Que sont-ils devenus… Oumar Namory Kéïta dit Tiètèmalo. Destin : le théâtre

13

Notre héros du jour s’appelle Oumar Namory Keïta dit Tiètèmalo, un comédien émérite qui a donné à l’art malien ses premières valeurs, notamment à travers son talent. Annoncé pour mort à plusieurs reprises, l’homme, emmuré un silence de carpe, est bel et bien vivant. Quand il embrassait sa carrière théâtrale au début des années 1970, le comédien, de façon générale, était considéré comme un troubadour, un bouffon, un fainéant dans la société. Même pour se trouver une femme, cela relevait du parcours du combattant. Sauf si la dulcinée en faisait une question d’honneur en bravant l’autorité parentale. Malgré ce mauvais jugement sur les comédiens, pourquoi Oumar Namory a-t-il décidé de faire carrière dans le théâtre ? Notre héros du jour argumente son option par les prédispositions que la nature lui a conférées. Sinon, il révèle avoir été un joueur de football pour avoir évolué au sein de l’équipe première du Stade malien de Bamako, en 1974. C’est-à-dire l’année à laquelle l’équipe de Ben Oumar Sy a écopé d’une suspension. Au même moment, le chef d’Etat-major des Armées, le général Boukary Sangaré, lui avait proposé l’Ecole Militaire Inter Armes de Koulikoro (EMIA). Mais il a décliné l’offre, uniquement pour jouer du théâtre. Le sobriquet ” Tiètèmalo ” est venu d’une pièce de théâtre dans laquelle le père de la fille refuse le mariage, parce qu’il est un comédien. Il va tellement insister au point de faire planer le suspense à la fin de la pièce. Au sortir du spectacle, chacun devait deviner la suite pour donner sa propre solution. L’analyse de ladite pièce met en évidence la plaidoirie du statut des artistes au regard de la vision que la société a d’eux. Orphelin, foudroyé entre 1961 et 1964 par un destin qui emporta ses deux parents, Oumar Namory Kéïta a passé une enfance dure au point que son avenir a failli en pâtir. Mais, il s’est battu pour s’adapter aux aléas de tous bords, pour être ce qu’il est aujourd’hui, après la traversée du désert. Nous l’avons rencontré dans le cadre de la rubrique ” Que sont-ils devenus ? “, pour parler de son riche parcours, de la Guinée Conakry au Mali, de la comédie à la craie. Doté d’une mémoire fine, il égrène avec minutie les péripéties de son histoire et de sa vie. 

omédien, enseignant, chef de famille, comment Tiètèmalo, s’adapte-t-il à tous ces statuts, quand on sait que dans la rue certains se font le plaisir de chahuter les comédiens ou les acteurs de cinéma ?

L’homme définit ses multiples facettes : “En décidant d’être comédien dans la vie, je joue à l’hybridité du caméléon. A la maison, c’est le chef de famille ouvert à tout le monde, qui accède aux doléances des enfants, en tenant compte des différents contours. Mais je sais aussi punir, s’il le faut. A l’école, c’est l’enseignant modèle sur tous les plans, juste avec des opportunités pédagogiques pour venir en support aux cours théoriques. Dans la rue, je suis l’autoritaire, le Malinké à l’état brut. C’est aussi l’homme qui passe inaperçu, parce que je n’aime pas du tout faire le clown. J’ai horreur de l’exhibitionnisme dans la rue. Vous comprendrez par là, qu’à mon âge, je ne prends aucun excitant. Bref, je n’aime pas être humilié”.

Durant une décennie, il s’est fait un renom dans la comédie à travers les semaines régionales, les biennales. En plus de la pièce théâtrale intitulée “Tiètèmalo”, Oumar Namory a joué aussi dans le chapeau magique “Foukoulan Nafaman”. Portant le nom de Bilali, il a été chargé par son oncle de payer des bœufs à Diafarabé. En cours de route, il sera escroqué et l’argent de son oncle partira en fumée.

Son talent de comédien confirmé depuis la Guinée Conakry ouvre aussi à Oumar Namory les portes du cinéma où Cheick Oumar Sissoko le sollicita pour son film “Finzan”.

Dans cette réalisation, surnommé Balla, il cherche la main de la femme de son grand frère décédé. Il réussira à faire respecter un principe de notre tradition, mais devant le désamour de la femme, le mariage a échoué. La femme, à la suite d’un scandale portant sur l’excision, retourne chez ses parents, laissant Balla dans le désarroi total.

En rencontrant Tiètèmalo, on a l’impression qu’il est né pour le théâtre, à cause de sa passion pour cet art. Cependant, il est regrettable quand il affirme que ce même art ne l’a pas nourri. Certes, il avait un salaire, mais la dimension de son talent devrait lui rapporter mieux. Ce qui nous a paru étrange, parce qu’à notre avis, il ne saurait participer à une dizaine de festivals et ne pas en avoir tiré profit. Parmi ces festivals, nous pouvons citer : le festival mondial amateur tenu en France en 1981 et celui de Nancy la même année ; la tournée africaine de sensibilisation en Côte d’Ivoire et au Burkina en 1982 ; le festival du théâtre amateur en 1983 en Yougoslavie. C’est au cours de ses multiples tournées à l’extérieur qu’il est tombé sur une dame de nationalité Suisse. Sous la forme d’une anecdote, Tiètèmalo nous explique comment il aurait dû avoir une deuxième nationalité, quand ladite dame s’est accrochée à lui lors d’un festival à Cape d’Aile en France. Mais le chef de la délégation malienne, et ses ainés, ne lui ont pas donné le temps de mordre à l’appât. Par respect pour eux, il a accepté leurs exigences.

Comment les choses se sont-elles passées ?

Tiètèmalo se rappelle : “En 1981, le Koteba national est parti à Monaco, en France, pour un festival et a logé dans un hôtel où se trouvait également une Suisse du nom de Marylène. Fille d’un homme très fortuné, elle était venue en vacances. Tous les matins, je me réveillais pour faire du sport. Surement qu’elle a été séduite par mon gabarit de sportif. Elle n’a pas manqué de subterfuges pour manifester son amour à mon égard. En réalité, je ne comprenais rien dans ses agissements. Finalement, elle m’a approché pour me faire une proposition de mariage avec résidence en Suisse. J’ai été surpris par sa démarche. Mon cœur balançait entre le oui et le non. Le jour de notre départ pour le Mali, la fille a suivi notre convoi jusqu’à l’aéroport. Mais il a fallu que je sois encadré par le chef de la délégation, Malick Coulibaly, (à l’époque directeur régional des Sports, des Arts et de la Culture) et les ainés du Koteba sur fond des services de sécurité, pour qu’elle se résigne “.

Pourquoi Oumar Namory n’a pas voulu qu’au moins un de ses enfants lui emboite le pas ? Pour répondre à cette question, il ne tourne pas autour du pot parce que celui qui a été mordu par un serpent a peur d’une simple corde. En d’autres termes, il pense que ses enfants doivent être à l’abri de ce dont il a été victime. D’ailleurs, comment comprendre qu’il n’a jamais été décoré par son pays ? Sinon une de ses filles a le profil type de comédienne.

Comment Oumar Namory Keïta est-il devenu comédien ?

Sous l’ère coloniale, les cadres étaient dispatchés dans les différents pays de la sous région. Son père malien s’est retrouvé en Guinée. Il était très attaché à son pays, pour avoir conseillé avant sa mort à sa famille de retourner au Mali. Effectivement, le vieux Kéïta décède, et les enfants respecteront sa parole. Tiètèmalo, qui est resté avec ses demi-frères, aura passé une enfance dure en Guinée.

En 1972, il décide de retourner à sa source avec son baccalauréat en poche. Et c’est là où il apprendra, à travers son oncle, notamment le Compol Mory Ousmane Keïta, que sa famille est originaire de Koursalé dans le Mandé.

En plus de l’identification de ses origines, son deuxième souci demeurait son avenir. Certes, il avait le baccalauréat, mais comment continuer les études au Mali pour construire son avenir ? Déjà en Guinée, il jouait au théâtre et a même effectué trois mois de stage de danse chorégraphique en Corée du Nord, dans le cadre du perfectionnement. Avec un tel atout, Oumar Namory Kéïta ne pouvait être un chômeur endurci. Il adressa en 1974 une demande au directeur national de la Jeunesse, des Sports, des Arts et de la Culture, N’Tji Idriss Mariko. Lequel accordera une suite favorable à sa sollicitation et voilà Tiètèmalo artiste comédien au groupe dramatique, devenu plus tard le Koteba national. Evoluant sur un terrain connu, il trouve sur place d’autres comédiens comme Ousmane Sow, Fanta Berthé, Lassine Coulibaly dit Zankè, Mamoutou Sanogo, Bruno Maïga et autres, tous dotés d’un talent incontestable. Le nouveau venu apporte des innovations dans le style vestimentaire et les pas de danse couplés. C’est-à-dire trois pas de danse successifs pour un seul rythme.

Depuis son retour au Mali, Oumar Namory avait aussi le souci des études. C’est-à-dire comment valoriser le Bac qu’il a décroché en Guinée ? L’opportunité de rentrer à l’Institut national des Arts pour parfaire son cursus scolaire s’est présentée. Il en profita en 1978 dans la section art dramatique.

En 1983, à la surprise générale, Tiètèmalo décide de quitter le théâtre pour convenance personnelle. Se faire valoir autrement au service de son pays était son désir. Il demande un changement de corps pour être enseignant. C’est ainsi qu’il est reversé dans l’enseignement avec le grade de professeur de second cycle, spécialité Lettres-Histoire-Géo et affecté à l’école fondamentale de Missira I.

Après cinq ans de service, il pose ses valises à l’IPR de Katibougou comme maître d’internat jusqu’en 1991. Parce que, pour lui, avec le coup d’Etat, l’atmosphère était invivable. De retour à Bamako, il est muté à l’école de Fadjiguila et met ses compétences théâtrales au service de l’établissement à la faveur des semaines culturelles inter inspections.

En 1996, il est nommé directeur du second cycle de Korofina. Il a fait valoir ses droits à la retraite en 2014. Auparavant, il a occupé le même poste à l’école de Banconi Zékènèkorobougou.

Après une riche carrière dans différents domaines, Tiètèmalo prend du recul, malgré les sollicitations des écoles privées de la Commune I. Seulement, il finira par céder à l’offre de Hamidou Sampy qui lui proposa le poste de directeur administratif et artistique de l’Agence de Communication Créacom.

Mais vu son expérience et son talent, Oumar Namory Kéïta dit Tiètèmalo ne pouvait-il pas être un mentor pour la nouvelle génération ? Parce qu’à l’évolution, le théâtre a un grand rôle à jouer dans la société, pour non seulement sensibiliser, mais aussi porter un message pour un changement de mentalité et de comportement. Cela ne saurait être une réalité que s’il s’y met. Seulement, force est de reconnaitre que l’homme, après sa retraite, s’est effacé, de telle sorte qu’on ne le rencontre pas du tout dans le monde de l’art.

Qu’est-ce qui explique ce recul ?

L’enfant de Koursalé se dit très déçu par le comportement des artistes, parce que certains ne se sentent célèbres que dans l’alcool, la drogue, l’extravagance.

A 67ans, marié et père de 7 enfants, Tiètèmalo, après ses heures de travail, passe beaucoup de temps à la mairie de la Commine I. Et c’est là où nous l’avons rencontré pour parler de son parcours.

Dans son langage malinké et sa physionomie, l’homme n’a pas changé. Il est resté tel que nous le connaissions sur le petit écran en 1983, au tout début de l’histoire de la télévision au Mali. Contrairement à ce que nous avons pensé, ce n’est pas le clown qui nous a reçus. Mais un homme sympathique et très sérieux, un homme à plusieurs facettes.

O. Roger Sissoko

 

Commentaires via Facebook :

13 COMMENTAIRES

  1. C’est regrettable qu’a 67 ans qu’il puisse regretter de n’avoir pas eu a cotoyer la blanche une telle attitude est dommage a son age vraiment c’est a la limite un manque de respect a sa famille actuelle .

  2. O.Roger Sissoko merci beaucoup pour cette rubrique consacré sur Oumar Namory Keita dit Tiétemalo grand comédien d’antant hélas que cette nouvelle génération ne la pas connu.
    Je l’ai vraiment connu et rapprocher a L’I.P.R de Katibougou tout juste quand il arrivait comme Maitre d’internat et moi je finisait mes 4 années de cycle. Je me rappel comme si c’etait hier, toutes et tous les éleves de L’I.P.R de Katibougou a l’époque voulaient lui parler, lui serrer la main, lui dire un grand merci pour tout le service qu’il avait rendu au théatre Malien quand il était comédien.
    Merci Grand Maitre !
    Tu mérite un grand respect dans ce Maliba.

  3. De grâce, M Keita, écris ta biographie. N’accepte pas de mourir comme ça, sans avoir livré le récit de ta vie passionnante. Ce sera un beau cadeau pour l’Afrique et la postérité.

  4. Merci pour la rubrique de nous donner des nouvelles de ce monsieur exceptionnel qui nous a eveille et eduque pendant nos annees du lycee et d’université….. c’est un comedien hors pair….
    il m’est arrive de dire d’ibk qu’il est tietemalo, cette comparaison s’arrête uniquement au role bouffon Namory jouait dans le theatre, mais IBK n’a rien du talent, du grand bien qu’il a rendu a sa generation et a son pays…..!

    Quelqu’un peut il me donner son contact….?

  5. Mon meilleur professeur de tout le temps. Professeur Namory vous nous aviez appris a etre correcte et tres organise dans la vie. Vous serez toujours un modele pour moi, et je n’arretterai jamais de penser a vos cours de francais. Vous etes a la base de la reussite de bon nombre de vos anciens eleves du Second Cycle de Missira A. On avait peur de lui tellement qu’il etait tres tres exigeant, mais on adorait ses cours de francais tellement qu’il nous apprenait des lecons de la vie.
    You will always be my best teacher Namaory.

  6. Au Mali en général les plus méritants n’ont pas la chance d’avoir une médaille ,ils sont oublier,il faut être proche du pouvoir pour au moins espérer un jour a une décoration,sinon il y a plein des grands artistes comme TIETEMALO qui ne sont plus de ce monde qui ont tout donné à notre pays sans la moindre récompense ,ils sont mort presque pauvres.

  7. Je suis heureux d’avoir les nouvelles de ce Monsieur respectable, homme de l’art et grand artiste.
    Je l’ai eu comme maître d’école à l’établissement secondaire de Missira.
    Il est fort regrettable que ce pauvre pays méconnaisse le caractère unique du travail des artistes.
    L’ignorance et le dégré zero de toute notion de culture des dirigeants est à l’origine de ce mépris des maliens pour les hommes et femmes de Théâtre.
    Ils sont considérés comme des amuseurs publics et non comme des acteurs essentiels à l’éveil et à l’émancipation des citoyens.
    ” Tiétémalo ” est un grand Homme de culture. Un Homme méconnu ou incompris de ses contemporains.
    Je profite de ce Post pour lui adresser ma reconnaissance. Il a été pour moi un enseignant modèle qui m’a donné l’amour de la littérature et le goût de la culture.. Il est de la génération des enseignants qui manquent désormais à ce pays.
    Merci encore Monsieur Keïta.
    Nous autres maliens qui avons connu ce pays quand il lui restait quelques bribes de dignités, sommes fiers des hommes de votre trempe.
    Je suis aujourd’hui ému en écrivant ce texte.
    je n’étais pas le plus doué de vos élèves.
    Dieu merci, le petit élève moyen a fait du progrès.
    J’espère n’avoir pas commis trop de faute d’orthographe, de syntaxe ou autres tournures malcommodes et faire votre fierté.

  8. Le premier ASSIDAN (Adjudant) dans le kotèba national c’est bien tietèmalo dans “Djoronanko” quand le Commandant s’est rendu à Molobala. Ce rôle a été dévolu peu après à Teneman SANOGO, paix à son âme qui le jouera à la perfection.
    Dans Médina Coura, OUmar Namori KEÏTA a l’estime de tous ceux qui sont fan du théâtre.
    Vrai malinké de bon cœur, l’homme est inoffensif et on a du mal à croire qu’il a fait de la comédie théâtrale. A l’IPR de Katibougou, Sankingba ne cessait de le côtoyer pour entendre son accès de malinké de Kouroussa (Guinée) avec ses répliques proverbiales.
    Il mérite une réformation pour servi rendu à la nation.

    VIVE LA RÉPUBLIQUE

    • Lire accent malinké de Kouroussa chef lieu traditionnel du Hamana en Guinée.
      Aussi il mérite une décoration pour service rendu à la nation.
      Pour la République.

      • Et ton Boua whisky préfère les zélés ,ivrognes ,mondains, dévergondés , charlattans et sorciers que ces valeurs sûres, pures,mûres ,honnêtes et désintéressées.
        C’est pourquoi,on veut l’aider à bien travailler à se débarrasser des racailles qui l’entourent !

        • IBK n’est pas seulement entouré par une racaille, c’est lui-même la pourriture qui gangrène son entourage. 💡💡💡💡

  9. Si avant les bouffons avaient de la peine a avoir une seule femme maintenant, ils peuvent en avoir 100 femmes.

    On eu la malchance d’avoir comme responsable un bouffon alcoolique !

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here