Liberté d’expression et sécurité en Afrique de l’Ouest : ARTICLE 19 suscite le débat à Dakar

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Liberté d’expression et sécurité en Afrique de l’Ouest : ARTICLE 19 suscite le débat à Dakar« Liberté d’expression et sécurité en Afrique de l’Ouest », c’est le thème du Ndogou Débat (causerie-débat au cours de la rupture du jeune), organisé par ARTICLE 19, le 3 juillet 2014 au King Fahd Palace de Dakar. L’initiative de Fatou Jagne Senghor, Directrice régionale d’Article 19 Afrique de l’Ouest, qui a permis d’échanger autour de ce thème d’actualité, a été saluée par les participants, composés d’acteurs imprégnés de la question et de l’étroite corrélation entre sécurité et liberté d’expression.

 

Avec des discutants comme Madiambal Diagne, président du CEDEPS et DG d’Avenir Communication, Ousmane Diagola d’ Africable, le Pr Fatou Sall Sow, Coordinatrice des femmes leaders, Directrice de Laboratoire Genre, le Dr Bakary Sambe, Enseignant/Chercheur, Université de St Louis, Birame Owens Ndiaye Expert en Gouvernance, Thomas Hughes, Directeur exécutif d’Article 19 International, Mamoudou Ibra Kane, DG du Groupe Futur Médias et de nombreux autres participants, les échanges étaient à la hauteur de la pertinence du sujet.

Selon Fatou Jagne Senghor, c’est le séjour au Sénégal du Directeur exécutif d’ARTICLE 19 International, Thomas Hughes, qui a été mis à profit pour organiser cet espace de débat. Liberté d’expression et sécurité sont elles complémentaires ou antinomique ? ou les deux à la fois ? Sécurité renvoie-t-elle à sécurité d’Etat, sécurité des biens  ou des personnes ? Le thème est d’une importance tant les menaces terroristes sont partout présentes en Afrique de l’Ouest avec la présence des islamistes au Niger, au Mali et au Sénégal, de Boko Haram au Nigeria. On est en présence d’une situation explosive qui demande à s’interroger si l’enjeu de la sécurité va de pair avec celle de la liberté d’expression ou si cette dernière doit être mise en veilleuse ?

Telle qu’introduit par la Directrice régionale de Article 19 Fatou Jagne Senghor, il n’en fallait pas plus pour que « l’appétit intellectuel en dispute à celui de la nourriture » au moment de la rupture du jeun ou le Ndogou selon les Ouolofs. Le discours introductif du Dr Abdoulie Janneh, Directeur exécutif de la Fondation Mo Ibrahim et Président de l’Institut africaine de Gouvernance (IAG), « Sécurité régionale en Afrique de l’Ouest, quelle implication pour les droits humains ? » a achevé de camper le décor pour un débat convivial. Il prendra exemple sur les crises vécues en Côte d’Ivoire, au Togo, au Mali et en Guinée. Pour lui, les menaces découlent aussi  de la mauvaise gouvernance, les exclusions économiques et sociales. Ces conflits peuvent déborder comme les conflits touaregs au Mali, le Boko Haram au Nigeria qui s’étend au Cameroun, au Tchad et au Soudan.

La qualité de certaines armées, avec une absence de formation et l’absence du caractère républicain peut être la cause de l’insécurité, le cas des coups d’Etat en Guinée Bissau et au Mali en attestent. Le Dr Abdoulie Janneh, Directeur exécutif de la Fondation Mo Ibrahim et Président de l’Institut africaine de Gouvernance (IAG) a cité aussi les changements climatiques qui impactent sur la paix et la sécurité, par les migrations, les concurrences pour le contrôle des ressources, qu’ils entrainent.

Le Dr Bakary Sambe dresse un lien entre la religion et la sécurité, par « la politisation à outrance des religieux et la marchandisation de la religion ». Ce n’est pas l’Islam qui s’oppose à la liberté, mais une certaine compréhension de l’Islam, selon ce chercheur universitaire de Saint-Louis.

Le Maître de conférences à l’IFAN, chercheuse et présidente du RESEF, Fatou Sall Sow a touché du doigt l’impact de la menace islamiste sur la situation des femmes, les liens entre sécurité et liberté d’expression. Selon elle la solution à l’intégrisme religieux passe par les confréries religieuses, « même si nous avons des problèmes avec certaines confréries qui n’admettent pas la présence des femmes dans certains espaces publics », propose-t-elle.

Madiambal Ndiaye, Directeur de Le Quotidien, qui avait accompagné à Bamako, en mars 2013, une mission d’Article 19, pour soutenir le journaliste Boukary Daou (votre serviteur) arrêté par la sécurité d’Etat,  a mentionné les cas de convulsions politiques, où des journalistes ont été violentés. Ce grand défenseur de la liberté d’expression propose de travailler à développer des mécanismes de protection des droits humains. Il met l’accent sur la nécessité de protéger certaines catégories de personnes, dont les défenseurs des droits humains et les journalistes qui sont très souvent une cible. Il a salué les efforts de l’ONG article 19 qui a effectué une autre mission à Bamako, suite à l’assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon.

Pour cet autre Expert en Gouvernance, Birame Owens Ndiaye, il y a lieu de renforcer la citoyenneté chez les citoyens, qui doivent être d’abord garants de la liberté et de la sécurité, même si les gouvernements ont l’obligation de bien gérer les Nations. Le Directeur exécutif d’Article 19 International, Thomas Hughes, a insisté sur la nécessité pour les gouvernants de protéger les droits humains et le droit à l’information, et en particulier dans les situations de conflits politiques. Dans ce cadre en 2013, l’Article 19 a envoyé une mission au Mali pour redoubler la vigilance dans l’affaire Boukary Daou. Selon le Directeur exécutif d’Article 19 International, le journaliste continue de faire l’objet d’une attention particulière de son organisation.

En résumé dira un intervenant, ce sont l’injustice, l’impunité et la pauvreté qui sont à l’origine des menaces à la sécurité et l’accès à l’information est leur antidote. La meilleure façon de combattre l’insécurité est de promouvoir la liberté d’expression.

Pour l’organisatrice de Ndogou, Fatou Jagne Senghor, ce genre de débat ne manquera pas dans l’avenir.

 

B. Daou

De retour de Dakar

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