y remédier correctement, un faux espoir est maintenu au nom d’un Mali éternel protégé par la bénédiction des anciens.

 L’effondrement est déjà là

L’effondrement d’un pays n’est pas forcement lié à l’émergence d’une guerre généralisée, mais celui-ci peut se manifester de plusieurs façons à commencer par l’économie. En effet, les entreprises maliennes tournent à moins de 10% de leur capacité réelle. Les investisseurs étrangers boudent le pays, les nationaux ne créent plus de valeur ajoutée et n’arrivent pas à se diversifier, ce qui constitue un manque à gagner non négligeable. L’État manque cruellement d’infrastructures devant booster l’activité économique. Malgré les nombreux atouts, les opérateurs économiques maliens n’arrivent pas à se hisser au niveau des grandes fortunes du continent africain. La majorité des entreprises locales sont en situation de faillite virtuelle et celles qui parviennent à s’en sortir sont de deux catégories : Celles qui ont une structuration crédible et des certifications leur permettant de travailler dans d’autres pays ou celles qui évoluent exclusivement dans les rouages de l’État. Les nouvelles entreprises sont en grande difficulté. La consommation des ménages est en chute libre et la forte concurrence du secteur informel complique davantage la tâche. L’État malien est débordé, il a de plus en plus recours aux partenaires étrangers. Pourtant la trajectoire économique aurait dû être axée sur trois objectifs, la réduction du déficit, la diminution de l’aide budgétaire étranger et la relance du secteur privé. Mais au contraire, la dépendance vis-à-vis de l’extérieur n’a jamais été aussi importante. Cela signifie que le pays est dans une situation précaire. Le plus inquiétant est aussi le fait que le Mali n’arrive pas à enclencher un véritable plan de relance. Les banques n’arrivent pas à se projeter sur l’avenir, il n’existe pas de garantie réelle quant à l’avenir. La gestion quotidienne est routinière et manque d’innovation, donc de croissance. Les structures internes n’ont pas mené de réflexion sur les pistes d’adaptation face à la situation.

 La mauvaise architecture gouvernementale

En cette période exceptionnelle, liée notamment à la crise multidimensionnelle, le Mali décide d’y faire face avec un gouvernement classique et qui prête parfois à confusion. Par exemple, de qui dépend le secteur stratégique de l’eau ? Du Ministère de l’environnement ou de celui de l’énergie ? Ne fallait-il pas créer un ministère des comptes publics et du budget d’un côté et celui de l’économie, et de la prospective ? Tout, porte à croire que la lourdeur gouvernementale empêche d’atteindre les objectifs. Il aurait sans doute fallu réfléchir sur la création d’un secrétariat d’État chargé de la condition militaire et des forces de sécurité. Dans sa posture actuelle, le Mali devrait être en situation de déploiement stratégique dans tous les secteurs. Les projets doivent être structurants et portés par des partenariats gouvernementaux. Ce n’est pas le fait que ce genre de coopération n’existe pas mais c’est leur pérennité qui pose question. Il faut le rappeler, la transition porte la responsabilité de fixer le Mali sur des principes durables. Or, les ministères ne sont adossés à aucun principe de gouvernance, ni d’évaluation, en un mot il est impossible de savoir quel est l’effet final recherché par les autorités de la transition. C’est pourtant de là que doivent être définis les axes stratégiques. Dès sa prise de fonction, le Premier ministre a annoncé 6 axes et 23 objectifs. Il semble clairement que face à l’urgence et à la faiblesse des mesures annoncées, les départements gèrent le quotidien sans véritable objectifs chiffrés qui restent pourtant l’essence même d’un pouvoir de transition. Le danger d’une telle situation est l’orientation progressive des responsables gouvernementaux vers des stratégies de positionnement personnelles, au détriment d’un objectif commun de redressement national. Bref, tout ce qui a manqué à la gouvernance malienne ces dernières années et qui a conduit aux crises à répétition.

 La désespérance

Le principal risque pour le processus actuel, c’est la désespérance d’un peuple en quête d’une véritable énergie productive. Les maliens tentent de s’accrocher à un espoir qui tarde malheureusement à arriver. Pour relever ce défi le gouvernement doit donner des gages qui démontrent  son engagement. Ce sont des résultats rapides qui peuvent rétablir la confiance tant attendue. Il faut répondre à l’urgence sociale à commencer par l’accès à l’école pour les enfants, l’emploi des jeunes, mais également la condition des femmes et la protection des séniors et des enfants. Dans le domaine sécuritaire, il y a une urgence à développer un plan de lutte contre les crimes de droit commun. Les résultats tactiques encourageants des FAMa et de leurs partenaires doivent être maintenus et surtout évoluer vers un objectif stratégique de paix. Mais toute cette stratégie doit être enclenchée par une posture politique allant d’un discours fédérateur aux actions crédibles et incontestables. Le redressement ne saurait réussir sans une implication complète des populations. Les autorités doivent mener des projets inclusifs en demandant clairement la participation active de la majorité des citoyens. Le gouvernement doit éviter le piège politique. Les groupes de soutien ne feront pas le succès de la transition, mais plutôt les réformes par le consensus. Il va falloir consulter, discuter, décider et rassembler pour avancer progressivement vers des transformations qui donneront l’espoir.

 La rectification

Si l’on s’en tient aux engagements du Chef de l’État, la transition prendra fin dans environ 14 mois. C’est un timing très serré et qui exige l’accélération du processus avec le moins d’erreur possible. Un réaménagement gouvernemental est souhaitable, avec l’arrivée des secrétaires d’État aux missions précises, mais également, certains ministères doivent évoluer vers plus de cohérence. Ce ne sont plus quelques axes qu’il faudra présenter, mais un véritable plan stratégique de la transition avec objectifs évaluables. Le Mali doit lancer un appel rapide au soutien financier. Le budget 2021 n’est pas réaliste et ne permettra pas d’atteindre les objectifs. De nombreux maliens sont conscients du fait que la transition ne pourra pas tout faire, à cet effet, il est donc indispensable que les autorités présentent rapidement quelques priorités qui fixeront le pays sur une trajectoire de redressement. Il faudra une gouvernance de principe qui mettra fin au pouvoir illimité du Président de la République. Une économie cohérente et créatrice d’emplois, une écologie d’action, une politique de défense et de sécurité dotée d’une doctrine, une politique sanitaire et éducative stabilisée, une justice impartiale et distributive pourront être les axes autour des quels pourra s’organiser rapidement la transition pour l’attente de l’État final recherché.

Boubacar Salif Traoré

(Directeur du cabinet Afriglob Conseil)

 

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