Le médecin Lieutenant-Colonel Cheick Fanta Mady Koné à propos de la pandémie du COVID-19 : “La maladie est une réalité dans notre pays et tout le monde est susceptible d’être atteint”

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“Nous avons plus de 2 000 personnes-contacts qui sont suivies à Bamako et dans les autres régions”

Afin de permettre à nos lecteurs de mieux connaitre la pandémie du Covid-19, ce mal du siècle, nous avons réalisé une interview au cours de laquelle le sous-directeur Santé et Secours médical de la Direction générale de la Protection civile, le Médecin Lieutenant-colonel Cheick Fanta Mady Koné, a abordé toutes les questions relatives à cette maladie qui continue de faire des victimes à travers le monde.

Aujourd’hui-Mali : Pouvez-vous nous parler de la pandémie du coronavirus ?

Cheick Fanta Mady Koné : La pandémie liée au Covid-19 est une maladie virale qui est née en Chine, mais se retrouve un peu partout dans le monde. Il s’agit du virus de la famille des coronavirus qui habituellement vit chez les animaux. Certainement par mutation qui est très rare ou manipulation au laboratoire, il s’est retrouvé chez l’Homme. Pour mieux élucider cela, c’est comme si vous prenez un animal comme la vache qui appartient à la famille des mammifères. Et dans cette famille des mammifères vous trouvez un autre animal qui pond des œufs comme la poule.

Dans ce cas, nous parlerons d’un changement ou d’une mutation. C’est ce changement qui fait la dangerosité de cette maladie car la médecine moderne ignore tout de cette maladie provoquée par un nouveau virus. Cette mutation ou manipulation a permis au virus qui au départ était un virus du règne animal de se retrouver chez l’Homme et pour créer maintenant la maladie qu’on désigne par son nom scientifique le Sars-Cov II, mais que l’on appelle communément Covid-19.

Les coronavirus sont connus, ils sont répertoriés comme étant une maladie des animaux, mais le Covid-19 ou le Sars-Cov II est une nouvelle variété du virus de la famille des coronavirus qui se développe chez l’homme et qui est vraiment méconnu de la médecine moderne.

Quels sont les symptômes de cette maladie ?

Cette maladie se manifeste exactement comme une grippe ordinaire avec des courbatures, des toux, des fièvres, des éternuements. Mais des signes particuliers comme l’anoxémie (le manque d’odeur) qui est un des singes prémonitoires parce qu’il survient le plutôt avant les fièvres, les courbatures et autres. Aussi, elle se manifeste par le manque de goût. Donc la personne atteinte peut ne pas sentir le goût des aliments et l’odeur.

Ces deux signes, rares dans les grippes ordinaires, sont les signes qui annoncent que la personne a de fortes chances d’être atteinte du Covid-19.

Quelles sont les manifestations cliniques du Covid-19 ?

Les manifestations cliniques sont de plusieurs ordres d’une personne à une autre. En effet, vous trouverez parmi les personnes infectées celles qui sont appelées asymptomatiques, estimées entre 70 et 85% des malades qui ne présentent aucun signe, mais qui demeurent très contagieuses. C’est ce qui fait la particularité de ce virus. Aussi, la contamination interhumaine se fait à une vitesse de croisière ou exponentielle.

Donc, à partir de la contamination, les symptômes peuvent se présenter sous forme de fièvres, de courbatures, de toux, de fatigue générale, parfois même de manque d’appétit, de sommeil en plus des céphalées qui résistent aux antalgiques ou antidouleurs ordinaires.

Est-ce vrai que le virus ne peut pas survivre à notre climat ?

Je crois que cela est déjà démenti. A partir du moment où pratiquement tout le Sahel est touché par la maladie. Au Mali, nous avons dépassé la barre des 500 cas de personnes infectées. Même là, ce sont ceux qui sont réellement venus se faire consulter soit de façon volontaire ou à la demande de leur médecin. Donc, le virus survit bel et bien à notre climat.

Quelles sont les personnes qui peuvent développer des complications ?

Les personnes susceptibles d’avoir des complications suite à ce virus sont celles qui ont une immunité réduite soit par l’âge ou par d’autres tares. Les tares sont des maladies chroniques tels le diabète, les pathologies cardiovasculaires, le VIH, les maladies respiratoires… Donc, les personnes qui ont déjà ces prédispositions peuvent avoir des complications.

Il faut également noter que ceux qui ne dorment pas assez ou qui ne mangent pas convenablement peuvent aussi développer des complications lorsqu’elles sont atteintes par cette maladie.

Que dites-vous aux Maliens qui ne croient toujours pas à l’existence de cette maladie ?

Je veux juste dire aux Maliens qui ne croient toujours pas à l’existence de cette maladie, que cette maladie existe et elle continue à faire des victimes à travers le monde. Il y a eu plusieurs pathologies qui n’ont pas défrayé la chronique parce que tout simplement les moyens de communication n’étaient aussi développés à l’époque. Mais aujourd’hui où nous sommes informés de façon instantanée de ce qui se passe en Asie, en Amérique, en Europe ou à l’autre côté du globe, il faudra s’attendre au pire si jamais les Maliens ne croient pas à l’existence de cette maladie.

Contrairement à certaines rumeurs, nous ne donnons pas d’argent à quelqu’un pour qu’il se déclarer positif. Nous avons eu des cas où des personnes sont tombées malades. Elles ont été traitées et guéries. Nous avons aussi des cas où des personnes ont été traitées et n’ont pas pu être guéries.

Nous avons plus de 2 000 personnes contacts qui sont suivies à Bamako et dans les autres régions. Donc, la maladie est une réalité et tout le monde est susceptible d’être atteint par cette maladie.

Aujourd’hui, aucune étude scientifique ne nous prouve que si on fait la maladie une fois, que l’on ne peut pas la refaire une deuxième fois. Donc, la question de l’immunité acquise n’est pas encore résolue sur le plan scientifique. Donc, il est important que chacun garde à l’esprit que cette maladie peut attraper tout le monde et dans toutes les situations.

Que dire aux Maliens qui pensent que c’est un moyen pour le gouvernement d’avoir de l’argent ?

Je pense qu’ils peuvent se détromper. Ce n’est pas un moyen pour le gouvernement d’avoir de l’argent. Sinon, aujourd’hui, les pays les plus riches sont en train de faire les frais. Les Etats-Unis sont à plus cinquante mille morts.

En Grande Bretagne, ils sont à plus de 26 000 morts. Je pense que si nous sommes malades ce sont ces pays qui nous font des perfusions économiques. Maintenant, est-ce qu’ils ont besoin de se déclarer malades eux-mêmes pour avoir de l’argent ? Je ne pense que cela soit réel.

Ce n’est pas un problème d’argent. D’ailleurs, vous avez certainement remarqué que depuis l’apparition de la maladie au Mali, nous avons toutes les peines à joindre les deux bouts sur le plan sanitaire, la prise en charge thérapeutique, les diagnostics, les restaurations des malades. Donc, ce n’est pas une question d’argent. C’est tout simplement une réalité, une pandémie comme nous avons vécu par le passé l’épidémie de la peste.

Votre mot de la fin ?

Je voudrais appeler tous les Maliens à observer strictement les mesures barrières, notamment la distanciation sociale, de se laver régulièrement les mains, de se protéger en portant les masques, d’éviter les attroupements qui constituent un moyen de propagation de la maladie, de tousser dans les coudes, de rester chez soi, d’utiliser les mouchoirs jetables.

       Réalisée par Boubacar PAÏTAO

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