Le consultant et homme de terrain Noumou Ben Diakité : « La lecture est véritablement un voyage … »

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Dans le cadre de la promotion de la lecture comme facteur de développement au Mali, nous avons approché le Dr. Noumou Ben Diakité afin qu’il se prononce sur la lecture. Lisez notre entretien.

 

Noumou Ben Diakité
Noumou Ben Diakité

Bonne Lecture : Qu’est-ce que la lecture selon vous ?

N.B.D : Au-delà de l’activité de compréhension d’une information écrite, la lecture est source de « savoir-déchiffrer, savoir-interpréter, savoir-communiquer ». La lecture est véritablement un voyage, un parcours de recherche de connaissance et de savoir, car « notre savoir, c’est surtout celui des autres ». Dans notre monde où l’oralité a une très grande valeur, oralité qui malheureusement est de plus en plus en perte de vitesse, la lecture a un grand rôle à jouer. Dans la quête du savoir, la communication rencontre des contraintes, nous allons surtout vers ce qui ont l’avoir et le pouvoir et non le savoir. La lecture est une facilité à l’accès au savoir, au contact, à la communication, …. Le boom de la communication par les NTIC est passé par la lecture.

 Quand est-ce que vous avez commencé à lire ?

J’ai eu la chance très tôt d’avoir été chouchouté par des grands instituteurs (F. Diawoye DIAKITE, F. Chaba SANGARE) qui mettaient des livres scolaires à notre portée. Comme tous les scolaires du temps colonial, j’ai commencé à lire à l’école, dans un environnement de convivialité et de concurrence entre élèves, un climat bien géré par nos maîtres. Mais le livre de mon enfance c’était « La savane rouge » de Fily Dabo SISSOKO qu’il m’avait offert en 1958 par le canal de mon frère, mon véritable protecteur qui était son ami. A cette époque, je n’y comprenais rien, mais ce livre m’a suivi au lycée et au cycle universitaire.

Qu’est-ce que la lecture vous a apporté ?

La lecture m’a apporté la patience, la découverte du savoir des autres et souvent cette conversation anodine avec un écrivain lointain à travers ses personnages. Lors des longs voyages, la lecture d’un livre est une occasion idéale pour passer du bon temps. En tant que consultant et homme de terrain, la lecture me permet de voyager, d’interpréter à travers l’écrit ce que je cherche et d’avoir accès au savoir des autres.

On a coutume de dire que les maliens ne lisent pas, selon vous, ce constat amer est dû à quoi ?

Avoir accès aux livres n’est pas à la portée de tout le monde au Mali. La lecture est une affaire personnelle, individuelle, qui demande un isolement, une concentration alors que nous sommes dans une société dominée par l’oralité et la vie en commun. En dehors du circuit scolaire, la lecture commentée en groupe n’existe pas. En plus la majorité de la population est analphabète et illettrée car le livre doit être aussi un investissement, un instrument dont il faut savoir se servir. Souvent le malien moyen a d’autres préoccupations matérielles et financières prioritaires que l’achat et la lecture des livres. Un bon livre même scolaire coûte cher, donc l’accès aux livres et à la lecture est lié aux conditions socioéconomiques et culturelles de la population. Avec le temps, cette triste réalité sera moins amère.

Avec l’arrivée de l’internet, ne craigniez-vous pas la disparition du livre imprimé ?

Dans les pays dits développés, avec le multimédia et les NTIC, les nouvelles générations sont entrain de délaisser le livre imprimé au profit du numérique. En effet la numérisation des documents et des livres est une forte réalité, c’est dire que le numérique va au galop. En plus, la montée en flèche des coûts du papier et de l’imprimerie et d’autres considérations vont dans le sens de la disparition du livre imprimé sur papier. Mais l’accès aux NTIC exige aussi un environnement cher, qu’il est nécessaire d’acquérir dans nos pays. En effet, le livre électronique permet de rendre accessible au monde entier un nombre illimité de publications et à des coûts dérisoires, mais ceci n’est pas pour demain, surtout dans nos pays fortement sous-équipés en équipements et matériels NTIC où les connections sont des problèmes quotidiens. C’est dire que dans nos pays, le livre imprimé a encore un temps de vie.

Quel appel avez-vous à lancer pour que les gens lisent beaucoup dans notre pays ?

Il faut rendre les supports de lecture (livres, journaux, …) accessibles aux lecteurs. Dans ce sens, il faut revoir impérativement les coûts à la baisse et demander à l’Etat de renforcer sa politique de subvention au secteur. Les livres sont chers et ne sont disponibles que dans les palaces et les hôtels, il faut que les librairies deviennent plus populaires un peu partout. Il est nécessaire de faire un effort de diffusion au niveau des principales villes de l’intérieur.

Votre dernier mot

Le vrai appel, c’est d’inviter les cadres et les intellectuels à lire, mais surtout à écrire. Nous sommes tous quelque part, « possesseurs d’un savoir qu’il faut matérialiser et partager ». Le savoir africain est immense, pluriel et multiforme et le Mali qui est carrefour mais aussi berceau de cultures riches en est un véritable exemple. Enfin, empruntons aux sages les envolées de leur sagesse, en faisant allusion à A HAMPATE BA : « Il n’y a pas de petit feu, il n’y a pas de grand feu, c’est un problème de combustible ». Le Mali pour grandir a besoin du savoir partagé de tous ces fils afin que la flamme grandisse et reste continue.

Entretien réalisé par Mamadou Macalou

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