Tribune : « Le Mali doit passer d’une économie de consommation à une économie de produire”

Le Mali ne manque ni de ressources, ni d’intelligence, ni d’énergie humaine. Ce qui lui manque, c’est une organisation efficace de ses moyens au service d’un projet économique clair.

13 Avr 2026 - 19:22
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Tribune : « Le Mali doit passer d’une économie de consommation à une économie de produire”

Depuis des décennies, notre économie repose sur un modèle déséquilibré : nous exportons des matières premières et importons des produits finis. Nous consommons ce que nous ne produisons pas, et nous produisons ce que nous ne transformons pas.

Ce modèle n’est pas soutenable.

Il ne crée pas suffisamment d’emplois. Il ne permet pas une montée en gamme de notre économie. Il entretient une dépendance structurelle vis-à-vis de l’extérieur.

Il est temps de changer de trajectoire.

Sortir du faux débat entre État et secteur prive

Le débat entre “tout État” et “tout privé” est un faux débat. Aucun pays ne s’est développé en opposant ces deux forces.

Les pays qui ont réussi ont fait un choix plus intelligent : organiser la complémentarité.

Les partenariats public-privé (PPP) offrent précisément cette possibilité.

Ils permettent à l’État de :

                   accélérer la réalisation des infrastructures

                   améliorer la qualité des services

                   mobiliser des financements privés

                   mieux répartir les risques

Mais à une condition essentielle : que l’État reste stratège.

Un État faible subit les PPP.

Un État fort les utilise pour servir l’intérêt national.

Produire au lieu de dépendre

La vraie question pour le Mali n’est pas seulement d’avoir des routes, des centrales ou des hôpitaux. La vraie question est : que produisons-nous ?

 

Tant que nous resterons une économie d’exportation brute et d’importation massive, nous resterons vulnérables.

Nous devons produire :

                   notre énergie

                   nos produits alimentaires transformés

                   nos textiles

                   une partie de nos médicaments

                   nos services technologiques

 

Cela suppose un changement profond : passer d’une économie de consommation à une économie de production.

Réconcilier universités et entreprises

Aujourd’hui, deux mondes évoluent en parallèle au Mali :

                   les universités

                   les entreprises

Ils se rencontrent peu. Ils coopèrent encore moins.

Résultat :

                   des diplômés sans emploi

                   des entreprises sans compétences adaptées

                   une recherche sans impact économique

C’est une perte immense.

Nous devons créer un système Université–Industrie–Innovation, dans lequel :

                   les universités travaillent sur des problèmes réels

                   les entreprises participent à la formation

                   la recherche devient un outil de production

Apprendre des autres sans copier

Des pays comme la Corée du Sud et la Chine ont montré qu’il est possible de transformer une économie en une génération.

Ils n’ont pas réussi par hasard.

Ils ont :

                   choisi quelques secteurs stratégiques

                   investi massivement dans la technologie

                   relié universités et industrie

                   exigé des résultats

Le Mali n’a pas besoin de copier ces modèles.

Mais il doit s’en inspirer avec lucidité.

Agir maintenant : des choix clairs

Nous n’avons plus le luxe d’attendre.

Des décisions concrètes peuvent être prises immédiatement :

                   lancer des PPP dans l’énergie et la santé

                   créer un parc scientifique à Bamako

                   développer des centres technologiques dans les filières clés

                   mettre en place des formations en alternance

                   soutenir les jeunes entrepreneurs

Ce ne sont pas des idées théoriques. Ce sont des actions réalisables.

Une question de souveraineté

Derrière ces choix, il y a une question fondamentale : la souveraineté économique.

Un pays qui ne produit pas dépend.

Un pays qui ne transforme pas s’appauvrit.

Un pays qui n’innove pas disparaît des chaînes de valeur.

Le Mali doit choisir :

                   subir ou agir

                   dépendre ou produire

                   suivre ou construire

Conclusion : un choix historique

Le Mali est à la croisée des chemins.

Soit nous continuons avec les mêmes méthodes et obtenons les mêmes résultats.

Soit nous changeons d’approche et construisons une économie productive, innovante et souveraine.

Les outils existent.

Les idées sont là.

Les ressources sont disponibles.

Il ne manque qu’une chose : la décision.

Par Harouna Niang

Économiste / Ancien ministre

 

Bamako Avril 2026