Avis d'experts: Face à l'Iran, «Trump n'a pas les cartes en main», contrairement à ce qu'il dit
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky en a fait la douloureuse expérience, un jour de février 2025, dans le bureau ovale: Donald Trump affirme souvent qu'il a «les cartes en main» sur la scène internationale. Mais, face à l'Iran, le président américain, ancien propriétaire de casinos, se trouve à court d'atouts.
Les Etats-Unis «sont dos au mur par leur propre faute», assène Brian Katulis, chercheur au Midle East Institute, interrogé par l'AFP.
Pour Garret Martin, professeur de relations internationales à la American University, cette «impasse» en Iran «est l'exact opposé de l'impression que l'on pouvait avoir en janvier, d'une armée américaine capable des plus extraordinaires exploits» comme la capture-éclair du président vénézuélien Nicolás Maduro, que Donald Trump n'a d'ailleurs de cesse de rappeler.
Le gouvernement américain «n'a absolument pas compris la nature et l'approche du régime à Téhéran, ce qu'il est prêt à encaisser et les leviers dont il dispose», analyse Mona Yacoubian, chercheuse au Center for Strategic and International Studies (CSIS).
«Excursion»
«Je ne vois pas quelles bonnes cartes, ni même quelles cartes tout court [Donald Trump] peut jouer aujourd'hui», ajoute-t-elle, dans un entretien avec l'AFP. Le président américain a répété depuis le déclenchement le 28 février d'une offensive conjointe avec Israël contre l'Iran, qu'il s'agissait d'une «petite excursion», d'un simple «détour», voire d'une «mini-guerre».
Mais voici que Donald Trump, dont ni la patience ni l'endurance ne sont des points forts, engagé dans ce qui ressemble de plus en plus à une longue et pénible randonnée. «J'ai le meilleur des plans,», a-t-il dit lundi aux journalistes dans le bureau ovale. «C'est un plan très simple: l'Iran ne peut pas avoir l'arme nucléaire».
Sauf que ce qu'il appelle un «plan» est en réalité un objectif, dont il ne semble pas s'être vraiment rapproché. Le cessez-le-feu en vigueur depuis le début avril, selon les propres termes du président américain, ne tient qu'à un fil après l'échec d'une nouvelle tentative de négociation.
«Poubelle»
Donald Trump a reproché à l'Iran d'avoir apporté une réponse «bonne pour la poubelle» aux exigences américaines et s'est plaint que les «très malhonnêtes» dirigeants iraniens «changent d'avis» sans arrêt. Mais il a aussi jugé, toujours lundi, qu'une issue diplomatique restait «très possible».
Depuis le début du conflit, il alterne, parfois dans la même journée, menaces d'anéantissement militaire et promesses de résolution diplomatique rapide, sans que ni l'un ni l'autre scénario ne se concrétise. Donald Trump a parlé d'éliminer la «civilisation» iranienne, mais a aussi imaginé une gestion commune ("joint venture") du détroit d'Ormuz avec l'Iran.
Il a promis une guerre ne durant pas plus de «six semaines», un délai déjà dépassé, mais aussi martelé qu'il avait «tout son temps», cela alors que les prix de l'essence, un baromètre économique mais aussi politique de première importance aux Etats-Unis, ne cessent de grimper.
La Chine observe
Pendant son premier mandat présidentiel, M. Trump avait dénoncé l'accord international sur le nucléaire iranien de 2015, conclu pendant la présidence de Barack Obama, en promettant de décrocher pour sa part un accord bien supérieur, mais les analystes doutent qu'il y arrive. «Il ne sait simplement pas comment obtenir un meilleur accord», conclut Brian Katulis.
Et d'autant moins que l'Iran a désormais découvert quel puissant «levier» représentait le contrôle du détroit d'Ormuz, cette artère névralgique du commerce de pétrole, note Garret Martin.
La conduite du conflit en Iran par Donald Trump est scrutée de près par les dirigeants du monde entier, qui espèrent y trouver des indices pour contrer les coups de poker futurs du milliardaire new-yorkais. Parmi ces dirigeants figure le président chinois Xi Jinping, qui recevra son homologue américain à Pékin cette semaine.
Donald Trump arrivera en Chine «affaibli», note Brian Katulis. «En un mois et demi, l'armée américaine a beaucoup puisé dans ses réserves d'armement et de munitions et la Chine le sait», souligne l'expert.
Source: https://www.bluewin.ch/fr