Trump veut récupérer l’uranium iranien: voici les différents scénarios pour cette opération XXL
En projetant de s’emparer de l’uranium iranien, Donald Trump vise à se présenter en vainqueur de la guerre afin d’y mettre rapidement fin, estime Roger Housen, ex-colonel et spécialiste des questions de défense. “Mais une telle opération est cinq fois plus complexe que l’enlèvement de Maduro à Caracas”, prévient-il, tout en faisant l’ébauche des différents scénarios qui pourraient se dessiner en Iran: réussite américaine, échec, réaction iranienne, etc.
Donald Trump envisage de mener une opération terrestre en Iran afin d’en retirer près de 450 kg d’uranium hautement enrichi, selon le Wall Street Journal. Le président américain pourrait ainsi remplir son objectif: mettre fin au conflit à la mi-avril.
1. Les Américains savent-ils où se trouve cet uranium?
“C’est là toute la question”, résume Roger Housen. “Il semble qu’après la guerre de douze jours de juin dernier (lorsque des frappes aériennes israélo-américaines ont touché des installations nucléaires iraniennes à Ispahan, Natanz et Fordo, ndlr), au moins une fraction des stocks d’uranium iranien a été transférée vers des sites plus sécurisés. Une autre partie serait ensevelie sous terre, dans des galeries rendues inaccessibles suite aux bombardements. Mais nous n’avons aucune certitude quant à la localisation précise de cet uranium.”
2. Comment une telle opération militaire peut-elle se dérouler?
“Les forces spéciales américaines ne peuvent pas simplement mener une incursion terrestre, prendre ces 450 kilos d’uranium dans leurs sacs à dos et quitter le pays. Il leur faudrait d’abord s’emparer d’aéroports à proximité des sites de stockage, ou construire des pistes d’atterrissage sur place, afin d’acheminer les troupes. Les hélicoptères et les avions de transport doivent aussi pouvoir amener le matériel nécessaire afin d’atteindre ces stocks probablement situés sous terre: bulldozers, marteaux-piqueurs, explosifs, etc. Tout cela sans oublier de mettre en place des systèmes capables de protéger les troupes.”
“Dans un deuxième temps, il leur faudrait neutraliser la défense aérienne iranienne afin de contrôler les cieux. Ce n’est qu’alors qu’il sera possible de chercher et de récupérer l’uranium. Pour cela, les États-Unis disposent d’équipes CBRN (chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires, ndlr) spécialisées, formées pour manipuler ce type de matériel.”
“Ils devront enfin transporter l’uranium en toute sécurité jusqu’aux aéroports sous contrôle américain, et ce tout en se protégeant des attaques iraniennes. Organiser une telle opération est d’une incroyable complexité, jusqu’à cinq fois supérieure à celle de l’enlèvement du président vénézuélien à Caracas.”
3. Combien de temps une telle opération prendrait-elle?
“Si tout se passe bien, environ 12 à 24 heures. Il est essentiel d’être rapide dans ce genre d’opérations. Plus cela dure, plus le risque d’une riposte est grand. Les soldats américains devraient donc partir avant que les Iraniens n’aient le temps de mettre en place une telle attaque. Là réside tout le succès de l’opération.”
“En 1979, lors de la révolution iranienne, des étudiants avaient pris en otage des dizaines de diplomates et de civils américains à l’ambassade de Téhéran. Le président Jimmy Carter pensait alors que leur libération nécessitait une opération rapide, qui ne prendrait pas plus de douze heures. Un peu comme aujourd’hui. Ce fut un fiasco. L’affaire a duré quatorze mois, ce qui a notamment contribué à l’élection de Ronald Reagan à la présidence des États-Unis. De telles opérations sont si complexes que si un seul imprévu se produit, toute la manœuvre échoue.”
4. L’Iran pourrait-il céder son uranium, si cela peut servir de condition préalable à la fin de la guerre?
“C’est très peu probable. Le contrôle du détroit d’Ormuz et l’industrie nucléaire représentent les meilleurs atouts de Téhéran afin de contraindre Washington à faire des concessions. C’est l’assurance-vie du régime à long terme. On peut donc supposer que les autorités iraniennes ont réparti leurs stocks d’uranium sur plusieurs sites afin de compliquer leur saisie par les États-Unis. Théoriquement, ces stocks peuvent contribuer à la fabrication d’environ dix bombes atomiques. Même s’il ne leur en reste qu’une partie, ils pourront toujours fabriquer des armes nucléaires.”
5. Trump a-t-il menti lorsqu’il a déclaré l’année dernière que le potentiel nucléaire de l’Iran avait été “totalement détruit” et que son programme nucléaire avait été retardé de “plusieurs décennies”?
“Pour fabriquer une arme nucléaire, il faut non seulement de l’uranium, mais aussi des machines pour l’enrichir et le savoir-faire nécessaire à la fabrication d’une bombe. Les infrastructures peuvent être détruites. C’est ce qui a été fait en grande partie lors de la guerre des douze jours en 2025. Mais il y a encore en Iran des personnes qui possèdent le savoir-faire nécessaire pour fabriquer une arme nucléaire, et les stocks d’uranium enrichi sont encore intacts. Si de l’uranium enrichi s’était échappé des sites touchés l’été dernier, on aurait pu le mesurer. Or cela n’a pas été le cas. L’Iran avait d’ailleurs fait savoir à l’époque avoir évacué au préalable ses équipements jugés essentiels.”
6. Si les États-Unis réussissent à récupérer cet uranium, l’Iran pourrait-il se réapprovisionner auprès de son allié russe?
“Ce serait une option, mais Poutine s’en gardera bien. Washington ne manquerait pas de le désapprouver. Pékin ferait également part de son inquiétude. Seule la Corée du Nord pourrait fournir de l’uranium à l’Iran, mais Kim Jong-un ne s’y risquerait pas non plus.”
“L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), chargée par l’ONU de veiller à ce que les programmes nucléaires ne soient pas utilisés à des fins militaires, reste pour l’instant en retrait, car elle ne peut intervenir qu’après un cessez-le-feu. De plus, avec Trump, les États-Unis font fi des règles internationales, y compris celles de l’AIEA.”
7. Trump serait également en train de préparer une opération sur l’île de Kharg, où 90% du pétrole iranien transite. Peut-il s’emparer à la fois de Kharg et de l’uranium iranien?
“Son approche repose sur trois axes: paralyser l’industrie pétrolière iranienne, rouvrir le détroit d’Ormuz pour réapprovisionner l’économie mondiale en hydrocarbures, et résoudre le problème du nucléaire iranien. Même les États-Unis ne sont pas capables de remplir tous ces objectifs. Je pense que Trump cherche à arracher une victoire sur un seul de ces axes afin de pouvoir déclarer que la guerre est gagnée et qu’il serait temps d’y mettre fin. Cela lui importe peu que ce succès vienne de Kharg, du détroit d’Ormuz ou de la captation de l’uranium iranien.”
Source: https://www.7sur7.be/