Cinéma documentaire : « Au revoir la France », un regard russe sur la crise malienne et la quête de souveraineté

Le Centre international de conférences de Bamako (CICB) a servi de cadre, mardi soir, à la projection du film documentaire « Au revoir la France »,

17 Juin 2026 - 07:36
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Cinéma documentaire : « Au revoir la France », un regard russe sur la crise malienne et la quête de souveraineté

Le Centre international de conférences de Bamako (CICB) a servi de cadre, mardi soir, à la projection du film documentaire « Au revoir la France », réalisé par la chaîne russe RT (Russia Today), dans le cadre du Festival international du cinéma documentaire « Le Temps de nos héros ». Organisée en collaboration avec l’agence de presse African Initiative, la projection a rassemblé plusieurs dizaines de spectateurs venus découvrir cette œuvre de 37 minutes consacrée à l’évolution de la situation politique, sécuritaire et géopolitique du Mali.

Cette initiative s’inscrit dans un vaste projet porté par RT visant à présenter, à travers le cinéma documentaire, les grands enjeux contemporains et les conflits qui marquent notre époque. Selon les organisateurs, le festival est déployé dans une trentaine de pays à travers le monde, dont plusieurs États membres de l’OTAN, avec pour ambition de « faire connaître la vérité de notre temps » à travers le regard de ceux qui vivent directement les événements. Le documentaire retrace les principales étapes de la crise malienne, depuis son déclenchement en 2012 jusqu’aux récentes transformations de la stratégie nationale de lutte contre le terrorisme. À travers des témoignages, des images de terrain et des analyses, le film revient sur l’arrivée des forces françaises avec l’opération Serval, puis Barkhane, avant d’aborder la rupture progressive entre Bamako et Paris.

L’œuvre met également en lumière les conséquences humaines de plus d’une décennie d’insécurité. Les réalisateurs se sont notamment rendus au centre d’accueil des déplacés internes de Faladié, à Bamako, où vivent des centaines de familles ayant fui les violences dans différentes régions du pays. Les images montrent les conditions difficiles auxquelles sont confrontés ces déplacés, évoluant quotidiennement dans un environnement marqué par l’insalubrité, la proximité des déchets et des eaux usées. Le documentaire transporte ensuite le spectateur dans le nord du Mali, notamment à Tombouctou, autrefois destination touristique de renommée internationale. Il illustre comment l’insécurité persistante a profondément affecté l’économie locale, réduisant considérablement les activités liées au tourisme et privant de nombreuses familles de leurs principales sources de revenus.

Plusieurs intervenants maliens y expriment leur point de vue sur les opérations militaires menées pendant près d’une décennie sur le territoire national. Parmi eux figure Aboubacar Sidiki Fomba, membre du Conseil national de Transition (CNT), qui estime que l’intervention française s’est progressivement éloignée des objectifs initialement affichés. « L’intervention de l’armée française a trahi ses objectifs. Ce qui devait être une mission de libération s’est progressivement transformée en une force d’occupation. Les Maliens ont alors décidé de reprendre leur destin en main en renforçant leurs capacités de défense grâce à l’équipement des Forces armées maliennes », a-t-il déclaré.

Le conseiller du CNT a également plaidé pour ce qu’il qualifie de « défrancisation des esprits », estimant que le Mali doit désormais construire son avenir en s’appuyant sur ses propres choix stratégiques et ses propres intérêts nationaux. Le documentaire accorde une place importante au changement de cap opéré par les autorités maliennes depuis 2021. Les images montrent les efforts consentis pour renforcer les capacités opérationnelles des Forces armées maliennes (FAMa), notamment à travers l’acquisition de nouveaux équipements et la diversification des partenariats sécuritaires. Selon les auteurs du film, cette nouvelle approche traduit une volonté affirmée des autorités de reprendre le contrôle total de la lutte contre le terrorisme et de restaurer la souveraineté nationale sur l’ensemble du territoire. Présent à la projection, le réalisateur Alexandre Kharchenko a tenu à préciser que l’objectif du documentaire n’était pas de stigmatiser un pays ou un acteur international particulier. « Ce film n’a pas été réalisé pour ternir l’image de qui que ce soit. Notre objectif est de montrer qu’aujourd’hui le Mali a fait le choix de sa souveraineté et de son indépendance dans ses décisions », a-t-il expliqué. Selon lui, la Russie entend accompagner le Mali dans ses efforts de développement et dans sa lutte contre le terrorisme. « La Russie veut aider le Mali dans sa lutte pour son développement, sa souveraineté et contre le terrorisme », a-t-il affirmé.

Un documentaire au cœur des débats géopolitiques

La projection de « Au revoir la France » intervient dans un contexte marqué par une recomposition des alliances internationales au Sahel et par le renforcement des relations entre Bamako et Moscou. À travers son récit, le documentaire offre une lecture particulière des événements ayant façonné l’histoire récente du Mali, tout en mettant en avant les aspirations d’une partie de l’opinion publique à une souveraineté politique, économique et sécuritaire renforcée. Au-delà des controverses que pourrait susciter son contenu, l’œuvre a permis d’ouvrir un espace de réflexion et de débat sur les enjeux de la crise malienne, le rôle des partenaires étrangers et les perspectives d’avenir d’un pays engagé dans une profonde transformation de ses orientations stratégiques.

 Siaka DIAMOUTENE/Maliweb.net