Déférence d’Etat à la mémoire d’une grande figure de la démocratie : Soumana Sako, l’exception qui divise la République
Décédé, le 15 octobre 2025, à l'âge de 75 ans, l'ancien Premier ministre Soumana Sako a rejoint sa dernière demeure au cimetière d’Hamdallaye.
Ces obsèques se sont déroulées, samedi, à son domicile sis à Faladié, en présence de nombreuses personnalités politiques, comme l’ancien président de la Transition, Dioncounda Traoré. Les anciens chefs de gouvernement, Ousmane Issoufi Maïga et Modibo Sidibé, des membres du gouvernement de Transition 1991-1992 ainsi que plusieurs figures du mouvement démocratique malien se sont également démenés pour rendre un dernier hommage à un homme qui aura marqué et impressionné ses concitoyens par ses qualités morales, durant toute son existence. Son nom n’a eu de cesse de rimer avec intégrité, franchise et honnêteté intellectuelle partout où son parcours d’homme public l’a conduit.
Ministre des Finances entre 1986 et 1987, sous le régime du général Moussa Traoré, Soumana Sacko a laissé ses traces par le refus de la compromission et une intransigeance exemplaire sur les principes et valeurs l’ayant conduit à rendre le tablier avec fracas, avant de mériter une carrière à l’international pour le compte du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Sa réputation d’homme de rigueur et ses compétences avérées feront de lui l’enfant prodige incontestable de la Transition consécutive à l’avènement de la démocratie où il a formé un duo gagnant avec le chef de l’Etat Amadou Toumani Touré en tant que Premier ministre jusqu'à l'investiture du premier président élu du Mali, Alpha Oumar Konaré. Candidat à la Présidentielle à deux reprises, Zorro n’a cependant jamais pu convaincre les Maliens afin d'accéder à la magistrature suprême.
Dans un communiqué, le gouvernement de Transition lui a rendu un hommage à contre-courant des malaises qu’il n’a eu de cesse d’entretenir avec les autorités actuelles depuis l’avènement de la Transition conduite par Assimi Goïta. En dépit de son rejet de la trajectoire du Mali-Koura ainsi que de ses réformes multiples, de ses critiques acerbes contre la nouvelle constitution qu’il dénonce comme un recul démocratique, il a quand même mérité une pluie d’épithètes positifs qui en font une exception parmi tant de défuntes figures du Mouvement démocratique ayant servi et porté l’Etat à des hauteurs similaires. On y dénombre Soumeylou Boubèye Maïga, également ancien Premier Ministre et ancien patron de la Sécurité d’Etat, Tiébilé Dramé, plusieurs fois ministre en même temps que Me Amidou Diabaté ou encore Me Hassane Barry dont les décès ont manqué d’inspirer aux autorités la déférence et les reconnaissances dues à leurs services.
Soumana Sako méritait certes les qualificatifs de «Grand Serviteur de l'Etat, brillant, intègre et franc, pour son engagement au service de la Nation», mais la dépouille d’homme d’Etat qu’il fut n’était guère plus éligible que celle d’autres serviteurs de l’Etat aux honneurs de la République, si tant il est qu’une telle sélectivité contraste avec toute dynamique de réconciliation nationale.
A KEITA