Gouvernance au Mali : Comment exorciser le démon du putsch ?

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Quatre coups d’Etat en 60 ans de gouvernance. Le Mali est devenu un recordman des putschs sur le continent. Cela est-il la rançon d’une armée républicaine trop interventionniste dans le débat politique ou le signe d’une classe politique trop impulsive ?

Maliweb.net -S’il y a eu neuf coups d’État réussis sur le continent africain dans les années 1950, dans les années 60, 70, 80 et 90, ce sont une quarantaine de tels soulèvements qui ont été comptabilisés par décennie.

C’était une période de mouvance qui suivait l’accession à l’indépendance de plusieurs pays, souligne Jonathan Powell. « Les conditions menant fréquemment à des coups d’Etat, comme la pauvreté et une faible performance économique, y étaient réunies », note-t-il aussi.

Le rôle crucial de l’armée

Les forces militaires ont souvent joué un rôle actif lors de ces passations forcées du pouvoir. Mais ça ne signifie pas qu’ils en étaient nécessairement les instigateurs.

Si ce sont souvent des membres civils d’un gouvernement qui commencent un coup d’État, l’armée joue un rôle plus tard, en acceptant ou non de suivre les nouveaux dirigeants.

Au Mali, toutes les quatre interruptions politico-institutionnelles dans la marche du pays étaient menées ou parachevées par les militaires. En 1968, 1991, 2012 et le mardi dernier, 18 août 2020, c’est l’Armée malienne qui est intervenue sur la scène politique.

Dans tous ces cas, les militaires actionnent ou parachèvent un pourrissement du climat sociopolitique, comme « la démission militairement assistée » du président IBK dans la soirée du 18 août dernier.

Le contexte malien semble quelquefois révéler des accointances entre les hommes en treillis et des chapelles politiques ou la société civile. N’a-t-on vu en 2012-2013, des militaires faire discrètement campagne pour un candidat à l’élection présidentielle ? Idem pour des leaders religieux prêchant dans les mosquées en faveur d’un candidat ? Avant cela, durant la transition de 1991, certains chefs de l’Armée n’avaient pas caché leur préférence à un bord politico-associatif. Ce qui a pu favoriser l’émergence de l’ADEMA, association et parti politique.

Sous le président Modibo Kéita, la base socialiste du régime, qui ne cachait pas ses rapports étroits avec l’ex-URSS avait déplu à des groupes de militaires proches de l’ancienne métropole, la France. Et c’est dans cette élite militaire, que des sentiments de frustrations vont être attisés pour faciliter le coup d’Etat de 1968.

En outre, l’histoire même de l’Empire du Mali semble avoir laissé dans la conscience populaire une sorte de prédisposition à un « complotisme » contre les dirigeants. Ils sont rapidement accusés de rouler plus pour l’intérêt de l’Occident néocolonial que pour les intérêts de la population. Cela s’est fait sentir contre le Général Moussa Traoré, contre le président ATT et dernièrement contre IBK. Seul Alpha Oumar Konaré a su atténuer ce sentiment de déception et de suspicion subversive pour passer ses dix ans à la tête du Mali.

Cette tendance à soupçonner le président malien de rouler plus pour les intérêts de Paris que pour les préoccupations de ses compatriotes est un élément catalyseur des tensions sociopolitiques, comme celles développées durant les trois derniers mois avant la chute d’IBK. Ce fut quasiment le terreau qui a conduit, avec un front social et scolaire remonté, à éjecter le Général Moussa Traoré en mars 1991. Alors que pour ATT en mars 2012, c’est plus une rébellion et ses influences en termes de frustrations au front qui a été fatale.

Comme on le voit, l’Armée malienne, le contexte de gouvernance, la versatilité d’une masse populaire et de la classe politique sont des éléments sur lesquels les pistes de refondation de l’Etat doivent être axées pour décourager le penchant vers les coups d’Etat. Cela passera aussi par un changement de mentalité et une rééducation de la conscience nationaliste au relent souvent révolutionnaire.

Boubou SIDIBE/ Maliweb.net

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