Internet : l’envol et les errements du nom de domaine malien

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Internet : l’envol et les errements du nom de domaine malien   En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/02/20/l-envol-et-les-errements-du-nom-de-domaine-malien_4580693_3212.html#2xgegxryyHqMxJsV.99Ça peut sembler dĂ©calĂ©. Lui y croit. Directeur gĂ©nĂ©ral de l’Agence des technologies de l’information et de la communication, l’Agetic, Ă©tablissement public crĂ©Ă© Ă  Bamako il y a dix ans, Moussa Dolo est le gestionnaire en chef du .ml, le nom de domaine de premier niveau du Mali.

Son bĂ©bĂ© est promis Ă  un brillant avenir. « Le .ml, c’est l’identitĂ© du Mali !, explique-t-il. En rendant le pays visible sur Internet, il permet aux Maliens de faire du business et donne une meilleure image du pays dans le monde entier. » Moussa Dolo voit mĂȘme plus loin : « Avec le .ml, nous pouvons mĂȘme devenir un hub numĂ©rique, d’ici 2020. C’est un symbole d’unitĂ©, il aidera la rĂ©unification avec le nord… »

DĂ©lĂ©guer la gestion du .ml Ă  l’étranger

Le .ml, plus fort que Barkhane ? L’Agetic, en tout cas, a usĂ© des grands moyens. Depuis mars 2013, le Mali offre gratuitement son nom de domaine. Une premiĂšre pour un pays africain.

Plus besoin, donc, d’ĂȘtre Malien, ni de payer (5 Ă  6 dollars pour un .fr, 10 Ă  15 pour un .sn, le nom de domaine du SĂ©nĂ©gal). La dĂ©marche est gratuite, sans rĂ©gulation. Aujourd’hui n’importe qui, sur n’importe quel continent, peut s’offrir une adresse avec suffixe .ml, en passant par un site Ă©purĂ© Ă  l’extrĂȘme, traduit (au choix) en français, en anglais et en nĂ©erlandais.

Aujourd’hui, deux ans aprĂšs cette mise Ă  disposition du .ml, Moussa Dolo crie victoire. Le nombre de sites en .ml a explosĂ© : il est passĂ© de quelques centaines
 Ă  plus de 160 000 ! Une envolĂ©e, si l’on en croit les chiffres de l’Agence, que n’a aucunement ralenti la guerre au Mali.

Mais la gratuitĂ© a un coĂ»t et des inconvĂ©nients. N’ayant ni infrastructure ni moyens financiers adaptĂ©s (son budget plafonne Ă  42 000 dollars), l’agence malienne a dĂ» dĂ©lĂ©guer la gestion du .ml Ă  l’étranger, Ă  la sociĂ©tĂ© luxembourgeoise Freenom, spĂ©cialisĂ©e dans l’attribution et la gestion de noms de domaines gratuits.

Ce choix est trĂšs critiquĂ© d’un bout Ă  l’autre de la Toile africaine. « Le .ml n’appartient plus au Mali, s’insurge ainsi Lala Andriamampianina, gestionnaire du .mg, l’extension malgache. C’est le Luxembourg qui contrĂŽle tout. L’enjeu du nom de domaine, c’est pour nous, au contraire, la souverainetĂ© nationale. »

Ce point de vue est partagĂ© par l’Afnic, l’Association française pour le nommage Internet en coopĂ©ration, gĂ©rante du .fr, qui se bat pour soutenir les noms de domaines nationaux en Afrique. « Dans un contexte oĂč tout est .com, Ă  l’amĂ©ricaine, nous dĂ©fendons un modĂšle au service du local, du dĂ©veloppement, contre les modĂšles privĂ©s du business, explique Pierre Bonis, son directeur gĂ©nĂ©ral adjoint. Au Mali, Ă  cause de la dĂ©lĂ©gation, il n’y pas de d’émergence de gestionnaires locaux, pas de hausse d’usage de l’Internet par les Maliens, pas d’appropriation par la population. » L’Agetic l’avoue : 94 % des noms de domaine en .ml sont enregistrĂ©s en dehors du Mali. Seuls 10 000 sont le fait d’internautes nationaux.

Méthodes « agressives »  et gestion « opaque »

Pire : Ă  cause de l’absence de rĂ©gulation, les faux sites crapuleux, Ă  l’espĂ©rance de vie de dix minutes, se multiplient. Le .ml est devenu le deuxiĂšme domaine national le plus touchĂ© par les pratiques de phishing ou hameçonnage (utilisĂ©e par des usurpateurs d’identitĂ© pour obtenir des renseignements personnels sur les internautes), selon le consortium APWG.

Mais malgré ses problÚmes, le modÚle gratuit est en ascension. Depuis 2013, Gabon (.ga), la Centrafrique (.cf) et la Guinée Equatoriale (.gq) ont ainsi emboßté le pas au Mali, et délégué la gestion de leur domaine à Freenom.

L’entreprise luxembourgeoise n’a pas bonne presse. Ses mĂ©thodes sont dĂ©crites comme « agressives », sa gestion « opaque ». D’ailleurs, tout le .ml n’est pas gratuit. Freenom vend aussi des centaines d’adresses premiums, payantes celles-ci, et des espaces de publicitĂ©s sur les sites pĂ©rimĂ©s ou non-utilisĂ©s. Tout cela s’avĂšre trĂšs rentable et permet Ă  la sociĂ©tĂ© de faire pression sur les gestionnaires de domaines africains.

L’Afrique subsaharienne à la traüne

Ceux-ci, sous financĂ©s, mal Ă©quipĂ©s, soumis Ă  des pressions politiques et Ă  l’instabilitĂ© du cadre lĂ©gal, sont encore Ă  la peine. Selon les chiffres de l’Icaan, il n’y aurait que 1,2 million de noms de domaines Ă  suffixe nationaux enregistrĂ©s sur le continent. La quasi-totalitĂ© se trouve en Afrique du Sud (950 000 .za), en Afrique du Nord (Ă  peu prĂšs 100 000) ou au Nigeria (30 000 .ng). L’Afrique subsaharienne reste Ă  la traĂźne. Le SĂ©nĂ©gal ne dĂ©passe pas les 5 000 enregistrements, le Niger tourne autour de 2 000.

Le choix du tout-gratuit est donc tentant et Ă  long terme, l’expĂ©rience pourrait s’avĂ©rer porteuse. « Cela permet une automatisation, une diffusion de la marque, et surtout un financement », rappelle Pierre Bonis. Selon l’Agetic, l’objectif final est d’ailleurs le rapatriement de la gestion du .ml au Mali. « D’ici six ans », assure Moussa Dolo.

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